FEQ: la (longue) vie après la (courte) vie des Zombies

Le groupe The Zombies fête les 50 ans de l’album «Odessey and Oracle».
Photo: Payley Photograph Le groupe The Zombies fête les 50 ans de l’album «Odessey and Oracle».

Trois ans. De juillet 1964 à août 1967. Brève, très brève première vie pour The Zombies : de la sortie de She’s Not There jusqu’à la séance d’enregistrement de Time of the Season au studio 3 d’EMI sur Abbey Road. « De 1961 jusqu’à She’s Not There, nous étions des amateurs. Et du jour au lendemain, des vedettes. Je me souviens de ces trois petites années “de carrière” comme si elles avaient duré un siècle… N’est-ce pas bizarre ? » Cette impression, le chanteur Colin Blunstone la partage avec George Harrison : même écho dans le documentaire Anthology. Le même George qui, invité en 1964 à l’émission Juke Box Jury — imaginez La Voix, mais pour juger des nouveaux disques —, valida She’s Not There d’un oui plus qu’influent.

Le cher George n’est plus de ce monde, mais il y a encore et toujours The Zombies. Actifs sans véritable interruption depuis… 18 ans. Une longue, longue deuxième vie. « La chose paradoxale est que, maintenant, nous faisons les choses à notre rythme, tournées pas trop longues, de temps en temps un nouvel album, et pourtant, j’ai la sensation inverse : ça passe en un coup de vent. » Nous, c’est Rod Argent, Colin et leurs musiciens, dont Jim Rodford, qui était là au tout début et qui a joué avec The Kinks. Les autres Zombies d’origine n’ont rallié les rangs que pour les courtes tournées anniversaires de l’album Odessey and Oracle, chef-d’oeuvre ignoré à l’époque et devenu culte depuis.

Le 1er avril dernier au National, tout le monde était là (sauf le guitariste Paul Atkinson, décédé en 2004) et Odessey fut joué au complet, un vrai miracle. Au parc de la Francophonie ce jeudi, ils ne rééditeront pas l’exploit, hélas. Ça ressemblera plus au spectacle du Métropolis en 2013, avec Rod, Colin et la formation des dernières années. « Nous avons quand même au programme un bloc Odessey and Oracle, dont le nombre de titres varie selon la réaction. Nous nous adaptons : dans un festival, on ne sait jamais à quel point les gens nous connaissent. Nous pouvons jouer beaucoup de titres… »

Tant de chansons méconnues…

Pour ça oui, ils en ont, des chansons. Il y a 119 titres dans le coffret Zombie Heaven de 1997. Incluant les démos, prises de travail et performances à la BBC, mais également tout un tas de chansons qui devraient être aussi connues que celles des Beatles, passées sous le radar en 1965-1966. Certains de ces titres n’avaient jamais été entendus avant ce coffret. Si les Zombies prospèrent dans leur deuxième vie, c’est presque en compensation des affres de la première.

« Étrange histoire que la nôtre, indeed ! Decca, notre compagnie de disque, nous percevait comme un groupe de 45 tours. Il leur en fallait un toutes les six semaines. Nous avions 18-19 ans, ne connaissions rien à la business. Notre gérance [la notoire Tito Burns Organisation] ne comprenait rien à notre image, ce qui nous singularisait. Ils voulaient de l’argent, et vite. Ils ne regardaient pas loin. » On mesure la chance des Beatles d’avoir eu leur très dévoué Brian Epstein, ou les Stones leur visionnaire Andrew Loog Oldham. « On aurait eu besoin de conseils, mais en lieu et place, nous étions manipulés. Un peu par tout le monde… »

« Nous étions fous de joie quand le réalisateur Otto Preminger nous a pressentis pour son suspense Bunny Lake Is Missing. Non seulement s’est-il accaparé les droits d’édition pour les trois chansons créées pour le film, mais de toutes les journées de tournage, il n’a gardé que quelques secondes : on nous voit à la télé, dans un pub, en fond de décor pendant une conversation… » La deuxième vie est la leur, complètement : « Nous gérons tout. L’utilisation des chansons dans des films, des publicités… » Notamment la merveilleuse A Rose For Emily, qui revit dans la baladodiffusion S-Town. « C’est une grande satisfaction. Notre Time of the Season, c’est maintenant. »

The Zombies

Au parc de la Francophonie, le jeudi 6 juillet à 20 h.