Festival de la chanson de Tadoussac: entre la scène et le brouillard

Patrice Michaud a offert vendredi une prestation-surprise dans la chapelle anglicane de Tadoussac.
Photo: Bertrand Lemeunier Patrice Michaud a offert vendredi une prestation-surprise dans la chapelle anglicane de Tadoussac.

Tadoussac s’est laissée bercer par la pluie et le brouillard samedi, ambiance attendue à l’embouchure du fjord du Saguenay. Peut-être aussi une façon de marquer le changement de rythme, à mi-parcours d’un Festival de la chanson où on prend plaisir à retrouver, le temps de quelques jours, le bonheur des rencontres musicales sincères.

Prestation unique, d’ailleurs, avec cette invitation intime et dépouillée au possible de Luc De Larochellière vendredi soir, en formule spectacle-surprise, devant une soixantaine de personnes.

Il fallait voir le décor. Lui, seul à la guitare, assis sous les squelettes de cétacés suspendus au plafond du Centre d’interprétation des mammifères marins, passant en revue une série de ces classiques. Chansons dont la livraison laissait toute la place aux textes, puissants, des Si fragile, J’ai vu, Si j’te disais reviens, et même Amère America.

Rendez-vous à l’église

Les organisateurs du festival avaient opté pour la même belle formule-surprise, plus tôt en journée, avec un Patrice Michaud dans la chapelle anglicane du village. Un tour de chant en duo, avant le «vrai» spectacle dans l’église de Tadoussac, samedi soir.

C’est là aussi que le festival a été lancé, jeudi, avec les Cowboys Fringants. À sept sur scène, dont deux batteurs, la formule est pour le moins efficace. Il faut dire qu’ils ont tourné, depuis leurs débuts, il y a 20 ans cette année. Mais jamais l’église n’aura vu spectacle plus dansant et chantant, plusieurs reprenant à l’unisson les chansons entendues un millier de fois. Et il faut bien admettre que leur public était plus qu’au rendez-vous.

L’église, à Tadoussac, est en quelque sorte LA grande scène du festival, quoique la foule se résume au maximum à 300 personnes. Elle est d’ailleurs devenue un incontournable du festival au cours des dernières années. Vincent Vallières se souvenait vendredi de son passage sur cette scène, en 2011, avec les Douze hommes rapaillés: «Un moment inoubliable.»

Cette année, elle accueillait la nouvelle tournée de Vincent Vallières. Belle formule de scène, très rock, toute en effets de lumières et appuyée sur un nouveau groupe de tournée. Un rendez-vous réussi, dégourdi, avec de belles pointes d’humour.

Dégourdi, aussi, le public venu pour Karim Ouellet, vendredi après-midi. Malgré le temps gris, les festivaliers ont pris plaisir au funk. Ça dansait déjà sous le chapiteau bondé, jusqu’à en reprendre le refrain de Karim et le loup, en guise de rappel.

Découvertes

Dans la ribambelle de découvertes au menu de l’édition 2017 — une force du Festival de Tadoussac année après année — on note surtout Samuele. On tente une image, pour décrire cette iconoclaste, dont la voix rappelle assurément une certaine Safia Nolin. Ses textes font penser à ceux d’un Bernard Adamus, mais écrits et peaufinés par une artiste qui manie le verbe avec toutes les nuances possibles.

Sinon, on salue le caractère éminemment sympathique de Sages comme des sauvages, duo franco-belge qui, avec humour, a su s’approprier des influences multiples pour en faire une chanson à texte qui se démarque. On souligne aussi le groove contagieux de Samito, qui a fait lever la pâte dans le secteur festif de l’auberge de jeunesse, épicentre nocturne du festival.

On remet cela samedi et dimanche soir, avec le rock des Deuxluxes, la folie des Hôtesses d’Hilaire et les retrouvailles avec Urbain Desbois. Sans oublier les rendez-vous à l’église, dont celui avec Matt Holubowski, avant la finale attendue de Louis-Jean Cormier et Daniel Bélanger.

Le menu est encore riche. Et à voir l’abondance de festivaliers dans le village, tout indique que l’idée de déplacer le festival trois semaines plus tard qu’à l’habitude, et en plein été, a donné des résultats. Ne manque plus que le soleil.