Quatre festivals s’ouvrent en quatre jours!

Le célèbre pianiste Alain Lefèvre ouvrira samedi soir avec Kent Nagano le 40e Festival de Lanaudière.
Photo: Christina Alonso Festival de Lanaudière Le célèbre pianiste Alain Lefèvre ouvrira samedi soir avec Kent Nagano le 40e Festival de Lanaudière.

Festival de Lanaudière, Festival d’orgue de Montréal, Concerts Lachine, ainsi que Musiques et autres mondes à Ottawa sont les manifestations classiques qui se lancent ces jours-ci. Toutes se signalent par un profil particulier.

Ce samedi soir, les yeux seront naturellement tournés vers l’amphithéâtre Fernand-Lindsay de Lanaudière, où Kent Nagano et Alain Lefèvre ouvriront le 40e Festival, un millésime moins rutilant et luxueux qu’attendu.

On imaginait que les deux dernières éditions, un peu sur la réserve en matière de visites prestigieuses, étaient le signe que le Festival de Lanaudière mettait des munitions en réserve pour préparer de grandes choses à l’occasion de cette saison anniversaire. On espérait ainsi le retour de la Deutsche Kammerphilharmonie, de l’Orchestre symphonique de Pittsburgh, voire de l’Orchestre de Philadelphie. Lanaudière composera plutôt avec les excellentes forces musicales d’ici, selon une formule éprouvée depuis des décennies et qu’il reviendra désormais à Grégory Charles de ranimer et bonifier.

Un nouveau rendez-vous

Il est vrai que pour concocter le menu de son édition anniversaire, le Festival de Lanaudière a dû composer avec une vacance du pouvoir artistique de plusieurs mois, entre le départ d’Alex Benjamin et l’arrivée du médiatique nouveau maître des lieux, qui lancera ses poulains dans le grand bain, le 15 juillet (les vainqueurs de l’émission Virtuose) et le 23 juillet (l’Orchestre Virtuose), et se mettra en scène avec Marc Hervieux le 30 juillet.

La très grande affiche de Lanaudière 2017, ce sera Parsifal de Wagner en version de concert avec Yannick Nézet-Séguin, et les mélomanes imaginent fort bien qu’ils le doivent davantage à quelque mécène qu’à qui que ce soit d’autre !

Question profil, le nouveau Festival d’orgue qui se tient du 1er au 7 juillet à Montréal, n’a pas de souci à se faire. L’objet est clair : la manifestation, qui vise à réunir dans la métropole 1000 musiciens et mélomanes des États-Unis, du Canada, d’Australie, de la Chine, d’Europe et d’Afrique du Sud, se veut « le plus grand rassemblement d’organistes jamais vu au Canada ». Le Festival d’orgue de Montréal comprend des ateliers, classes de maître, séances de réseautage, visites d’instruments et de facteurs d’orgues ainsi que des concerts publics.

En plein air

Dès ce samedi, de 17 h à 20 h à la place d’Armes, les amateurs pourront assister à une projection de films muets accompagnés à l’orgue par Peter Krasinski de Boston. Le 4 juillet, à 20 h, l’ensemble new yorkais A Roomfull of Teeth, qui se produira à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, apparaît comme un pendant nord-américain de Voces8. Le lendemain à 19 h, Christian Lane et Jean-Willy Kunz, s’associeront à un quintette de jazz à la Maison symphonique de Montréal. Le concert le plus prestigieux sera celui d’Olivier Latry, le 6 juillet à 20 h, à la basilique Notre-Dame. Notons que Pierre Grandmaison, organiste titulaire du lieu, y donnera un concert samedi soir à 20 h.

C’est mardi, par un concert de la violoniste Sarah Chang, que s’ouvrira le festival le plus imaginatif au pays : Musique et autres mondes (Music and Beyond) animé par Julian Armour à Ottawa. L’idée de ce festival immersif (70 événements en deux semaines), axé sur la musique de chambre, est d’associer la musique et d’autres univers : musique et vins, musique et justice, musique et cirque… Le fil rouge est une série de cinq concerts sur 150 ans de création musicale au Canada.

Même si nous avons connu des éditions aux projets plus rocambolesques, le millésime 2017 reste riche, créatif et, surtout, international. La grande soirée se tiendra le 11 juillet au Musée des beaux-arts du Canada, avec 150 mini-concerts (pour les 150 ans de la Confédération) répartis entre 19 h et 22 h dans les salles de la National Gallery.

Les quatuors invités pour des séries de trois concerts chacun sont les Auryn et les Bennewitz, auxquels s’ajoute le Trio de Vienne. La série des Bennewitz, du 12 au 14 juillet, particulièrement attrayante débutera par un concert Lost in Holocaust, présentant des compositions de Pavel Haas, Viktor Ullmann et Erwin Schulhoff. Les 13 et 14 juillet, ce jeune quatuor tchèque proposera des « classiques » de son pays : Dussek, Smetana, Dvorák et Janacek.

Le pianiste vedette de Musique et autres mondes devait être, le 10 juillet, Sergeï Babayan, qui a, hélas, dû annuler sa venue. Question cependant : sachant que l’autre festival d’Ottawa, Ottawa Chamberfest, ouvre, le 23 juillet, avec le non moins immense pianiste anglais Stephen Hough, à quel endroit du radar de nos trois « grands » festivals québécois (Lanaudière, Forget, Orford) sont passées les visites estivales prévues en Amérique du Nord de pianistes internationaux du calibre de Babayan et Hough.

Le sujet « pianistes » nous amène à parler des Concerts Lachine, ces soirées musicales gratuites (avec donation suggérée de 10 dollars) concoctées par le directeur artistique Richard Turp. Lancés jeudi par un concert de l’Ensemble Nouvelle Génération, les Concerts Lachine entrent vraiment dans le vif du sujet dimanche avec trois concerts de suite. Le 2 juillet, donc, à l’Entrepôt, à 19 h 30, André Laplante donnera un récital Schubert-Liszt-Chopin. Dès lundi soir, même lieu, même heure, le pianiste récidive avec un concert Ravel, lors duquel il sera rejoint par le violoniste Jonathan Crow et le violoncelliste Matt Haimowitz.

Mardi 4 juillet : temps fort du festival, avec le récital de Benedetto Lupo, qui jouera la Sonate de Janacek, des Préludes de Rota, la 2e Sonate de Scriabine et la 2e Sonate de Rachmaninov. Et le 9 juillet à 14 h, temps fort n° 2, c’est Charles Richard-Hamelin qui se produira à cet endroit. Les Concerts Lachine se prolongeront jusqu’au 16 juillet, avec un « Marathon Schubert » le 15.

Reste donc une question qui prolonge celle sur Ottawa : si Richard Turp sert gratuitement à ses administrés André Laplante, Benedetto Lupo et Charles Richard-Hamelin, si les festivals d’Ottawa affichent des vedettes planétaires telles que Hough et Babayan, il va falloir réinventer quelque chose à Orford, au Domaine Forget et, surtout, à Lanaudière, ce festival « leader », qui dispose du budget que les autres n’ont pas.

Le retour au bercail, en 2017, de Marc-André Hamelin, sauve à peine quelque peu la façade. Cela ne durera pas indéfiniment.

Renseignements : lanaudiere.org ; montrealorganfestival.org ; concertslachine.ca ; musicandbeyond.ca