Le karma universel de Bokanté s’amène au Festival de jazz

Le groupe Bokanté est composé de quatre guitaristes, de trois percussionnistes et d’une chanteuse.
Photo: Bokanté Le groupe Bokanté est composé de quatre guitaristes, de trois percussionnistes et d’une chanteuse.

Elle chante tout en puissance, possède un registre ample, mais ne ressent pas toujours le besoin de forcer, n’en a pas besoin : Malika Tirolien est un autre de ces trésors trop bien cachés de Montréal. En plus de sa carrière, elle est devenue la chanteuse principale de Bokanté, un groupe pour le moins international mis sur pied par Michael League, le guitariste-bassiste et leader du groupe de jazz funk éclectique Snarky Puppy. Bokanté signifie « échange », et les titres de son premier album, Strange Circles, sont rassemblés sur le thème du karma. Le groupe s’amène au Club Soda jeudi. Rencontre avec Malika Tirolien.

« L’échange est la vision du groupe : un échange universel, une communication avec toutes les cultures à travers la musique. Bokanté se veut un pont entre la musique de l’Afrique de l’Ouest et le delta blues, mais avec les influences culturelles de chacun. » Les musiciens proviennent d’univers fort différents : trois d’entre eux sont de Snarky Puppy, Jamey Haddad descend d’une lignée libanaise et a collaboré avec Paul Simon et Sting, André Ferrari s’est fait connaître avec le groupe de trad suédois Väsen, alors que Keita Ogawa est un percussionniste de souche japonaise et que Roosevelt Collier est un virtuose de la pedal steel guitar.

En somme, quatre guitaristes et trois percussionnistes entourent Malika. Mais les apparences sont quelque peu trompeuses. « Michael considère que c’est plutôt trois percussionnistes, trois guitaristes et deux voix. La steel guitar est une voix avec moi. On vocalise ensemble », affirme la Montréalaise venue de la Guadeloupe.

Sur le disque, elle chante surtout en créole, ce qui devient une importante composante du groupe. Elle se multiplie, se répond, crée ses propres harmonies vocales, se fait chatoyante, devient plus céleste, joue dans le chant, lance ses cris dans les hauteurs, dégage tout le soul et le blues de ses tripes.

Tout cela sur du blues du désert puissant comme une frappe de Led Zep, sur des percussions africaines rapides qui se marient à un rock de guitares fortes, sur des éléments d’afrobeat, d’afrofunk et de sonos caribéennes, avec des montées dans les hauteurs, des percussions de tous genres, des rythmes qui peuvent se déconstruire, des atmosphères étranges, sombres, plus contemporaines, parfois fort joyeuses, pas toujours à l’africaine. Bokanté sonne comme un vibrant appel au rassemblement.

Bokanté se veut un pont entre la musique de l’Afrique de l’Ouest et le delta blues, mais avec les influences culturelles de chacun

En la matière, Malika a de qui tenir puisqu’elle est la petite-fille du Guadeloupéen Guy Tirolien, qui fut ambassadeur dans quelques pays africains et poète associé au mouvement de la négritude, avec entre autres Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. De son grand-père, la créatrice a surtout connu ce qu’il a laissé, son oeuvre, dont les mots de Credo, son poème préféré : « (je crois) que un et un font un / même dans les luttes du plaisir », y lit-on.

Cela semble bien correspondre à l’esprit de Strange Circles, les cercles étranges du disque de Bokanté. « Le disque aborde plusieurs sujets qui sont toujours dans l’optique du karma : on est tous ensemble et tout ce qui se passe fait partie d’un grand cercle », explique Malika, sans que l’on se soit référé au poème Credo.

Elle poursuit : « Jou Ké Ouvè parle de l’extrémisme religieux et du fait que l’on devrait tous accepter nos croyances. Chaque personne a droit à ses croyances sans brimer la liberté d’autrui. Nou Tout Sé Yonn, c’est pour se rappeler qu’on fait tous partie du même écosystème, qu’on est tous connectés et que tout le monde peut avoir droit à un minimum sur cette planète. »

Elle a écrit les textes et conçu les arrangements vocaux sur les musiques de Michael League. Un véritable travail de connexion entre les musiques et la vie sociale, à l’abri de toutes formes d’exclusion.

 

 

Au Club Soda, jeudi 29 juin à 18 h. Renseignements : 514 286-1010, montrealjazzfest.com.