À Québec, la Saint-Jean… deux fois plutôt qu’une

Marie-Mai et Éric Lapointe au spectacle de la Fête nationale sur les plaines d'Abraham, vendredi, à Québec
Photo: Francis Vachon Le Devoir Marie-Mai et Éric Lapointe au spectacle de la Fête nationale sur les plaines d'Abraham, vendredi, à Québec

Les organisateurs de la Fête nationale à Québec ont décidé à la dernière minute de devancer le spectacle d’une heure, vendredi soir, pour profiter d’une accalmie de pluie. Une décision étonnante qui a eu pour effet de rendre le début de la fête désincarné, et la fin assez étonnante.

« Le premier enjeu, c’était la sécurité des artistes », a expliqué aux médias le producteur Sylvain Parent-Bédard de Sismik (QuébéComm), vers 21 h 00. « Cet après-midi, en répétition, il y a eu certains incidents où des artistes ont glissé et auraient pu se blesser. »

Le spectacle a failli être annulé, a-t-il ajouté. « Au moment où on a su qu’on avait une “fenêtre d’opportunité” d’une heure et demie à deux heures pour présenter un spectacle grandiose et de qualité sur lequel on travaille depuis un an pour la population du Québec, on a pris cette décision-là. »

Une décision prise vers 19 h 30, à peine une demi-heure avant le début. À l’arrivée du Devoir, on dénombrait à peine quelques centaines de personnes devant la monumentale scène des plaines d’Abraham, qui a justement été conçue pour des foules monstres. Bonjour l’ambiance.

Or le site a fini par se remplir en bonne partie et, vers 21 h 30, les artistes avaient une véritable foule devant eux. La Saint-Jean à Québec ne serait donc pas complètement perdue, et ceux qui sont venus ont eu droit à un spectacle entraînant.

Pour tous les goûts

L’auteure de ces lignes a manqué le début pour les raisons susmentionnées. Pour ce qu’elle en a vu, les chansons en format « medley » ont déboulé à un rythme très rapide tôt après le début du spectacle. Avec moult duos, on est passé de Angela de Gerry Boulet au Tomber de Laurence Jalbert en passant par Matante Marielle de Vincent Vallières.

Il y en avait vraiment pour tous les goûts : Richard Séguin, Éric Lapointe, Gregory Charles, Luce Duffault, Karim Ouellet, David Usher, Ingrid St-Pierre, Marjo, Alexe Gaudreault et Travis Cormier (de La voix), le trio de musique traditionnelle Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs et enfin le Choeur du monde de Lévis.

Au piano, Gregory Charles a aussi livré toute une performance : Bozo, Le plus beau voyage, Ordinaire, Le temps est bon… C’était aussi un réel plaisir de réentendre les Marjo, Richard Séguin et Daniel Bélanger, qu’on a moins vus ces dernières années. Enfin, Luce Dufault a fait le bonheur de tout le monde en reprenant son rôle de Starmania, prêtant sa voix rauque à la magnifique Stone.

Un show de télé ?

La formule ressemblait beaucoup à celle de l’an dernier avec Jean-François Blais à la mise en scène et Marie-Mai à l’animation. Une recette à succès, du moins d’un point de vue télévisuel, puisque le spectacle de 2016 était en nomination pour le Gémeaux du meilleur spectacle télédiffusé l’an dernier.

D’ailleurs, s’il est un reproche qu’on peut faire à la recette, c’est la rapidité des chansons. Non seulement la plupart ne sont interprétées qu’en partie dans des medleys, mais elles se succèdent avec un rythme hyper rapide sans l’interaction naturelle avec le public qui s’impose normalement entre les pièces.

La Saint-Jean serait-elle d’ailleurs devenue d’abord un show de télé ? Dans le cas contraire, par respect pour le public, on aurait commencé à l’heure prévue au risque de ne pas le terminer, non ? Les artistes s’adressaient à la foule vendredi sans jamais faire allusion au contexte — le mauvais temps, la foule, le changement de programme.

Quand on lui a demandé si la production télé avait joué dans la décision de reculer d’une heure le spectacle, Sylvain Parent-Bédard a répondu « Pas nécessairement, non ». « On avait tout ce qu’il nous fallait pour la télévision », a-t-il dit, faisant allusion à la répétition, qui avait aussi été filmée. « L’important, c’était de tenir le spectacle, télévision ou pas. »

Quand même, la production s’est rattrapée à la fin, quand Marie-Mai a lancé un appel au public et lui a proposé de jouer des morceaux que certains avaient manqué au début. D’une certaine façon, le spectacle a vraiment débuté à ce moment-là. Le concert de la Saint-Jean s’est donc conclu dans une grande intensité avec le numéro d’ouverture ! Et il ne pleuvait pas.

9 commentaires
  • Serge Sokolski - Abonné 23 juin 2017 23 h 51

    La Fête nationale version réveillon

    Je n'ai jamais compris pourquoi, à Québec, on souligne la fête nationale (anciennement St-Jean, Fête Nationale depuis 1977) la veille du jour dit. Le 23, c'est la veille. Le 14 juillet français, c'est pas le 13. Le 4 juillet étasunien, c'est pas le 3. À Québec, on réveillonne... et on cuve le 24. Cela dit, bonne Fête nationale à tous et toutes. Ce 24 juin.

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 juin 2017 16 h 29

      C'est la Saint-Jean est une fête religieuse, le pendant estival de Noël. Et on fête Noël... le 24 ET le 25.

  • Yves Côté - Abonné 24 juin 2017 03 h 22

    Fêter, fêter...

    Fêter, fêter...
    Fêter comme pour s'engourdir dans l'assurance d'être belles et beaux ?
    Fêter dans l'illusion qu'on a encore bien le temps de se retrousser les manches pour se donner un pays ?
    Fêter pour se bercer du souvenir du temps où les combats se menaient au quotidien ?
    Non merci, moi je ne fête pas à la canadienne.

    Mais fêter pour fouetter le cheval sauvage qui est en nous ?
    Fêter pour se dire que le temps est revenu de se battre socialement, culturellement et politiquement et en forme de tous pour un ?
    Fêter pour lutter ?
    A la québécoise ?
    Ah ça oui !

    Mais il faut d'abord avoir le courage minimum de choisir chacun pour soi.
    Autrement, on ne fait que participer activement à l'assassinat culturel et linguistique de nos propres enfants et suivants.

    Je souhaite que la fête de cette année soit la dernière de notre molle dissolution nationale.

    Et que Vive enfin le Québec libre !

    • Michel Blondin - Abonné 24 juin 2017 08 h 14


      Si beau poème honore le québécois qui danse et chante la nation.

      J’écoutais l’original de la chanson du « grand six pieds » de Claude Gauthier ce matin. Ce qui me fait dire que nous avons de ces grandes musiques et de ces grands compositeurs — que le plaisir de vivre nous habite encore et nous donne espoirs.

      Composez chers compositeurs, chantez chers chanteurs et dansez chers danseurs la grandeur de cette nation, nous avons besoin de notre pain pour nourrir l’âme et vivre de vos soleils.
      Bonne fête à tous!

      Et, comme vous le dites si bien, Vive enfin le Québec libre !

    • Yves Côté - Abonné 25 juin 2017 03 h 41

      Mes remerciements mais surtout, mes amitiés sincères et solidaires Monsieur Blondin.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 24 juin 2017 06 h 12

    Bonne fête tout Québec !

    « La Saint-Jean serait-elle d’ailleurs devenue d’abord un show de télé ? » ; « Et il ne pleuvait pas. » (Isabelle Porter, Le Devoir)

    Qu’il pleuve ou selon, le Québec aime sa fête nationale, avec ou sans show-télé, l’important étant de célébrer ce qu’il est et devient, et ce, de liberté et de volonté à la québécoise !

    Bonne fête tout Québec ! - 24 juin 2017 -

    • André Joyal - Abonné 24 juin 2017 17 h 33

      @Fafoin! Moi, j'ai décidé pour la 1ère fois de ma vie de ne pas fêter. Quand je pense que dans les années 50 nous étions des centaines de miliers sur Sherbrooke pour le défilé.

      La rubrique de Michel David, accompagnée de l'article sur la bilinguisation des CEGEP, fut pour moi la goute d'eau de trop. PU KAPAB! J'abandonne.

      C'es Lord Durham, qui au lieu de se tourner dans sa tombe, doit jubiler. Ça prit du temps, mais l'assimilation est effectivement en route. Aucune raison d'être fiers.

    • Yves Côté - Abonné 25 juin 2017 03 h 52

      Monsieur Joyal, pardon mais vous vous trompez.
      Vous dites "Aucune raison d'être fiers", mais des raisons il y en a des tonnes...
      Sauf qu'à cause de cette propagande mensongère canadienne qui nous frappe sans s'arrêter, ni plus sans gêne d'ailleurs, depuis la Grande Frousse canadian de 1995, il n'est plus à la mode de les regarder en face.
      Et la mode, ah! mais que c'est important pour nous...
      La mode au sens large, bien entendu.
      La mode comme dans "tout le monde le fait, fais le donc !".
      La mode comme dans "tout le monde profite de l'argent qu'Ottawa veut nous donner (nous donner !!!???), fais le donc !"
      La mode comme dans "Au fond, qu'ossé que ça donne de se battre quand on a à manger plein son ventre et même plus ?"
      La mode comme dans "Ecoute donc Chose, arrête de te plaindre pi let's do party together".
      La mode comme dans "Les Anglais pi les immigrants votent tous pour Couillard et compagnie pendant que nous autres on se bat les uns les autres pour des peanuts: vaut mieux profiter de la vie en arrêtant de se poser des questions qui donnent la à tête !".
      La mode, donc, comme dans "Vaut mieux faire enfin mourir ce que nous aurons été pendant deux siècles et demi, que de persister à avoir mal en se tenant debout."

      Alors Monsieur, moi je suis simplement un dinosaure qui pour ne pas disparaître, a refusé de suivre la mode qui présente notre existence comme démodée...
      Mais je sais cela m'apporter tant de satisfaction humaine, à défaut de succès et d'argent, que je vous invite à persister vous aussi dans cet humble choix de vie.
      De vie...

      Merci de votre lecture, Monsieur.
      Et Vive le Québec libre, Monsieur !

  • Gaëtan Genest - Abonné 25 juin 2017 00 h 18

    Peut-on dire tout simplement....

    .....Bonne fête point .
    Non, il faut exprimer notre maladresse à dire à notre patron qu'aujourd'hui on ne coupe pas le gazon, on le consomme.
    Bonne fête de la St-Jean gang de flyer !.