Laetitia Zonzambé plus centrée que jamais

Laetitia Zonzambé a entamé le spectacle dans une montée céleste, puis en poussant fortement la voix.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Laetitia Zonzambé a entamé le spectacle dans une montée céleste, puis en poussant fortement la voix.

« Il y a un temps pour tout : un temps pour écouter, un temps pour réfléchir et un temps pour danser », disait Laetitia Zonzambé cette semaine en entrevue au Devoir. Elle disait vrai, puisque c’est exactement ce qu’elle a offert vendredi en fin après-midi sous le chapiteau en face de L’Astral. Il s’agissait de son premier concert depuis des lunes, le temps de donner naissance à son fils et de créer le matériel d’un prochain disque. Pour sa prestation, elle a d’ailleurs cassé quelques nouvelles pièces, tout en puisant dans le répertoire de son disque centrafricain et dans celui des deux minialbums qu’elle a produits depuis son arrivée à Montréal.

Le résultat ? Très agréable et plus centré que jamais. Depuis le début de sa carrière, la chanteuse-auteure-compositrice a touché à la fois à toutes sortes de formes de musique « urban » et à des éléments beaucoup plus traditionnels. L’objectif cette fois-ci est clair et franchement avoué : atteindre l’équilibre entre ces forces. Comment ? En s’entourant d’un band presque parfait pour cela. Avec elle, ils étaient cinq à intégrer tous les univers avec beaucoup d’homogénéité. Le guitariste Assane Seck peut tout explorer avec son instrument : le faire tournoyer, le rythmer, le faire rocker, en sortir un solo psychédélique. Le batteur Noel Mpiaza et le percussionniste Elli Miller Maboungou paraissent faits pour s’entendre en jouant en finesse, mais en pouvant battre la mesure avec toute la force plus carrée requise pour la musique de danse de l’Afrique centrale. Quant au bassiste Stephano Petrocca, il s’adapte facilement à l’ensemble et peut funker la musique. Parfois, la différence entre les cordes et les percussions s’amenuise et tous se livrent à des frappes contagieuses.

Et Laetitia dans tout cela ? Sa voix devient beaucoup plus puissante sur la scène. Elle devient aussi parfois plus céleste, plus tendre, et se livre à quelques reprises à des « parlures » dans la musique, que ce soit sous forme de rap ou de « spoken word ». Pour peu qu’on la connaisse, on devine le propos : la paix, l’appel au rassemblement, aux énergies positives, l’intimité de l’enfant avec sa mère, les femmes matérialistes, etc. On imagine l’histoire de ces chansons interprétées le plus souvent en sango, mais Laetitia demeurera discrète sur la situation tragique vécue dans son pays d’origine. Elle fera allusion aux conflits et à la vente d’armes, l’essentiel sera dit, mais on sent une certaine retenue, sans doute pour ne pas trop en mettre ou pour préparer aux atmosphères très dansantes de plusieurs des chansons. Dans l’ensemble, elle se fait sobre dans les présentations.

Elle entame le spectacle dans une montée céleste, puis en poussant fortement la voix. Elle s’élève sur celles de ses quatre complices, qui font parfois les choeurs. Elle lâchera des cris gutturaux et fera quelques scats sur une musique de facture afropop, plus que complètement soul. Mais avec sa voix, la soul s’impose d’elle-même. On aura d’ailleurs droit à une version de Fafa d’Otis Redding, assez rythmée, avant que le coup de batterie ne projette la musique dans un espace encore plus roots. On se lance aussi dans les syncopes sautillantes qui amènent à un solo psychédélique et on plonge de front dans des rythmiques d’Afrique centrale dans une pièce qui laisse place à des yoddles pygmées que Laetitia paraît maîtriser avec aisance.

« Est-ce que les particules sont en train de monter dans le corps ? » demande-t-elle à un moment. Le temps fera son oeuvre. Au début, à cause de l’horaire précoce pour ce genre de spectacle, les gens paraissaient plus retenus, mais la sauce a fini par lever et, à quelques reprises, des spectateurs (ou des complices de la chanteuse) sont montés sur la scène, allant jusqu’à diriger les musiciens par leurs mouvements. « Les acteurs se manifestent », a relancé l’artiste, qui en était enchantée. Elle-même se laisse souvent aller à la danse et, à la fin du concert, la table était mise pour la fête sur la scène. Elle criait, animait et ambiançait sans chanter. On aurait pris un deuxième set, mais on se reprendra.