FrancoFolies: Laetitia Zonzambé, la funambule en équilibre

Dans ses textes comme dans sa musique, Laetitia Zonzambé s’imprègne aussi de la vie d’ici.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Dans ses textes comme dans sa musique, Laetitia Zonzambé s’imprègne aussi de la vie d’ici.

Laetitia Zonzambé est l’une des valeurs les plus sûres de la chanson montréalaise de souche africaine. On la connaît pour son message de paix et d’unité, à la fois universel et parfaitement connecté à sa terre centrafricaine qui traverse une période douloureuse. On a également retenu d’elle les deux minialbums qu’elle a fait paraître ici depuis son arrivée en 2009 : Na Bê Oko, plus urbain, mâtiné de soul et d’accents rock, puis Sanza, plus proche des racines. Voici maintenant l’artiste à la recherche d’un nouvel équilibre, à la veille du concert qu’elle offre sous le chapiteau en face de L’Astral ce vendredi.

« Quand tu es sur un fil, tu cherches à ne pas tomber, lance-t-elle pour illustrer sa démarche. Ne pas tomber trop dans un sens ou dans l’autre. Sur certaines chansons, c’est plus urbain, alors que sur d’autres, on est dans le roots. J’ai une chanson… oui, je vais ajouter des vocalises pygmées, oui, la guitare… Comment est-ce qu’elle doit sortir de ce côté roots pour retrouver un côté soul ? C’est comme la création d’un parfum : tu cherches une odeur qui n’existe pas. Il faut que ça rappelle la senteur de l’eau sur la terre de chez moi et que ça sente en même temps le pain d’ici. »

Cette recherche d’équilibre, Laetitia croit être sur le point de l’atteindre. Sa trajectoire passe d’abord par Bangui, où elle commence comme rappeuse avec le groupe Duke, avant de se laisser imprégner de trad centrafricain, de pop, de folk, de soul, de r’n’b et de jazz. Arrivée ici en 2009, elle s’entoure d’excellents musiciens et on remarque rapidement sa belle voix gorgée d’une soul doucement profonde et son engagement humain, qu’il soit en faveur des enfants et des femmes ou des victimes du conflit centrafricain.

Un premier disque réalisé ici

Cet automne, elle fera paraître son premier disque entièrement réalisé ici, sur lequel elle reprendra les quatre pièces de Sanza, auxquelles elle en ajoutera sept nouvelles, dont une interprétation en sango et en anglais de Fa-Fa-Fa-Fa-Fa (Sad Song) d’Otis Redding. De son côté, Freddy Massamba, superbe chanteur congolais, lui aussi très à l’aise avec la soul, le hip-hop et les chants plus traditionnels, en assumera la direction artistique, en plus de chanter et de jouer des percussions. Le bassiste Stephano Petrocca est un autre personnage central de l’album. Son titre Zimbabwe devient Siriri sur des paroles écrites par Laetitia.

Elle raconte : « Siriri veut dire “paix”, et la chanson parle des conflits qui ne sont pas encore terminés en Centrafrique. À Bangui, il y a encore des zones où tu ne peux pas aller, et le reste du pays est laissé à lui-même. Il y a des rébellions qui poussent comme des champignons. Dans la chanson, je dis : “Lève-toi, l’armée de la paix ! Il faut que l’on combatte encore plus fort que ceux qui font la guerre.” Je parle aussi de l’émigration, du fait que, chaque jour, il y a des gens qui se noient dans la mer pour fuir tout ça. » Parce que l’actualité n’a pas changé, certains textes de Laetitia en traitent encore.

En 2014, elle s’est associée à d’autres artistes centrafricains pour la réalisation du vidéoclip Paix en Centrafrique, qui fut diffusé sur YouTube. Elle a également plaidé sur plusieurs tribunes pour la cause de la paix. Elle relate son expérience : « Le problème, c’est qu’on ne peut pas créer une chanson, se lever et faire des collectes de fonds chaque fois qu’il se passe quelque chose. Le rôle des artistes n’est pas seulement de faire des collectes de fonds. Il faut trouver des solutions à long terme. »

Dans ses textes comme dans sa musique, Laetitia s’imprègne aussi de la vie d’ici. À preuve, la pièce Fuku ti dé, qui signifie « Poussière de froid ». Pourquoi « Poussière de froid » ? « En Centrafrique, il n’y a pas de neige et pas de mot en sango pour dire “neige”. La poussière de froid est cette poudre de diamant, cette poussière de glace que l’on voit dans le congélateur. Elle devient le prétexte à une célébration joyeuse et parle des grands froids. Dans ces moments, ce n’est plus le temps de faire la coquette. »

« Il y a un temps pour tout », répétera Laetitia à quelques reprises pendant l’entrevue. Un temps pour écouter, un temps pour réfléchir et un temps pour danser. Pour les Francos, elle fouillera dans tout son répertoire, depuis Bangui jusqu’à quelques titres de son prochain disque. Elle n’en révélera que quelques-uns, en quintette. Pour le reste, elle se remet à sa recherche d’équilibre : « L’équilibre entre ce qu’on est, notre authenticité, d’où on vient, et ce qui nous vient de notre ouverture, de notre écoute des autres. »
 

Laetitia Zonzambé

Avec Stephano Petrocca (basse), Assane Seck (guitare), Noel Mpiaza (batterie) et Elli Miller Maboungou (percussions). À la Zone Coors Light, vendredi 16 juin à 17 h.