Caballero & JeanJass aux FrancoFolies: l’invasion hip-hop franco-belge

Si JeanJass et Caballero sont collègues depuis des années, leur association est plus récente. Le fruit de cette alliance est plus grand que la somme de ses parties.
Photo: Kevin Jordan Si JeanJass et Caballero sont collègues depuis des années, leur association est plus récente. Le fruit de cette alliance est plus grand que la somme de ses parties.

« Je pense qu’il y a des parallèles à faire entre la scène rap du Québec et celle de la Belgique », estime MC Caballero, accompagné de son complice JeanJass, rappeur lui aussi doublé d’un beatmaker allumé. Le duo le plus chaud d’une scène rap franco-belge en ébullition est de passage aux FrancoFolies un an après sa première visite chez nous, afin de cultiver les liens entre deux scènes que plusieurs choses unissent, à commencer par « une attitude décomplexée par rapport au géant français », note JeanJass.

Le rap belge à l’honneur chez nous ? Une fois n’est pas coutume, mais cette fois-ci pourrait bien engendrer des échanges plus réguliers entre les talents d’ici et ceux de la Wallonie et de Bruxelles.

Déjà l’année dernière, le prince du trap mélancolique Hamza défilait sur une scène extérieure des Francos, et il y avait belle lurette qu’un rappeur belge n’avait été invité à le faire. Cette année, c’est tout un bataillon issu de la nouvelle génération d’artisans hip-hop belges qui débarque en ville, pour les Francos et pour le festival MURAL, qui se déroule jusqu’au 18 juin : Roméo Elvis (fils de l’auteur-compositeur-interprète Marka) et ses beatmakers Le Motel ; le clan L’Or du commun (au festival MURAL) et notre paire de Bruxellois, qui se produira deux fois plutôt qu’une sur la scène Monde Urbain des Francos, mardi et jeudi, 21 h.

Caballero JeanJass arrivent avec dans leurs valises un EP fraîchement paru, Double Hélice 2, « suite logique du précédent album » qui a mis le duo à l’avant-scène du rap belge. Alors qu’ils sont collègues depuis des années, leur association est somme toute assez récente et le fruit de cette alliance plus grand que la somme de ses parties. Ils cumulent à eux deux presque vingt-cinq ans d’expérience dans le milieu du rap, et les chansons de ce nouvel album exsudent la confiance acquise, par la force des textes imagés et leur parfaite complémentarité sur le plan de la prosodie, Caballero le rugueux, JeanJass et sa voix coulante.

Tronc commun

« Nous avons un parcours assez similaire, nous sommes tous deux fils d’immigrés méditerranéens », raconte JeanJass, « Carolo » d’origine (lire : né de la ville de Charleroi, au sud-ouest de la capitale). « On connaît un minimum [l’esprit de] la rue, on en parle un peu sans s’en réclamer. Maintenant, ce qui est bien, c’est qu’il y a des gens de la street qui nous disent aimer telle ou telle chanson et d’autres n’écoutant pas forcément de rap qui en apprécient une autre… Je crois que nous sommes arrivés à offrir [un son] assez complet en ce sens, assez diversifié. »

Plus électro planant sur TMTC, ailleurs plus cloud rap mélancolique, lourdement trap sur la bombe Sur mon nom, inspirés par le dancehall-reggae sur la délirante SVP, Caballero JeanJass couvrent tout le spectre des influences rap modernes (et inspirées du rap américain), exactement comme le font nos Dead Obies, Alaclair Ensemble et cie. La spécificité belge du duo s’exprime évidemment dans l’accent, dans leurs références locales, mais aussi dans cette manière pleine d’esprit, d’humour franc, parfois avec une touche de cynisme, qu’ils écrivent leurs textes, aux images singulières.

Là, ce n’est plus l’expression d’une scène qui cherche à sortir de l’ombre des grosses pointures du rap hexagonal, mais bien celle d’une scène qui s’est construit un imaginaire, une attitude propre. Comme la scène québécoise, en somme. « C’est comme ça qu’on a réagi : il fallait qu’on s’affranchisse, abonde Caballero. D’une certaine manière, ça a fait en sorte que le grand frère [français] nous regarde aller et se dise : « Ah ben finalement, le petit frère [belge], il se débrouille bien ». Y a un respect qui s’est installé, et on se sent les bienvenus [sur le marché français] », comme en témoigne d’ailleurs le succès d’un Damso, adoubé par la méga-star Booba.

Vedettes du Web

Le public français constitue presque les deux tiers de l’auditoire rejoint par le duo qui, comme pour les artisans hip-hop québécois, est virtuellement ignoré des radios musicales. « C’est peut-être ça qu’il fallait : s’assumer pour ensuite mieux rayonner. » Sans le soutien des grands médias, c’est par les blogues spécialisés et, surtout, YouTube, que le duo trouve son public : le nouveau rap belge se démarque par ses clips hyperléchés, qui récoltent des visionnements par millions. La chanson Bruxelles arrive, de Roméo Elvis feat. Caballero, « l’hymne de notre génération de rappeurs », dit JeanJass, compte déjà presque 3,5 millions de vues.

Or, Caballero JeanJass sont aussi devenus des youtubeurs au succès inattendu avec une websérie plutôt débile, High fines herbes. Style « Recettes fumette », voyez le genre. JeanJass détaille : « C’est une grande passion qu’on a tous les deux — en fait, deux passions, le weed et la bouffe. On a rencontré un cuistot, Jean-Baptiste Bonhomme, un Dijonnais d’origine. En discutant avec lui, on a décidé de mettre ce projet sur pied, à partir de ses recettes [confectionnées avec du cannabis]. De notre côté, disons qu’on a de bons contacts pour de bonnes variétés de weed… »

Succès immédiat : des Inrocks à Paris Match, plusieurs médias importants ont parlé de leur série, ouvertement inspirée de la série culinaire du rappeur Action Bronson, produite par Vice. Caballero : « Surtout, ça nous intéresse d’explorer toutes les facettes du métier d’un artiste, c’est-à-dire de voir comme c’est possible de s’exprimer autrement qu’en musique. Par les blogues, les vlogs, les podcasts et tout ça. Et le faire avec cette touche d’humour belge. »

Caballero & JeanJass

Sur la scène Monde urbain des Francos, mardi et jeudi, 21 h.

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