La soirée Acadie rock, pour quoi faire?

Lisa LeBlanc sea présente à La soirée Acadie Rock organisée par les FrancoFolies.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Lisa LeBlanc sea présente à La soirée Acadie Rock organisée par les FrancoFolies.

À l’heure où les artistes d’origine acadienne ou en provenance d’Acadie sont partout, différents et affranchis, a-t-on encore vraiment besoin de brandir l’étendard commun ? De Radio Radio à Lisa LeBlanc, des réponses.

Dans ma dizaine d’albums québécois préférés de 2016, il y a celui de Laura Sauvage (Vivianne Roy, qui est l’une des trois Hay Babies), celui de Lisa LeBlanc et celui de Menoncle Jason. Trois artistes acadiens : ce n’est pas rien. Aurait pu s’ajouter le dernier Hay Babies, qui arrivait en onzième place dans ma liste. Quatre sur onze, c’est le vrai chiffre. Vivianne, en Laura, plane psych-rock. Lisa exulte en folk, blues, bluegrass, rock, etc. Menoncle réinvente son rockabilly. Les Hay Babies harmonisent dans leur propre « quatrième dimension ».

Le constat : il y a bel et bien une déferlante acadienne au Québec. Nommons aussi Radio Radio, les Païens, les Hôtesses d’Hilaire, Joseph Edgar, Joey Robin Haché, Pierre Guitard, Amélie Hall. Du rap façon Radio Radio jusqu’au soulful country d’Amélie Hall, la distance est plus grande qu’entre Moncton et Montréal. Le bagage acadien ne suffit certainement pas à les définir : ça fait partie de l’équation, soit, mais dans quelle mesure ? Il fut un temps où il fallait brandir très haut le drapeau acadien, et parler de la Déportation toutes les deux chansons (le groupe pionnier 1755 servant presque de porte-étendard) : ce n’est plus vrai. Pourquoi alors ce mercredi sera-t-il « journée acadienne » aux FrancoFolies de Montréal, programmation spéciale au coeur de laquelle un grand spectacle collectif, la « soirée Acadie rock », célébrera l’identité commune ?

« Pendant longtemps à Moncton, souligne Gabriel Malenfant de Radio Radio, lors de la célébration « 15 août des fous » — maintenant Acadie rock —, les organisateurs évitaient sciemment d’intégrer des drapeaux acadiens, car ces derniers représentaient une réalité acadienne folklorique qui n’était plus la nôtre. Ce n’est plus le cas, étant donné qu’on a fait un reboot, voire une mise à jour du positionnement de la culture acadienne. Aujourd’hui l’Acadie est chose vivante et pertinente, bien ancrée dans l’époque actuelle. » Aujourd’hui, on est Acadien sans avoir à le proclamer. Lisa LeBlanc vient de Rosaireville et en parle souvent, mais pas comme Édith Butler a chanté Paquetville. Pour Lisa, le changement de perception est clairement balisé : « Des gens comme Joseph Edgar et puis les Païens ont pavé le chemin. Ils ont été obligés de se battre pour qu’on ait une image plus moderne de l’Acadie et qu’il y ait autre chose que du traditionnel. »

C’est Joseph Edgar, justement, qui a proposé cette « soirée Acadie rock » à Laurent Saulnier, le programmateur en chef des Francos. Pour Joseph, qui travaille avec Phil Comeau à un documentaire qui cherche précisément à expliquer la déferlante acadienne, « le temps est rendu là, combinaison de talent, timing, circonstances, travail et bonne étoile… » Il s’agissait, explique-t-il, de s’assumer pleinement. « Après les succès tangibles de Marie-Jo Thério et ensuite, bien des années plus tard, de Radio Radio et de Lisa LeBlanc, des artistes qui n’ont pas caché leur origine, leur accent ou leur façon de s’exprimer, j’ai vu d’autres artistes de chez nous qui se sont dit que c’était possible de percer cette frontière nommée le Québec. » Contagieuse confiance. « Le Québec semble s’être ouvert un peu plus, et nous sommes moins peureux. Ça mord pas, Montréal. Anyway, pas plus qu’ailleurs. »

Tout le monde sur la même planète, Acadiens aussi

« Je sens que je n’ai pas à montrer mon drapeau acadien pour me sentir Acadien, résume Pierre Guitard. Nous sommes rendus au point où être un artiste acadien ne peut en rien donner une idée de ton style de musique ou de ton image et c’est très bien comme ça. Quand on dit artiste québécois ou canadien, les gens ne s’attendent pas à un style en particulier et l’Acadie a réussi à se hisser à ce rang. » Gabriel Malenfant y voit la conséquence locale d’une tendance planétaire : « Le monde rapetisse de plus en plus, et le phénomène va de pair avec les communautés et marchés francophones, qui se rapprochent aussi. On se découvre davantage et le Québec découvre une énergie palpitante et un feu de l’âme qui proviennent de l’Acadie. »

Amélie Hall, à l’heure des réseaux sociaux, des baladodiffusions et des chaînes d’écoute en continu, élargit encore le propos : « Les médias changent et permettent non seulement aux Acadiens mais aussi aux artistes de partout dans le monde de se faire entendre. » Pour Jacques Doucet, l’autre gars de Radio Radio, « il est important que le public apprécie le talent de l’artiste avant tout, mais ceci étant dit, je suis fier d’afficher mon origine acadienne/canadienne. » Amélie Hall d’ajouter : « Le multiculturalisme a pris la place du patriotisme, mais l’Acadie est quand même là gravée dans le coeur, dans les valeurs et les principes de ce si beau peuple. »

C’est là, se dit-on, qu’il faut voir la justification de cette journée acadienne aux FrancoFolies. Intégration de la fierté identitaire, nécessité d’ouverture au monde, volonté farouche d’être entièrement soi-même, et esprit de famille irréductible. « On est une famille, insiste Gabriel, une famille à bras ouverts avec le Québec. » L’acolyte Jacques a les mots qu’il faut : « Nous n’avons pas besoin d’une grande raison pour célébrer en famille. C’est toujours un bon temps pour voir ses amis. »

La soirée Acadie rock

À la Place des festivals, mercredi 14 juin à 21 h