Une soirée d’ouverture littéralement ouverte

Elle n’a pas froid aux yeux, Lydia Képinski, on le sait depuis sa participation à la finale de Granby, encore plus depuis sa victoire aux Francouvertes. La jeune auteure-compositrice-interprète aux mélodies insaisissables, à l’humour plus que décalé, à l’attitude j’attaque-et-advienne-que-pourra, convenait idéalement à l’ouverture de la soirée d’ouverture des FrancoFolies de Montréal, 29es du nom. Qui m’aime me suive ? Elle n’en doutait même pas, et cela se voyait, et cela s’entendait jusqu’en haut de l’esplanade de la Place des Arts. Quelques fans de la première heure connaissent déjà ses drôles de chansons, mais ils n’étaient pas légion, ce jeudi soir : pas grave. C’était sa chance d’être là, elle s’y trouvait parfaitement à sa place, et elle n’a pas manqué de faire son petit effet. Suffit d’une fois avec elle : Lydia ne donne pas beaucoup le choix, on se souvient forcément d’elle. Appelons ça un coup de semonce : la prochaine fois, ça va faire mal.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierre Kwenders

Pierre Kwenders suivait sur la grande scène plantée à l’angle de Sainte-Catherine et Jeanne-Mance. Notez : Kwenders après Képinski, c’est gagner beaucoup de points au Scrabble. C’est aussi jouer d’audace exprès, du point de vue de la programmation de cette affiche de premier soir. Bien sûr que les gens étaient là très majoritairement pour Dumas et Les Trois Accords. Pardi ! Leur flanquer une presque inconnue et un pas si connu encore, c’était signifier : voilà les FrancoFolies d’aujourd’hui. On vous offre vos préférés, mais aussi ceux que vos préférés aiment, en pariant que vous pourriez vous en enticher itou. Kwenders, c’était patent aux premières chansons, qu’on les connaisse ou pas : il sait haranguer sa foule, et la faire bondir. Sa sorte de chanson sur ressorts, ses rythmes du monde pour le monde d’ici ne laissaient indifférents que les spectateurs vraiment éloignés de la scène. Ce sera l’étape suivante : la prochaine fois, en soutien de l’album qui paraîtra en septembre chez Bonsound, la Catherine chantera avec lui.

Dumas-la-transe, Dumas-la-danse

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dumas

C’était, je crois bien, la première fois que je voyais Dumas en spectacle sans Joss Tellier à la guitare. De sorte que le chanteur était promu guitariste soliste, en plus d’asséner ses riffs à la fois répétitifs et irrépressibles. La différence ? Plus garage, le son. Dumas est un guitar-slinger par défaut, mais non sans énergie brute. Et les trois choristes — les soeurs Jonathas — remplissaient l’espace sonore autrement : du garage soulful, voilà ce qu’on obtenait. Ça et la gouaille de Dumas : le gars est encore et toujours tellement content d’être là qu’il en hoquette de joie, et cette félicité est contagieuse. Ça le faisait sauter, sauter, sauter, comme si le plancher de scène était électrifié. De fait, son veston semblait cousu de fils lumineux, comme si le courant l’habillait. Son spectacle n’aura pas été très long, mais sans grand répit non plus : c’était comme une seule chanson en plusieurs segments, s’achevant comme il se doit sur Le bonheur. « Rien ne nous arrêtera… », scanda-t-il, ajoutant : «…surtout pas ce soir ! ».

C’était néanmoins la fin de son tour de piste. Dûment apprécié, Dumas, mais sans délire. Oui Dumas-la-transe, oui Dumas-la-danse, mais pas Dumas-l’extase, malgré Miss Ecstasy. Ce public plus que réceptif attendait SES Trois Accords. Et de fait, on l’a compris vite, ce spectacle très ouvert à la différence était quand même leur spectacle : la bonne vingtaine de titres au programme en a témoigné, tout autant que le degré d’intégration des paroles. Quelle que soit la direction où le regard portait, ça chantait tout par coeur : Hawaïenne, bien évidemment, Vraiment beau, comme de raison (avec solo de gazon), mais également les titres du nouvel album : Joie d’être gai, Top bronzés et compagnie.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les Trois Accords

C’est vraiment un sacré cas de figure, Les Trois Accords, constatais-je une fois de plus : un sens aigu du refrain imparable, un sens de l’autodérision qui renvoie aux frères Denuy du temps si lointain de Paul et Paul, et la capacité d’aborder là-dedans les sujets de société les plus sérieux, sans se prendre une nanoseconde au sérieux. Pas surprenant qu’ils durent. Et il n’était pas du tout étonnant qu’ils cartonnent en ce premier soir francofou. Le contraire, franchement, eût été déprimant. Le monde a besoin d’aimer très fort Les Trois Accords, en 2017.