Le jazz haut en gamme de Boston

Vue sur le lieu emblématique entre tous du jazz à Boston: le New England Conservatory
Photo: New England Conservatory Vue sur le lieu emblématique entre tous du jazz à Boston: le New England Conservatory

Les personnages hauts en couleur et forts en gammes qui ont rythmé les débuts du jazz à Boston s’appelaient Johnny Hodges et Harry Carney. Ces deux-là, ces deux géants, ont été membres de la phalange fondée par Duke Ellington pendant plus de 40 ans. À ces noms, on greffera ceux qui, dans ces mêmes environs, ont fait leurs premiers pas : les batteurs Alan Dawson et Tony Williams, les pianistes Jaki Byard et Chick Corea, les trompettistes Ruby Braff et Joe Gordon, le tromboniste Bob Brookmeyer et les saxophonistes Paul Gonsalves et Bill Pierce, pour parler des principaux.

À cette liste on ajoutera les noms de deux musiciens réputés être aussi de très grands professeurs, soit le saxophoniste Jerry Bergonzi, qui a écrit toute une série de livres pédagogiques et que connaît bien Rémi Bolduc, et surtout Ran Blake. Pianiste immense qui enseigne au fameux New England Conservatory. Il a notamment formé Don Byron, John Medeski, John Scofield et autres fines lames du jazz contemporain.

Il y a peu, Blake a publié un album qui est au fond l’aboutissement d’une fascination unique dans les annales du jazz. Cette dernière a pour nom propre : Claude Chabrol. Blake est en effet si obsédé par l’oeuvre du cinéaste, par tous ses films, qu’il lui a consacré un disque intitulé Chabrol — Noir et publié sur Impulse. Sur la grande majorité des morceaux, Blake joue en solitaire. Les autres fois, il est accompagné par le seul saxophone de Ricky Ford. Le résultat ? C’est du Erik Satie au royaume de Duke Ellington.

Les clubs ? À l’instar de ce qui a été constaté dans d’autres villes du continent, la géographie des clubs a été passablement bouleversée au cours des 15 dernières années. Premier bouleversement constaté, le célèbre Storyville où Gerry Mulligan, Chet Baker et consorts avaient été enregistrés est devenu une discothèque. Le Jazz Café ? Mettons qu’il est à ranger à la rubrique du cahin-caha.

En fait, sur ce flanc, on a retenu d’abord et avant tout le Beehive, situé sur la rue Tremont en plein centre-ville. Le lieu est chaleureux comme sympathique. On l’a retenu surtout parce qu’il est emblématique d’un phénomène propre à toute la Nouvelle-Angleterre et dont Duke Robillard et le Roomfull of Blues sont les visages. C’est bien simple, lorsque les membres de ces formations ne sont pas en tournée aux quatre coins de la planète, lorsqu’ils sont de retour dans leur chère région, ils animent bien des clubs de Boston à Portland dans le Maine.

Lors de périples antérieurs, on avait constaté que le pianiste Matt McCabe, les saxophonistes Mark Eardley, Rich Lataille et Doug James, le contrebassiste Brad Hallen, le guitariste Chris Vachon et compagnie se produisaient régulièrement à Portland, et surtout au Press Room Café de Portsmouth. Le Beehive ? Bruce Bears, pianiste régulier de la formation dirigée par Duke Robillard, petit-fils de Québécois qui s’étaient exilés dans le Rhode Island durant la crise des années 1930, organise régulièrement des jam-sessions toujours convaincants.

Le dimanche à l’heure du brunch — eh oui, du brunch —, on peut y entendre parfois Jerry Bergonzi. De ce dernier, on suggérera l’album Three for All paru sur étiquette Savant. C’est du sérieux, très sérieux. C’est parfois austère, mais bon… C’est à l’image du lieu emblématique entre tous du jazz à Boston : le New England Conservatory.