Le confort de Catherine Leduc, à l’abri de la lumière

Le nouvel album de Catherine Leduc creuse des sonorités rétro, vintage, mais avec une approche contemporaine.
Photo: Léolo Le nouvel album de Catherine Leduc creuse des sonorités rétro, vintage, mais avec une approche contemporaine.

Elle était recrue, la revoici avec plus d’expérience, mais encore portée par les doutes. Après son premier disque solo, Rookie, la chanteuse Catherine Leduc jongle sur son nouvel album avec l’idée du succès et de l’échec, et des peurs qui peuvent accompagner les deux.


Ce nouvel effort porte d’ailleurs un titre plutôt évocateur, Un bras de distance avec le soleil. Parce qu’être aimé, c’est bien, mais la lumière qui vient avec, c’est lourd et ça brûle, parfois. Elle en sait quelque chose : elle a quand même été découverte avec son défunt groupe Tricot Machine.
 

Dans la chanson La joie bruyante, Leduc ouvre d’ailleurs son jeu. « S’il est une peur / qui savamment me tenaille / c’est sûrement celle de perdre / l’ardeur et la fièvre / la candeur / aux dépens des revers / des pentes que je dévale ».

Au bout du fil, malgré ses rires contagieux et nombreux, Catherine Leduc parle avec franchise de ses failles en tant que créatrice, de ses appréhensions qui deviennent en quelque sorte son moteur, son sujet. Pourtant, il y a maintenant dix ans qu’elle est musicienne. « Je demeure pleine de doute, mais je pense mieux savoir qui je suis là-dedans, et j’ai peut-être plus envie d’être cette personne-là aussi », confie Leduc.

Elle cherche donc encore sa place dans le monde musical, entre un désir de réussir en se questionnant du même coup sur ce qui pourrait être un succès pour elle. Autre extrait, cette fois de Tes sommets sont mes montagnes. « Ma peau pâle réclame l’ombre / la tienne ou celle d’un autre / je suis ton creux de vague / tes sommets sont mes montagnes ».

« Je me demande si ma place un peu à l’ombre n’est pas privilégiée, constate-t-elle. Si j’étais au sommet, ça serait ben triste, ça serait la saturation. Le fait que je sois dans une position un peu plus ombragée — de mon point de vue — c’est une grande force, c’est une chance, j’ai du ciel pour me déployer encore. »

Se dépasser

Sur ce deuxième disque solo de Catherine Leduc, les chansons mènent l’auditeur à flotter davantage que sur Rookie, par des ambiances plus fluides, des textures qui respirent davantage. C’est l’énergie qui est ressortie du travail d’arrangement des deux premières chansons écrites, La fin ou le début et Anticosti. Leduc et son copain, Matthieu Beaumont, ont ensuite poussé dans cette direction dans leurs explorations.

« On dirait que ça flottait au-dessus de nos têtes. Pour moi Rookie est plus un carré noir, et Un bras de distance est un rond blanc ! »

Ce nouvel album creuse des sonorités rétro, vintage, mais avec une approche contemporaine. Les sons vibrent, claquent, résonnent de manière intrigante, stimulante.

« Je ne veux pas faire l’unanimité, je veux affirmer ma personnalité, et elle ne va pas plaire à tout le monde, dit Leduc. C’est pas grave, c’est ça que j’ai envie de faire. »

Un bras de distance avec le soleil met aussi sur un piédestal, sans les nommer, ceux qui ont une démarche unique.

« Tu ne peux être que la fin ou le début / tu embarques où la trail devient la rue », chante Leduc sur La fin ou le début. Sur Good Eye, elle jongle entre création et baseball. « Rehausse le niveau good eye / donne-nous du mal / jamais ne nous épargne. »

« Il y a des artistes qui m’inspirent parce qu’ils sont uniques, parce qu’eux seuls peuvent faire ce qu’ils font, c’est ça qui m’interpelle. Je ne veux pas faire comme eux, mais ils me donnent envie de me dépasser. Ça me donne envie de faire sortir quelque chose de moi que je ne sais même pas qui existe. »

Elle pense à Stéphane Lafleur, d’Avec pas d’casque, pour les textes. Ou à l’approche étonnante mais poétique du Français Bertrand Belin. Le groupe Timber Timbre la stimule, comme le récent disque de Jarvis Cocker et Chilly Gonzalez. « C’est d’une grande simplicité, des fois c’est cynique, drôle, et puis tout d’un coup tu veux pleurer parce que c’est beau. »

Avec les autres

L’horaire d’été est encore tranquille pour Catherine Leduc, qui prévoit monter sur scène avec les musiciens qui l’ont accompagnée sur le disque, soit Matthieu Beaumont, le bassiste Maxime Castellon et le batteur Guillaume Éthier.

A-t-elle des espoirs particuliers avec ce disque ? Les doutes ressurgissent, comme sa relation au succès. « Avec Rookie, ce que j’attendais au fond sans le savoir, c’est une réponse du milieu, qu’on me fasse confiance d’une certaine façon. Et ça, je l’ai jamais senti tant que ça, avoue-t-elle sans complainte. Personne ne m’appelle pour me dire “Eille, on fait une toune ensemble ?” Je me dis que j’aurais quelque chose à offrir. J’aime ça faire de l’art, je suis capable de faire ça et j’aimerais qu’on me fasse confiance, et qu’on me reconnaisse pour ce que je suis. »

À qui veut bien l’entendre : que le bras de distance devienne une main tendue.

Un bras de distance avec le soleil

Catherine Leduc, Grosse Boîte. En magasin vendredi.