Kawandak: la reconnexion avec les racines

Normand Guilbeault a retrouvé ses racines métisses perdues.
Photo: Pierre Crépô Normand Guilbeault a retrouvé ses racines métisses perdues.

D’abord connu comme contrebassiste de jazz, Normand Guilbeault a établi depuis la fin des années 1980 une reconnexion avec ses racines métisses, et le quatuor Kawandak lui fournit l’occasion de marier du répertoire autochtone de l’Amérique du Nord aux harmonies jazz, à la puissance du rock et à la plainte du blues. Cette fin de semaine, le groupe s’arrête au Festival des guitares du monde en Abitibi-Témiscamingue. Au programme : une rencontre avec des poètes au Salon du livre ce vendredi, un souper spectacle au café Elkoza de Macamic le lendemain et un concert au Petit Théâtre du Vieux-Noranda dimanche.

Normand Guilbeault se raconte : « Après avoir parlé avec des gens de ma famille, j’ai senti le besoin de me reconnecter avec mes racines. J’en ai parlé à mon grand-père, mais il avait honte d’assumer ça. J’ai poussé plus loin, j’ai retrouvé des ancêtres aux États-Unis et au Canada, particulièrement chez les Anishnabés. Du côté de ma mère, j’ai retrouvé un coureur des bois qui a marié une Indienne. Il y a aussi une filiation avec les Kaskaskia qui vivaient un peu en bas des Grands Lacs. Il y a aussi une filière micmaque un peu plus lointaine du côté de mon père. Je suis un vrai Métis. »

Pendant la crise d’Oka, il devient encore plus militant pour la cause autochtone. Plus tard, il découvre l’histoire de Louis Riel et lui consacre un disque double qui paraît en 1999. Parallèlement à ses projets de jazz, il accompagne plus de 200 poètes, ce qui le sensibilise à l’importance du mot et aux possibilités de rencontre avec la musique, d’où son hommage à Jack Kerouac. En 2008, il fonde Kawandak, qui prendra plusieurs formes. D’abord un trio instrumental, le groupe devient un quatuor et, depuis 2012, la formule demeure la même avec Guilbeault au chant et à la contrebasse, Sylvain Provost à la guitare, Claude Lavergne à la batterie et Annie Poulain au chant et au clavier. Avec le temps, le contrebassiste-compositeur a appris à chanter en s’impliquant au sein de groupes de chants traditionnels, dont les Buffalo Hat Singers de l’extraordinaire Norman Achneepineskum.

« Avec Kawandak, je vais vers les racines des Buffy Sainte-Marie, Robbie Robertson, Randy Wood, Willie Dunn et quelques autres. On fait aussi des réinterprétations de Jim Pepper [le compositeur de Witchi Tai To]. Il était dans le jazz et, à la fin de sa carrière, il a commencé à amener sa tradition dans son jazz. Ç’a été pour moi un élément déclencheur. »

Normand Guilbeault compose et fait beaucoup de recherche, jusqu’à la SmithSonian Institution à Washington. « Je fouille là-dedans beaucoup, je transcris des vieux chants de prisonniers ou d’autres chants traditionnels oubliés. J’identifie les sources et, en spectacle, je raconte d’où ça vient. Prend l’exemple d’Aanii Kouounii [Ani Kuni]. Tout le monde pense que c’est une petite toune de garderie ou de feu de camp. Mais c’est du sérieux. C’est un vieil Indien qui dit :“Vous m’avez tout pris, j’ai pu rien à manger, j’ai pu rien à boire. Vous avez exterminé le bison. J’ai perdu mon mode de vie traditionnel.” »

L’artiste métis a retrouvé ses racines perdues à l’enfance. En plus de la musique, il travaille à titre d’aidant spirituel au centre de guérison Waseskun, un établissement de détention alternatif qui propose un plan de traitement thérapeutique basé sur la philosophie autochtone. Voilà ce qui s’appelle un engagement global.

À surveiller au FGMAT

Justin Saint-Pierre Natif de Val-d’Or, il est un grand guitariste de fingerstyle et son plus récent album, L’insulaire, est une réussite. Il peut chanter mélodique et rythmique, varier les techniques et les tonalités, dégager plus d’une atmosphère à la fois, avec calme et sérénité.

Willy Rios Installé à Montréal depuis 20 ans, ce multi-instrumentiste et maître du charango bolivien peut naviguer entre le blues du huayno de ses origines, les climats aériens de la flûte quena et le souffle terrien du sikus andin. Mais il va aussi bien au-delà, avec sensibilité.

John Pizzarelli À la troisième édition du festival en 2007, le chanteur-guitariste de jazz avait épaté la galerie. Le voici à nouveau avec les chansons de son répertoire, en plus de celles qui se retrouvent sur le disque John Pizzarelli Meets The Beatles. Nommons-en quelques-unes : Can’t Buy Me Love, Eleanor Rigby et When I’m Sixty-Four.

Le Festival des guitares du monde en Abitibi-Témiscamingue

À Rouyn-Noranda et dans les environs, du 27 mai au 3 juin.

Kawandak

26 mai à 20 h : au Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue. Avec les lectrices Dominique Demers et Stéphanie Boulay. 27 mai à 18 h : souper-spectacle au café Elkoza de Macamic. 28 mai à 18 h : concert au Petit Théâtre du Vieux-Noranda.