Un opéra de rue prend forme à l’Opéra de Montréal

Les quatre participants venant de l’organisme Le Sac à dos sont dirigés par Martine Beaulne.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les quatre participants venant de l’organisme Le Sac à dos sont dirigés par Martine Beaulne.

Dans Humanitudes, l’opéra de rue créé par l’Opéra de Montréal, des gens de la rue en voie de « réintégration » joueront des policiers ou des revendeurs de drogue, des balayeurs ou des vendeurs de fleurs.

Dans l’opéra dont le livret a été écrit par le poète José Acquelin, les itinérants sont habillés en messieurs et les gens riches essaient d’avoir l’air cool. « C’est une traversée des apparences », disent José Acquelin et Martine Beaulne, qui a assumé la mise en scène, en entrevue.

L’opéra, dont la musique a été composée par Éric Champagne, a été entièrement conçu avec des usagers de l’organisme communautaire Le Sac à dos, qui vient en aide aux personnes qui sont dans la rue.

Quatre d’entre eux ont participé à toutes les étapes du processus, et occupent d’ailleurs des rôles de figurants durant l’opéra. Au cours d’ateliers d’écriture, de jeu et de mise en scène, ainsi que de conception des décors, ils ont raconté leur histoire et ont témoigné d’endroits de la ville qui sont importants pour eux.

On leur a entre autres fourni des appareils photo pour qu’ils capturent des lieux qui leur tiennent à coeur, raconte Martine Beaulne. « C’était souvent des murales et des églises », remarque-t-elle. C’est à partir de ces photos que les décors d’Humanitudes ont été créés, sous la supervision de Danièle Lévesque.

Si l’histoire ne reprend pas exactement les récits de vie des usagers du Sac à dos qui ont participé au projet, le livret de José Acquelin en retient certains extraits dans leur intégralité. « J’ai été catalyseur et catalysé », dit-il. Le tout s’est déroulé sous la supervision de la médiatrice culturelle Claudia Bilodeau.

Engagement social

L’opéra Humanitudes raconte la rencontre de Jean, un itinérant, et de Jack, un « riche », que l’itinérance guette cependant, dans un parc de la ville, ainsi que d’une intervenante qui les accompagne. Le choeur, inspiré du théâtre grec, représente à la fois des pleureuses et une conscience supérieure.

« On ne voulait pas faire quelque chose de misérabiliste », dit Pierre Vachon, directeur communication, communauté et éducation de l’Opéra de Montréal. Les participants venant du Sac à dos ont d’ailleurs tous refusé de jouer des rôles d’itinérants dans la pièce.

Ce sont Max van Wyck et Katie Miller, de l’atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, ainsi que le baryton Pierre Rancourt qui forment la distribution du spectacle, qui dure une trentaine de minutes.

Cet événement fait partie du volet d’engagement social du programme de l’Opéra de Montréal. La soprano Marie-Josée Lord, qui est porte-parole du projet, donnera un récital en première partie du spectacle. En deuxième partie, on verra également un documentaire réalisé par Judith Plamondon tout au long de la réalisation d’Humanitudes.

Humanitudes sera présenté le 15 mai à la Cinquième Salle de la Place des Arts.