Citoyenne Lydia Képinski, gagnante des Francouvertes

Lydia Képinski, 23 ans, a été couronnée championne du concours musical Les Francouvertes, lundi.
Photo: Jean-François LeBlanc Lydia Képinski, 23 ans, a été couronnée championne du concours musical Les Francouvertes, lundi.

Tard lundi soir, au Club Soda, Lydia Képinski, 23 ans, a été couronnée championne du concours musical Les Francouvertes, remportant la grande bourse de 10 000 $ ainsi que de nombreux prix secondaires. Mais déjà, mardi en matinée, la chanteuse était sur la route, direction Abitibi, pour une série de concerts dans la région. La poussière n’était même pas retombée que les pneus du camion la faisaient remonter.

« Moi, j’aime ça, faire des affaires comme ça, rigole Lydia Képinski au bout du fil de son ton chantant. On échappe un peu au post-partum. À la fin d’un gros projet, c’est difficile, les lendemains. Ayoye, qu’est-ce que je fais de mon existence ? Là, je m’arrange pour ne pas me poser cette question-là ! »

Mais Képinski, née dans le Mile-End montréalais d’un père franco-polonais et d’une mère québécoise, ne ressort pas des Francouvertes devant un grand vide. Le plan est déjà de faire un disque complet, elle qui a déjà un (excellent) minialbum de quatre titres en poche.

L'innovation, c'est juste ça, c'est de dire "fuck you" à quelqu'un qui te dit de ne pas faire quelque chose

« On commence à l’enregistrer cet été. On était censés avoir les deux mains dedans, mais il va y avoir beaucoup de spectacles. Mais ça va sortir, t’inquiète pas », lance-t-elle avec un ton à la fois poli et un brin ironique.

Sa victoire de lundi la rend très heureuse et lui fait dire que tout compte fait, c’est une bonne chose que Les Francouvertes aient refusé sa candidature l’an dernier. « Ils auraient tellement fait une erreur, constate-t-elle. J’étais vraiment fâchée, je me disais : “Comment ça, ils ne me prennent pas ? Il me semble que c’est bon, ce que je fais.” » Mais je n’aurais pas gagné, c’était nul ! Des fois, ça fait du bien, se faire dire non. C’est tough sur l’orgueil, mais ça fait du bien après. »

Sa réaction a été de travailler, de réfléchir, de s’écouter, de se filmer pour se regarder. Son principal défi ? « Je pense que c’était d’affirmer ma voix. J’ai une façon de la contrôler qui m’appartient, je la place de manière bizarre. Je n’ai pas eu une formation en chant quand j’étais jeune, et les profs de chant que j’ai croisés ne savaient pas trop comment démêler ça. »

Lydia Képinski a une voix intrigante, pas monochrome, qui tend à se voiler par moments, à épouser l’énergie du texte. Rien de théâtral, mais avec une capacité à se moduler. La musicienne compare sa voix à un accord mineur, qui peut sembler faux, mais qui ne fait que créer une tension.

Coudées franches

Malgré son jeune âge, Lydia Képinski sait ce qu’elle fait et sait où elle veut aller, ou du moins avec quelle approche avancer.

Sa chanson rock, orchestrale, un peu progressive sur les bords, est assez libre, quoique très mélodique. Elle vient de la grande chanson française, comme du rap. Son titre Andromaque, aux paroles-fleuves, est fort en images et change d’énergie à plusieurs reprises.

« C’est ma façon de composer au naturel. C’est un peu un syndrome de TDAH, une petite déformation psychologique qui fait que j’ai envie de changer de beat souvent, ça me divertit, lance-t-elle. Moi, il y a plein de concours auxquels j’ai participé où on m’a dit que ça ne marchait pas, que je n’avais pas le droit de dire ça, qu’il fallait que ça soit comme ceci, comme cela. Il faut juste avoir la ténacité de dire “non, j’ai raison”. L’innovation, c’est juste ça, c’est de dire “fuck you” à quelqu’un qui te dit de pas faire quelque chose. »

Ne pas parler pour ne rien dire

Si Képinski voulait affirmer sa voix, elle assure aussi que le message compte beaucoup. « Je pense juste que si j’ouvre la bouche, c’est parce que j’ai quelque chose à dire. »

« C’est rare que je me considère comme une musicienne, expliquera-t-elle plus tard. C’est pas le mot qui me définit, je me considère comme une citoyenne. »

Elle est enchantée de voir comment Internet a démocratisé la diffusion musicale, mais déplore que ce soient les entreprises de la Silicon Valley qui empochent tout. « Et comme on change de gouvernement tous les quatre ans, sur deux paliers, ils sont dix ans en retard, ils ne sont pas capables de s’adapter à Internet, et ça me fait chier, c’est de l’immobilisme. »

Et l’information ? Encore là, elle y voit des problèmes, notant au passage les leaders d’opinion qui ont plus d’abonnés que de connaissances.

« Ma job, c’est de divertir, sauf que si, pour vrai, je pouvais militer pour quelque chose, ce serait pour que les gens soient au courant, man. Il se passe des choses qui ne sont pas correctes. Je ne veux pas faire de politique dans la vie, je veux faire de la culture. Mais en ayant une voix, je pense que ça vient avec une responsabilité. »

La jeune femme parle aussi d’éducation. La sienne s’est faite dans de bonnes écoles, entre autres au Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, une école pour filles à Outremont. « C’est tellement drôle, [lundi] j’ai dû prendre la parole après avoir gagné, et j’ai dit merci à mes profs du secondaire, c’est la première chose qui m’est venue en tête parce que, câline, j’ai eu une bonne éducation. Et je suis contente, et c’est juste ça que ça prend pour que le Québec aille mieux. Il faut ouvrir les esprits en bas âge, je dirais ! »