À Lydia Képinski la première place des 21es Francouvertes

Lydia Képinski
Photo: Jean-François Leblanc Lydia Képinski

Aurons-nous le meilleur d’elles et de lui, en ce lundi soir décisif des Francouvertes ? Comment le savoir ? Généralement, je ne découvre les finalistes qu’à la finale. Invariablement, pendant l’une des pauses entre les prestations des finalistes, un ami ou un parent vient me donner l’heure juste concernant son proche : « Sa meilleure performance, c’était aux préliminaires… »

Pour une rare fois, j’ai mes propres repères. J’étais aux trois demi-finales. J’ai vu et entendu Laurence-Anne, Les Louanges (Vincent Roberge au civil) et Lydia Képinski, et je sais déjà que leur présence en finale n’est pas usurpée. Je sais aussi qu’il règne une drôle d’ambiance au Club Soda. Quelque chose comme un ciel bas, qui donne envie de se recroqueviller. Le froid de novembre dehors ? La Lune presque pleine ?

Pas de doute, ça remue de voir le fort beau court métrage consacré à la regrettée Andréanne Sasseville — « l’ambassadrice » de SiriusXM, qui a soutenu plus qu’activement les Francouvertes —, emportée par le cancer. Même les performances des anciens du concours ne sont pas particulièrement légères. « Je pense que Rosie [Valland] et moi, on est les porte-parole les plus dark de l’histoire du concours… », badine à moitié Philippe Brach. Drôle de début de soirée.

Offrir la pleine Lune

Et voilà la première finaliste. Laurence-Anne a rebaptisé « prock » sa sorte de musique et troqué ses airs de collégienne pour des airs de sportive. « Je t’offre ma pleine Lune/Si tu la veux », chante-t-elle d’une voix plaintive, et on se dit qu’il n’y a pas de hasard. Décidément, rien n’est pareil sous cette Lune. Tout est à fleur de peau.

La jeune auteure-compositrice-interprète elle-même est bien différente qu’à sa demi-finale, dans l’attitude. Laurence-Anne est encore très entourée par ses (excellents) musiciens, mais le centre de sa scène lui appartient désormais. Elle disparaissait un peu derrière ses étonnants arrangements et ses modulations extrêmes la dernière fois. Maintenant, elle prend la lumière. Ça ne peut pas être seulement la Lune qui fait ça. Constat patent : comme ses chansons, Laurence-Anne ne ressemble à personne d’autre. Drôle d’artiste. Différente.

Accentuer le meilleur et le pire

Deuxième finaliste. Il est également plus efficace et encore plus confiant qu’à sa demi-finale, ce Vincent Roberge qui se fait appeler Les Louanges. C’est fou comment on peut resserrer le jeu, en quelques séances intenses dans le local de répétition. Mais cette finale drôlement lunée accentue le pire comme le meilleur.

Il joue plutôt mieux, chante plutôt mieux, mais les maniérismes notés la fois d’avant sont plus flagrants, le côté Zébulon des mélodies, le David Gilmour dans les solos de guitare, la propension au falsetto façon -M-. Ce n’est pas sans valeur, mais l’évidence frappe plus : pas encore très originale, la proposition. Pas tout à fait assez personnelle pour justifier l’appellation. Les louanges, ça se mérite, ce qui suppose, en chemin, quelques doléances.

Rivaliser d’originalité

On l’avouera, à sa décharge : quand le hasard vous programme entre une Laurence-Anne et une Lydia Képinski, rivaliser d’originalité est un sacré défi. Pas d’équivalents pour elles, à peine des parentés dans l’audace : les deux sont radicalement elles-mêmes, jusque dans leurs motifs mélodiques, leurs drôles de séquences d’accords.

Pour Lydia, on le savait depuis la finale de Granby, c’est devenu encore plus manifeste à sa demi-finale des Francouvertes (le même soir que Laurence-Anne, d’ailleurs) : elle nous échappe, on en cherche ses mots. L’inénarrable Lydia Képinski est, telle Klô Pelgag ou Safia Nolin, de la génération des indéfinissables.

On suit cette Lydia dans son monde, on explore avec elle son univers. Et on a l’impression qu’elle avance avec nous dans l’inconnu, comme si elle ne savait pas d’avance où ses chansons allaient la mener, voire où va la note. Mais elle avance. Résolument. Et l’aventure ne fait que commencer. Et on risque fort d’aboutir plus loin que sur la Lune : c’est à Lydia Képinski que revient la première place, elle qui l’emporte. Les Louanges arrive deuxième, et Laurence-Anne est une formidable troisième. Drôle de bonne soirée.