Colin Stetson, l’homme-saxophone-orchestre

Colin Stetson présentera son nouvel album au FIJM le 1er juillet.
Photo: Peter Gannushkin Colin Stetson présentera son nouvel album au FIJM le 1er juillet.

« Je l’ai même écrit dans le livret de l’album : il n’y a aucun overdub ! », aucune piste enregistrée puis assemblée à une autre. Il ne suffisait pas de l’avoir lu, il fallait que Colin Stetson nous le dise de vive voix, depuis Dortmund, en Allemagne, où il se produisait jeudi soir. Mais bon sang, comment alors réussit-il à sonner comme un orchestre complet, à chanter et souffler dans son saxophone tout en allongeant une rythmique presque hip-hop sous les harmonies de la chanson-titre de l’album All This I Do for Glory, lancé ce vendredi ?

En conversation, le phénoménal saxophoniste américain écoute, réfléchit, pèse ses mots, mais ne réfute jamais quelque observation sur son travail, qui emprunte autant à l’héritage du jazz que de la musique contemporaine. Par exemple, que son nouvel album puisse être le moins agressif de sa discographie en solo.

« Tiens, c’est intéressant, ça, s’étonne-t-il. Chacun de mes albums se veut différent, j’imagine que les émotions qui ont permis à ce nouveau disque d’exister sont donc toutes aussi différentes » que celles qui ont fait éclore la furieuse trilogie New History Warfare (de 2007 à 2013), ou encore l’épique Sorrows, sa relecture de la Troisième Symphonie de Górecki qu’il présentera au Festival international de musique actuelle de Victoriaville le 18 mai.

« Tout ce que je compose aborde d’une certaine manière le thème de la solitude, mais est-ce agressif ? Tu as peut-être raison — je crois en tout cas que les compositions de ce nouvel album ont une posture différente, comme si elles étaient propulsées de l’avant. Elles ont, comment dire… Je sens que c’est le disque qui a le plus de “momentum”, de dynamisme, tout en étant introspectif et réfléchi. »

Au microscope

Un tour de force que cet album. Sur ses précédents enregistrements solos, on accueillait la décharge sonore en visualisant l’instrumentiste en train de l’enregistrer, veines du cou saillantes, agrippé à son instrument, transpirant et salivant en studio. En comparaison, All This I Do for Glory est presque berçant, comme sur la magnifique Spindrift

Ses qualités rythmiques retiennent d’abord l’attention. Stetson reconnaît avoir été inspiré « par la musique [qu’il] écoutai[t] plus jeune, le techno d’Autechre et d’Aphex Twin, le hip-hop aussi, du vieux Mobb Deep, de la soul », qui l’ont aidé à donner vie à cette fable amoureuse imaginée comme une tragédie grecque, dont il ne s’agit là que du premier chapitre. « La suite sera probablement plus rageuse, plus proche de mes racines rock… voire des groupes que j’écoutais plus jeune, comme Slayer ou Iron Maiden », indique le musicien.

Ce nouvel album a surtout le mérite de passer au microscope son jeu et sa technique. Plus que sur ses précédents albums, on est ébloui par tant de relief, de détails sonores : chaque petit bruit pouvant être produit par le saxophone a été capté durant l’enregistrement. Le cliquetis d’une clé jouée en cadence, par exemple, et qui ressemble à une caisse claire, ou à un rimshot.

Ce n’est pas de la magie, mais le fruit de « la proximité que j’ai avec mon instrument lorsque j’en joue et qui me permet d’entendre toute cette palette de sons. Ça relève de l’intime autant que de la mécanique de l’instrument », observe Stetson. En expérimentant avec différents types de microphones apposés à des endroits précis sur son saxophone — et même sur son corps, puisqu’un petit micro est collé à sa gorge, captant ce qu’il fredonne en même temps qu’il joue de l’instrument —, puis en travaillant les différentes pistes enregistrées en même temps, il parvient à créer des pièces aussi fascinantes que celles qu’on découvre sur ce nouvel album, et qui seront présentées sur scène le 1er juillet alors qu’il sera à l’affiche du Festival international de jazz de Montréal.