Yannick Nézet-Séguin, conscient du début du reste de sa vie…

Yannick Nézet-Séguin
Photo: Richard Termine / Metropolitan Opera Yannick Nézet-Séguin

Une pluie de roses rouges et jaunes s’est abattue sur Yannick Nézet-Séguin à la fin du Vaisseau fantôme à New York, mardi soir. Nous avions eu le temps de nous glisser au bord de la fosse : tous les musiciens de l’Orchestre du Metropolitan Opera étaient restés là, à l’applaudir, alors que le public l’ovationnait, à juste titre.

Quelques heures plus tôt dans l’après-midi, le directeur musical désigné du Metropolitan Opera, qui dirigeait le soir même son premier opéra depuis sa nomination, avait écrit à la main un petit mot qu’il avait accroché dans le local des musiciens.

« Chers musiciens, chers collègues, je vous souhaite à tous une très belle série de représentations du Vaisseau fantôme. C’est un vrai privilège de faire de la musique avec vous et de pouvoir partager votre formidable sonorité, votre passion, engagement et esprit. Merci pour tout ce que vous apportez à notre belle forme d’art. Je suis impatient de refaire de la musique avec vous. Votre directeur musical désigné, Yannick N. S. »

Ce mot, nous l’avons vu en ayant le privilège d’être les premiers reçus par le chef à sa sortie de scène. Car Yannick Nézet-Séguin a eu l’élégance de réserver ses premières impressions aux lecteurs du Devoir : « Je ne peux pas dire que ces 2 heures 30 furent courtes, car j’ai vécu intensément chaque note. Je ne pouvais arrêter d’être conscient de chaque moment, d’autant que chaque fois que je voyais un chanteur aujourd’hui, il me disait : “Je sais très bien ce que cette soirée représente pour vous.” Alors, oui, j’étais conscient de ce début du reste de ma vie. »

Photo: Christophe Huss Le Devoir Yannick Nézet-Séguin au MET, le 25 avril 2017

Avant ce moment important, Yannick Nézet-Séguin, s’est surtout reposé : « Je suis resté à mon hôtel. J’ai dormi. J’ai fait une séance d’étirement avec mon entraîneur à distance ; du yoga. Puis, j’ai révisé la partition au complet. J’ai envoyé des petits messages aux chanteurs, aux choristes, et j’ai écrit mon mot aux musiciens. » Le trac ? « Non, pas le trac, mais une envie. De toute ma vie, je n’ai jamais eu autant envie d’aller dans la fosse ! »

De l’électricité dans l’air

« Si les Américains n’ont pas compris ce soir que les Québécois ont de l’électricité à revendre, c’est à désespérer. » Notre mot d’esprit amuse beaucoup le chef (« Vous allez l’écrire, celle-là ! »), mais c’est vraiment l’idée de tension électrique permanente qui caractérise le mieux sa prestation. Yannick Nézet-Séguin n’a rien lâché de toute la soirée. Arêtes, accents, articulation nette, déchaînement des éléments : tout y était dans une soirée d’une intensité hors-norme, servie par un excellent plateau de chanteurs, dont une impressionnante et puissante Senta (Amber Wagner) et de très solides chanteurs germaniques (Michael Volle, qui sera à Montréal début mai, et Franz-Josef Selig).

Il suffisait d’entendre ce que les choeurs et les musiciens donnaient au chef pour savoir à quel point le chef québécois a déjà la cote dans la maison. Le reste est largement à conquérir. Oui, il y eut des bravos. Oui, les gens se sont rendu compte qu’il s’était passé quelque chose. Mais ils assistaient pour une large majorité à une première d’opéra, sans plus.

Le baptême du feu du remplaçant de James Levine depuis sa nomination intéresse pour le moment davantage le métier, les observateurs et le coeur de cible des mélomanes. Le tout-venant, que l’on croisait dans les rangées, se demandait plutôt comment on prononçait le prénom du « new guy ». On l’a dit en commentant Eugène Onéguine samedi : c’est une révolution qu’il va falloir opérer pour passer, comme le dit un peu cruellement un observateur du milieu musical new-yorkais, du « sanatorium qui fait une sortie » (de préférence quand une chanteuse connue est à l’affiche) à un public engagé et dévoué à une forme d’art.

Pour cela, à compter de 2020, Yannick Nézet-Séguin devra littéralement incarner le Met, et bouleverser énormément de choses. Le chemin est long, la mission passionnante.

Le vaisseau fantôme

Opéra de Wagner en trois actes. Direction musicale : Yannick Nézet-Séguin. Mise en scène : August Everding. Décors : Hans Schavernoch. Avec Michael Volle (le Hollandais), Franz-Joseph Selig (Daland), Amber Wagner (Senta), Ben Bliss (Steuermann), Dolora Zajick (Mary), AJ Glueckert (Erik). Choeurs et Orchestre du Metropolitan Opera. Mardi 25 avril 2017. Première représentation de Yannick Nézet-Séguin en tant que directeur musical désigné du Met. Diffusion à Radio-Canada samedi 29 et dimanche 30 avril.

6 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Inscrit 26 avril 2017 07 h 40

    Notre Céline de la baguette?

    Why not! Go for it!

    • Louise Collette - Abonnée 26 avril 2017 08 h 38

      Elle est bonne, vous avez bien raison. :-)

  • Louise Collette - Abonnée 26 avril 2017 07 h 53

    Bravo

    Tellement tellement contente pour lui, bravo mille fois bravo.

  • Gilles Delisle - Abonné 26 avril 2017 09 h 30

    Un grand "chef" dans ce petit homme!

    Yannick Nézet-Séguin impressionne de plus en plus , les mélomanes du monde entier. On le voit sur les grandes scènes du monde dirigeant les plus grands orchestres. Une fierté nationale québécoise, dont nous devons tous être fiers!

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 avril 2017 10 h 07

    Bravo bis...

    Nous sommes très fiers de vous....Que le premier jour du reste de votre vie en soit un de ...perpétuel bonheur... musical !

    À dimanche donc sur les ondes de RC.

  • Winston McQuade - Abonné 26 avril 2017 14 h 11

    Du talent à revendre

    C'est tout le Québec, particulièrement les montréalais qui s'enorgueillissent de la dimension incommensurable du du talent du chef Yannick Nézet-Séguin. Il cummule les succès sur tous les continents et ce n'est qu'un début. Longue vie cher ami.