Un classique, un moderne et l’avenir à l’Upstairs

George Cables est un instrumentiste si habile, si polyvalent, si subtil qu’il s’avère pour tous les producteurs une police d’assurance.
Photo: Alain Nahigian George Cables est un instrumentiste si habile, si polyvalent, si subtil qu’il s’avère pour tous les producteurs une police d’assurance.

En bon alchimiste de la programmation du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) à l’Upstairs, Joel Giberovitch a rassemblé un moderne, un avenir, un classique, des musiciens de pays lointains et de jeunes pousses. Pour faire court, le maître des lieux ne nous propose rien de moins que la totale.

Dans l’ordre de leur apparition sur scène entre le 28 juin et le 8 juillet, voici donc les noms des invités : Halie Loren Trio, Franco Luciani, Daniel Freedman avec Gilad Hekselman, le Jacques Kuba Seguin Projekt avec Krizystof Kobylinski, Vijay Iyer seul au piano, soit l’avenir du jazz. Avec d’autres il va sans dire : Barbara Lica, Kellylee Evans, le George Cables Trio, soit le classique, le Wallace Roney, le moderne, le trompettiste considéré par Miles Davis comme le plus intéressant de sa génération, et Ranee Lee, la chanteuse, elle aussi classique. À tout seigneur, tout honneur, aujourd’hui on va se concentrer sur le classique George Cables.

Ce pianiste né à New York en novembre 1944 est au jazz d’aujourd’hui ce que Tommy Flanagan, Hank Jones, Jimmy Rowles et Roland Hanna furent au jazz d’hier, soit un instrumentiste si habile, si polyvalent, si subtil et si savant qu’il s’avère pour tous les producteurs une police d’assurance. Avoir Cables en studio, Cables sous la main, si l’on peut dire, signifie un enregistrement sans encombre. Car, comme pour ses aînés, sa connaissance encyclopédique du jazz permet d’éviter les écueils, les erreurs.

C’est probablement cela, ce côté caméléon de grande classe, qui a séduit les gros canons du genre. Cables a enregistré et accompagné Sonny Rollins, Dexter Gordon, Art Blakey, Art Pepper, Frank Morgan, Woody Shaw, Stan Getz, Joe Henderson, Max Roach, Archie Shepp… En d’autres mots, il aura été un acteur des grands moments portant l’empreinte de ces messieurs. On pense plus particulièrement à Dexter Gordon et à Art Pepper.

Simultanément aux aventures menées par ces derniers, notre homme s’est appliqué depuis le milieu des années 1970 à enregistrer des albums en trio. Sur le mode du Petit Poucet, il a confectionné pièce par pièce et patiemment un édifice musical qui résume l’histoire du jazz de Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Thelonious Monk à Joe Henderson, Archie Shepp et consorts. D’abord sur étiquette Steeple Chase, la très mal distribuée, puis surtout sur High Note.

Les productions réalisées pour cette dernière étiquette confirment, d’ailleurs avec éclat, que Cables est bel et bien l’héritier direct de Flanagan et Jones. Qui plus est, à sa connaissance des classiques, ceux signés par Duke Ellington ou Monk, il a greffé sa fine connaissance des pièces écrites par ses contemporains. Cables ayant cette élégance qui distinguait ses illustres aînés, il s’est appliqué à mettre en relief les beautés contenues dans les pièces composées par John Hicks, Mulgrew Miller et d’autres.

Le 5 juillet, tout cela sera décliné en compagnie du contrebassiste Essiet Essiet et d’un poids lourd : Victor Lewis à la batterie.

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