Lourdeurs en fin d'étape

Le chanteur de la formation québécoise Renard Blanc
Photo: Jean-François LeBlanc Le chanteur de la formation québécoise Renard Blanc

La séance de réchauffement hard-prog des Deux Pouilles en cavale — des gars issus des Francouvertes de 2014 et passablement disparus depuis — donne bel et bien envie de cavaler. Il n’y a déjà pas tant de gens qui ont bravé la méchante pluie, c’est tester l’endurance que d’asséner ça, comme si, du coup, il tombait des clous et des marteaux pour les enfoncer dans les têtes.

C’est la dernière des trois demi-finales ce mercredi au Lion d’or, et la désagréable entrée en matière s’avère un signe avant-coureur du pire à venir. Le premier groupe en lice, Valery Vaughn, se présente comme un duo stoner-punk, ce qui n’est pas un défaut en soi, mais leur bruit conjugué — basse fuzz, batterie pour taper fort, mélodies molles — est si bêtement garroché qu’on se demande si c’était pour nous éviter ça qu’on avait programmé les Pouilles. En avertissement.

Les deux musiciens jouent en se regardant tout le temps, comme s’ils étaient dans leur sous-sol et que nous n’y étions pas. Ça, du punk ? Zéro attitude, zéro attaque. Ce n’est jamais que du vieux hard-rock mal fagoté, à usage interne et en circuit fermé. La question, finalement, a moins rapport avec Valery Vaughn qu’avec les Francouvertes : comment le duo a-t-il survécu à la première sélection des dossiers ? Étaient-ils tellement meilleurs lors de leur soirée préliminaire ? Qui diable a-t-on éliminé d’emblée pour justifier leur présence ce soir ? Difficile d’admettre que leur tank pataud a écrasé une Mélanie Venditti, un Joey Robin Haché… Non seulement on est sourds, mais abasourdis. Pour ne pas dire écrapoutis.

Planer pour planer

Groupe formé à Saint-Hyacinthe, Renard Blanc est carrément zen, en comparaison. Un peu psych, un peu prog, un peu lourdaud, un peu brouillon sans être du n’importe quoi, ça ne fait pas tant de bien, mais ça ne rend pas méchant non plus. Les mélodies ne savent pas trop où elles vont, mais il y a bel et bien un groove planant. C’est ça de pris : ça repose presque. On fera cependant le même constat que pour Valery Vaughn ET les Pouilles : tous ces jeunes musiciens jouent pour eux-mêmes, sans égard au public. Syndrome du local de répétition. Connaissent leurs gammes, à leur seul profit.

Eh ! Une scène n’est pas une bulle. Quand on participe à un concours, quand on se hisse en demi-finale, c’est pour convaincre des spectateurs et un jury, au-delà des amis et de la famille. Tout se passe comme si nous devions faire l’effort de nous rendre à eux, plutôt que le contraire. Un public, je vous le donne en mille, ça se gagne.

Rap de l’Ouest catégorie B

En cinéma, on appelle ça banane-banane. Dire dans la narration que « des danseurs s’agitent » alors qu’on voit des danseurs s’agiter. Sursignifier. Shawn Jobin a ainsi le rap au ras du sens, ne dépasse pas beaucoup le premier degré dans ses rimes. Ça nous change quand même en mieux : ce n’est pas beaucoup demander, considérant ce qui a précédé.

Le lit d’électro, avec pulsation de batterie, sied à sa sorte de hip-hop. Et le gars de la Saskatchewan s’occupe de nous, son rap nous est destiné. Bon point. La base même de la communication. « On a parcouru 3050 kilomètres pour être avec vous ce soir », précise le rappeur. C’est la première présentation intelligible de la soirée. Du métier, ce Jobin. « J’ai franchi les frontières de la franchise », répète-t-il inlassablement. On a compris la première fois. Un peu plus et il nous fait un dessin. Une banane représentant une banane.

Qu’est-il resté de cette éprouvante soirée dans le palmarès cumulatif des demi-finales ? On nous l’annonce tard, très tard, car il y a toute une série de prix à remettre avant (liste sur le site Francouvertes.com). Shawn Jobin ? Même pas. Les trois finalistes correspondent au palmarès des deux premières soirées : Les Louanges (Vincent Roberge) en première place, devant Lydia Képinski et Laurence-Anne. Ça en dit plus long que moi sur ce mercredi de trop. On se revoit au Club Soda le 8 mai, pour une finale pas ordinaire.