Soirée en tous genres

Les Vulvets
Photo: Jean-François Leblanc Les Vulvets

Ça tient un peu de la fécondation, chaque année depuis 1995. Ils étaient une multitude au départ, puis vingt-et-un, et ce lundi au Lion d'Or, ils n’étaient plus que neuf artistes à viser la petite porte d’entrée, la brèche en forme de goulot d’étranglement. Mercredi soir, tard, très tard, trois de ces neuf demi-finalistes seront devenus finalistes. Et le 8 mai au Club Soda, on saura : le vote conjugué du jury de l’industrie et du public, moitié-moitié, décidera qui fera éclore l’oeuf.

Remarquez : il se peut que la couvée soit ri riche que l’on retienne les cocos de ce lundi, ce mardi ou ce mercredi au Lion d'Or. Ce ne sont pas seulement les gagnants qui gagnent aux Francouvertes, on le sait depuis que Loco Locass a été préféré aux Cowboys Fringants.

C’est bien pour ça que nous sommes ici : on ne sait jamais qui, des neuf en lice, se débrouillera le mieux dans la dure vie d’artiste. Il y a des demi-finalistes prometteurs qui ne deviennent vraiment féconds, qui ne remplissent leur promesse qu’une fois le concours loin derrière. Un concours est d’abord une vitrine, et la participation aux demi-finales des Francouvertes se voit de loin. C’est donc surtout l’occasion de faire connaissance.

Sans filtre ni filet

MCC, jeune auteure-compositrice-interprète de Valleyfield, s’amène la première, sans filtre ni filet : seule avec sa guitare acoustique. Courageuse, se dit-on forcément. Mais le courage n’est pas tout. Son folk se veut un brin douloureux, cela s’entend dans le saut à l’octave-qui-fait-mal, mais on ne retient que ça : la mélodie varie trop peu, et le picking en boucle ne laisse pas de marques.

À l’électrique, avec le complice Jean-Philippe Levac à la batterie, elle gagne en intensité, la voix est forte et belle, mais on cherche encore plus des saillies dans ses airs, des anfractuosités dans son folk-rock, des lieux où s’accrocher. Pour monter avec elle.

Il y a dans sa manière quelque chose d’envoûtant, mais de lassant, également. Ou, pour dire ça autrement : c’est de la musique plus intéressante à jouer qu’à écouter. Surtout sur scène. Notons qu’elle n’est pas la seule à tourner ses textes inlassablement autour d’un riff : c’est un peu beaucoup la pathologie des mélodies d’aujourd’hui. On s’hypnotise soi-même. La dernière chanson que propose MCC, Emmène-moi sur le pont, est la seule qui soit vraiment mémorable, assez pour en décanter un titre. Tout de même.

S’attirer des bons mots

Les Louanges : drôle de nom pour le seul Vincent Roberge. Un jeune gars de Lévis, qui se présente avec ses copains, lesquels font corps avec lui. On a d’emblée l’impression d’avoir affaire à un groupe. Et qui plus est, un groupe aguerri, presque trop pro pour son bien. C’est tout aussi au point que c’est télégraphié. Le timbre du chanteur se veut séduisant, avec beaucoup de passages en falsetto, et les musiciens moulent à ses mensurations une musique plutôt lascive. Imaginez les enfants de Zébulon, voire les neveux des B.B., mais sans le sens de la pop gagnante, sans l’attaque ou le dynamisme.

Soyons indulgents : à 21 ans, on a les influences tatouées au front. Ainsi Roberge est-il assez bon guitariste quand il n’essaie pas trop de se la jouer David Gilmour. Sa voix haut perchée n’est pas désagréable non plus, juste et caressante. Mais disons-le comme on le disait au temps où les sciences modernes étaient exactes : bons points pour l’efficacité de l’ensemble et le potentiel accrocheur, moins bons points pour la formule trop éprouvée. Les Louanges, alias Vincent Roberge, n’a pas encore mué. Ça viendra.

La permission de s’amuser

Les Vulvets, quelque part entre les Velvelettes, le Velvet Underground et la part d’anatomie à laquelle vous pensez, annoncent parfaitement la couleur : oui, oh que oui, c’est du rock moitié sixties garage, moitié punk, par un quatuor de musiciennes à gogo. Pensez Runaways, pensez Intrigantes : c’est un peu tout croche dans les rendus, mais on est instantanément gagnés. Le Lion d'Or devient en quelques mesures un lieu cool pour dodeliner du chef et danser le jerk. Enfin, on s’amuse.

C’est ça les Vulvets, maladroitement ou pas : la permission de faire de la « musique d’agrément », pour reprendre l’expression de Richard « Tournesol » Baillargeon, agrégé de yéyé à l’université du bon temps qui roule. Et ce n’est pas rétro une nanoseconde : le rock de garage fait du bien, éternellement frais. Question d’attitude. Le plaisir de jouer cette musique sans concession est franchement irrésistible. Et n’a d’égal que le plaisir de s’y abandonner, d’où que l’on soit dans le Lion d'Or.

À elles ma préférence, vous pensez bien. Le palmarès de ce premier soir, au cumul des votes des spectateurs et du jury, place néanmoins les Vulvets derrière Les Louanges, et devant MCC. N’empêche que je me souviendrai d’elles. C’est précisément pour cette raison qu’il y a les Francouvertes. Pour la suite.