Couperin en temps d’austérité

Geneviève Soly
Photo: Robert Etcheverry Archives Le Devoir Geneviève Soly

Il y avait, en ce Vendredi saint, à Montréal, trois concerts : la Société philharmonique de Montréal et le choeur de l’UQAM, avec l’étonnante proposition d’un Te Deum (d’Éric Champagne) et du Finale de la 9e de Beethoven ; le Choeur de St. Andrew et St. Paul s’associant à Caprice pour la Messe en ut et le Requiem de Mozart, ainsi que le traditionnel rendez-vous des Idées heureuses. Au bénéfice de l’ancienneté, de la pertinence absolue du programme et de la constance de l’initiative, nous avons couvert ce dernier. Ce n’était peut-être pas la meilleure idée.

Passant de Graupner à Couperin, Geneviève Soly a d’abord pris la parole pour un commentaire qu’elle a annoncé « plus long qu’à l’habitude ». La tolérance ou l’intérêt pour la chose est affaire individuelle et subjective. Je voudrais simplement relever que le but d’un préambule est d’illuminer l’écoute, pas de plomber l’ambiance ou le moral des troupes, et que l’éveil de l’attention de l’auditeur à telle ou telle singularité de l’oeuvre n’est absolument pas affaire de quantité d’informations et concepts déversés.

Je ne doute pas que les quatre musiciennes ont réfléchi stylistiquement, musicologiquement aux Leçons de Ténèbres de Couperin (celles du mercredi sont, hélas, les seules qui nous restent). L’accord, avec un la à 392 Hz, donne la couleur juste et l’idée d’une « aération » par des pièces d’orgue entre les Leçons était excellente.

Cela dit, une réflexion musicologiquement juste n’est pas garante d’une traduction de la plénitude musicale. Les voix de Suzie LeBlanc et Angèle Trudeau, excellentes dans leur genre (peu coloré, peu vibrant) sont aussi assez sèches. Or il y a dans la ligne vocale de ces Leçons une sorte de sensualité mystique, exaltée par les vocalises sur des lettres hébraïques introduisant les versets. Ce liant, cette incarnation, si patente dans les versions Daneman-Petibon-Christie et surtout Gens-Piau-Rousset, sans parler des interprétations avec contreténors, manquait cruellement vendredi.

Concert de la Passion

François Couperin : Leçons de Ténèbres pour le Mercredi saint. + Pièces d’orgue de Guillaume-Gabriel Nivers et François Couperin. Les Idées heureuses : Suzie LeBlanc et Angèle Trudeau (soprano), Marie-Laurence Primeau (viole de gambe), Geneviève Soly (orgue et direction). Salle Bourgie, vendredi 14 avril.

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