Vimy, Richard Desjardins

Le bédéiste Jacques Tardi, depuis des décennies, dessine la « guerre des tranchées », la « der des ders » qui ne fut la fin de rien, sinon pour ces conscrits, chair à canon des « brutes galonnées », qui en revinrent mutilés, gazés, ou pas du tout. Le but de Tardi : que l’horreur mine les commémorations de victoires. Richard Desjardins a fait la même chose. En une seule chanson nouvelle et inattendue, sa première en six ans, il a sapé la gloriole autour des 100 ans de l’offensive canado-britannique de la crête de Vimy, vrai carnage qui n’écourta aucunement la Première Guerre mondiale. Sa manière est à la fois tendre et implacable : un piano seul avec un envol lyrique comme dans Tu m’aimes-tu, et un texte en forme de lettre d’un soldat à sa femme. « Si jamais je reviens / t’auras le réconfort / d’un p’tit assassin / ou d’un grand homme mort / Pour rien, pour rien, pour rien. » À l’heure où le gaz tue à nouveau dans un conflit absurde, il n’y a pas propos plus parlant. Ni chanson plus belle.


Richard Desjardins - Vimy

Vimy

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Richard Desjardins, Foukinic