La guitare confidente de Manuel Barrueco

Le guitariste Manuel Barrueco
Photo: Stephen Spartana Le guitariste Manuel Barrueco

Présenté conjointement par la Société de guitare de Montréal et la Fondation Arte Musica, ce récital de prestige, avec une vedette de la guitare, amenait un vent frais sur la scène musicale montréalaise : un concert classique avec un public renouvelé, très jeune.

Cet engouement d’un jeune public pour l’instrument montre qu’Alexander Shelley, le brillant chef de l’Orchestre du Centre national des Arts, est dans le vrai en confiant la création d’un nouveau Concerto pour guitare et orchestre au compositeur de musique de film Howard Shore (Le seigneur des anneaux). C’est ce type d’idée qui ramènera un public perdu à l’expérience symphonique et classique.

Pour en revenir à ce mercredi à Montréal, on ne peut que féliciter les organisateurs du concert d’avoir laissé s’exprimer le guitariste Manuel Barrueco au naturel, sans la moindre amplification. La salle Bourgie porte bien le son, tout en nous obligeant à prêter une oreille attentive, soit l’attitude à laquelle cherche à nous amener le guitariste cubain de 64 ans.

Barrueco n’est pas un musicien qui cherche à éblouir : c’est un confident, qu’il est fascinant de voir évoluer dans les danses de Granados. Ce qu’il nous a livré, notamment dans Villanesca, Arabesca et Andaluza, était d’une finesse et d’une subtilité que je n’ai pas entendues depuis les géniales traductions pianistiques de ces oeuvres par Eduardo del Pueyo dans les années cinquante (disques Philips légendaires et inégalés). Malgré la qualité de la seconde partie du concert de Manuel Barrueco, c’est ce triptyque, au coeur de la première moitié, que je retiendrai et chérirai.

Après la pause, Barrueco a d’abord rendu hommage à Fernando Sor avec notamment deux brefs cycles de variations, dont de presque intimes et civilisées variations sur La Folia, un thème qui suscite d’habitude plus d’exubérance. Sor convient donc bien à l’esthétique du guitariste, sommet de concentration. Même Manuel de Falla est joué avec finesse et contrôle (suprême Romance du pêcheur). Dans le jeu de Barrueco, il y a la fermeté et l’accelerando requis dans la Danse du meunier, mais aucune esbroufe ou exagération.

Nos témoins rapportent que Barrueco a joué en bis une sonate de Scarlatti et une valse d’Antonio Lauro, mais nous étions déjà en route pour la rédaction de ce compte rendu.

La guitare espagnole

Granados : Six danses extraites des Douze danses espagnoles : Minueto, Villanesca, Arabesca, Andaluza, Tonadilla, Zarabanda. Sor : Variations sur un thème de Mozart. Andante largo. Variations sur les Folies d’Espagne. De Falla : Cinq pièces du Tricorne et de L’amour sorcier. Manuel Barrueco (guitare). Salle Bourgie, mercredi 12 avril 2017.

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