Le présent et l’ancien transcendés

«Moi, ce qui m’intéresse toujours, c’est la création», relate le compositeur-saxophoniste Pierre Labbé.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Moi, ce qui m’intéresse toujours, c’est la création», relate le compositeur-saxophoniste Pierre Labbé.

C’est une fort belle rencontre : transgressive, jubilatoire, libre, littéraire et sonore : une apparente confrontation entre deux mondes, celui de la musique actuelle ou improvisée et celui de la parole, qu’elle soit traditionnelle ou complètement renouvelée à partir des sources. Avec le projet Parlures et parjures, le compositeur-saxophoniste Pierre Labbé rassemble ses vieux complices Pierre Tanguay et Bernard Falaise pour créer un projet à partir de l’univers de Michel Faubert, ses contes, ses chants et sa présence hors du temps. À savourer passionnément sur le nouveau disque ou à la Vitrola ce vendredi, en programme double avec noZen, dans le cadre du festival Malasartes.

« Ce n’est pas un show de Faubert accompagné parce que ça brasse trop musicalement et que ça ouvre les portes ailleurs, mais ce n’est pas un show juste de moi parce que c’est l’univers de Michel Faubert, explique Pierre Labbé. C’est un artiste incontournable pour son intégrité, sa recherche. C’est un bloc, il arrive avec ses bottes noires, mais il est ouvert au boutte. Il chante comme les gens du Moyen Âge, comme les troubadours, comme les vieux d’il y a plusieurs générations. »

Labbé avait collaboré une première fois avec le passeur de maudite mémoire au sein du groupe Papa Boa, puis l’avait invité à marier ses contes et complaintes avec le son des bateaux et trains lors de la Symphonie portuaire en 2010. Quatre ans plus tard, le compositeur-saxophoniste relance le chanteur-conteur : c’est le début de Parlures et parjures. Labbé construit des structures à partir des mots de Faubert.

« Je ne voulais pas que ça soit juste du conte, sinon, on aurait été trop accompagnants. Il y a quelques contes, puis des chansons, des complaintes », dit Labbé. Et un texte de Patrice Desbiens, de courtes histoires, un hommage aux violoneux et une recomposition d’un conte transmis par Florent Vollant. Partout, la musique est parlante, animée, très placée et pourtant réactive, humoristique même. Le disque commence sur des effets aérés de bombarde, puis de la podorythmie, mais attention à la suite… « Moi, ce qui m’intéresse toujours, c’est la création : comment prendre cette affaire-là et comment l’entendre autrement », relate le concepteur du projet.

« Il est malheureux de laisser se former une croix sur la table avec deux couteaux », relance le loup-garou de la chanson dans une atmosphère maléfique. La musique devient alors plus lourde et le bruitage électro de Labbé est à l’avenant. Plus loin, on devient free en évoquant l’urbanité avec des sons cruellement humains. Puis on danse joyeusement avec une guitare rock plus pesante et du jazz sautillant, avant que le diable d’homme récite Le miroir pendant que les musiciens deviennent plus coquins. Dans Chamane, Michel est introduit par de longues notes de saxo à la Gato Barbieri, puis il parle sur un bourdon assez lourd, avant que la guitare ne devienne plus distordue. En fin de parcours, le chanteur interprète Le roi Renaud aux mots tragiques, mais sur un fond atmosphérique.

Avec Parlures et parjures, les artistes peuvent donc rejoindre plusieurs publics : « Le public de littérature est un public attentif, qui bouffe les mots, mais qui ne veut pas trop de musique. Au FIMAV de Victoriaville, c’est le contraire : les gens veulent de la musique et que ça soit fort. Nous avons également fait un vrai festival trad à Shawinigan. Ils s’attendaient à ce qu’on gigue, mais ils ont pogné de quoi », raconte Pierre Labbé. Plusieurs portes pourraient donc s’ouvrir.


Le festival Malasartes

Événement d’innovations métissées et de diversité culturelle, le festival de Damian Nisenson rassemble des artistes de la maison de disques Malasartes ou de la même grande famille musicale. En plus de Parlures et parjures, on retrouve noZen, un groupe de musiques juives aux structures ouvertes, le polyvalent Tomás Jensen, la formation à saveur est-européenne Gadji-Gadjo, la tubiste DJU, avec son jazz contemporain groovy, le groupe de klezmer Valody et la très allumée Gypsy Kumbia Orchestra.

Pierre Labbé - Violon

Le festival Malasartes à la Vitrola

Vendredi 14 avril : Parlures et parjures et noZen ; samedi 15 avril : Tomás Jensen, Gadji-Gadjo et Dju ; jeudi 20 avril : Valody et Gypsy Kumbia Orchestra. www.malasartes.org