The Zombies fête les 50 ans de l'album «Odessey & Oracle»

The Zombies: Colin Blunstone, Rod Argent, Chris White et Hugh Grundy
Photo: Payley Photography The Zombies: Colin Blunstone, Rod Argent, Chris White et Hugh Grundy

Le mellotron était là, dans un coin du Studio 3 d’EMI, sur Abbey Road. Tel que réglé pour obtenir une imitation bizarre de flûte. Oui, ce son-là. Cet instrument-là. Le mellotron utilisé par les Beatles pas très longtemps avant, pour Strawberry Fields Forever. « Ils venaient de terminer Sgt. Pepper’s quand nous sommes arrivés en studio. Ils avaient laissé là le vieux piano bastringue, et le mellotron, tout particulièrement. On cherchait un son un peu surnaturel pour l’intro de Changes, et le mellotron était parfait. Geoff Emerick, l’ingénieur de son des Beatles, nous a donné un coup de main… »

Chris White, de sa chambre d’hôtel à Boston, est encore émerveillé par cette coïncidence. Signe du destin. C’était à la fin du printemps de 1967. L’année fantasmagorique. Les Beatles venaient de créer un chef-d’oeuvre, les Zombies allaient créer le leur. « Mais avec 1000 livres pour tout budget… » Même pas 15 000 de nos dollars canadiens d’aujourd’hui. « On a répété beaucoup, beaucoup, on a planifié rigoureusement l’utilisation de l’enregistreuse à quatre pistes. Nous étions très, très prêts. Dans la première session, nous avons mis en boîte la musique de trois chansons… en trois heures. Et les arrangements étaient ambitieux : nous voulions faire le meilleur album qui soit ! Le mellotron, c’était un cadeau inattendu de la vie, un boni gratuit. La baguette magique des Beatles. »

White rigole. Il était comme tout le monde en 1967 : plus qu’admiratif, un peu médusé par la capacité d’invention des Beatles. Lesquels aimaient bien les Zombies, aussi, depuis 1964: à la populaire émission Juke Box Jury, George Harrison et Ringo Starr avaient prédit que She’s Not There, le premier 45-tours du groupe de St-Albans (hameau situé à 40 minutes au nord de Londres), serait un succès. La chanson grimpa au sommet des palmarès, au Royaume-Uni comme en Amérique.

L’odyssée d’Odessey

Ça ne se passa pas de la même façon, trois ans plus tard, pour Odessey & Oracle (notez la faute d’orthographe, Odessey plutôt qu’Odyssey, erreur du graphiste). « Nous étions très fiers du résultat, mais personne ne voulait de notre disque en Angleterre ! Rod [Argent, le génial claviériste] et moi, parce que nous écrivions et composions les chansons depuis l’époque de She’s Not There, avions assez d’argent pour survivre, mais pas les autres gars. Alors, le groupe a été dissous. » Le fabuleux chanteur Colin Blunstone travailla pour une compagnie d’assurances, le batteur Hugh Grundy vendit des automobiles. « Et huit mois plus tard, nous apprenions que l’album avait été lancé en Amérique et que Time of the Season était numéro un ! » Le claviériste Al Kooper s’était fait le champion d’Odessey & Oracle : l’obscure compagnie Date accepta de sortir le disque. « Il y a eu une sorte de reformation, pour capitaliser sur le succès de Time of the Season, mais pour nous, c’était du passé… » White réalisa des disques pour Colin Blunstone, composa le succès Hold Your Head Up avec Rod Argent pour son groupe Argent. « J’étais bien derrière, plutôt qu’à l’avant-plan. Créer, arranger, c’était ce que j’aimais vraiment. »

Et le temps passa et l’aventure d’Odessey & Oracle se poursuivit. « De plus en plus chaque année, des musiciens connus se réclamaient de l’album en tant qu’influence majeure… » Et Chris White d’évoquer un moment clé de reconnaissance. « Quand je travaillais avec Argent en Amérique, je me souviens d’avoir été au lancement de l’album d’Eric Burdon avec le groupe War, Eric était accoudé au bar avec Jimi Hendrix. Quand il m’a vu, Eric s’est mis à chanter Time of the Season. C’était assez sympathique. » Une reconnaissance contagieuse, qui vira au statut culte. « Bien plus tard, au moment où nous nous sommes réunis en 2007 et que nous avons joué Odessey & Oracle sur scène pour la première fois, j’ai rencontré Paul Weller [l’ancien du groupe The Jam]. Je voulais me présenter à lui, mais c’est lui qui m’a étreint “C’est à cause de vous que j’ai commencé à composer des chansons !” Il n’était pas trop tard, finalement… »

Série de spectacles pour les 40 ans de l’album, tournée pour le cinquantenaire : Chris White a limité aux anniversaires sa participation aux activités du groupe. « Rod et Colin ont recommencé à jouer ensemble il y a un bon nombre d’années, d’abord sous leur propre nom, mais tout le monde les appelait The Zombies, alors ils sont redevenus Zombies à temps plein. Moi, autant je suis content de les retrouver, ce sont mes amis depuis l’école, autant je serais inconfortable à l’idée d’être en tournée tout le temps. Je suis finalement assez discret, pour une rockstar ! » Il pouffe d’un grand rire.

Méconnu exprès, reconnu quand même

Discret. Quand on a un chanteur fabuleux, un claviériste génial, se démarquer n’est pas évident. Il faut d’abord le vouloir. « Ce n’était pas mon cas. Ce qui m’a toujours intéressé, ce sont les chansons. » Il en a signé tellement, des chansons qui auraient mérité un autre sort que des côtés B de 45-tours : Leave Me Be, What More Can I Do, I Must Move (une merveille de 1965), tant d’autres. Et sept titres sur les douze d’Odessey & Oracle. Son Beechwood Park devrait être aussi vénéré que le Waterloo Sunset des Kinks, son Butcher’s Tale (Western Front 1914) est un hymne contre la guerre que le monde entier devrait entonner : c’est d’ailleurs lui qui la chante sur Odessey, et non Blunstone. Tel George Harrison, Chris White était le plus souvent la troisième voix dans les harmonies, celle que l’on entend le moins, mais qui fait la différence. Justification de l’intéressé : « J’avais la voix un plus fragile, et personne n’a la voix d’ange de Colin ! »

White n’était pas au spectacle des Zombies, au Métropolis en 2013, dans le cadre de Montréal en lumière. Mais il était au Forum de Montréal, le 2 juin 1965, au dernier soir de la tournée du Dick Clark’s Caravan of Stars. « Je me souviens surtout que nous chantions tous, dans l’autobus de tournée : nous nous sentions acceptés par ces artistes afro-américains que nous admirions tant. C’était très important pour nous, cette reconnaissance. » Encore ce mot. Les Zombies, faut-il préciser, n’ont pas encore été intronisés au Rock’n’Roll Hall Of Fame, malgré le lobby de leurs fans, plus véhéments à chaque refus du comité. « Ce serait bien, mais ce qui est mieux, c’est de célébrer avec les gens qui aiment nos chansons. »

Je me pince à l’idée de les voir au National. Et d’entendre une performance de cet album, qui est dans mon top 5 de tous les temps. Quelque part entre Sgt. Pepper’s, The Dark Side of the Moon et Pet Sounds. « J’ai 74 ans, précise Chris White. Cette célébration anniversaire, nous l’appelons “finale” parce que nous sommes encore tous là, sauf notre guitariste Paul Atkinson [décédé en 2004]. Où serons-nous dans 10 ans ? C’était le moment. Et nous goûtons chaque instant. Jouer Odessey & Oracle, intégralement, dans la séquence du disque, c’est vraiment une grande fierté. La musique a gagné, c’est l’essentiel. »

Odessey Oracle 50th Anniversary Finale Tour

The Zombies au National, samedi 1er avril, à 20h

1 commentaire
  • Réjean Martin - Abonné 30 mars 2017 16 h 05

    quel beau papier!

    que de souvenirs, Monsieur Cormier!!!