Inspiration ancienne, vision moderne

Andrew Wells-Oberegger, Pierre-Alexandre Saint-Yves, Isaiah Ceccarelli et Matthieu Deschenaux présentent Champs des pays d’Oc.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Andrew Wells-Oberegger, Pierre-Alexandre Saint-Yves, Isaiah Ceccarelli et Matthieu Deschenaux présentent Champs des pays d’Oc.

En 2000, le compositeur et multi-instrumentiste Pierre-Alexandre Saint-Yves a fondé Cercamon, un groupe de musique traditionnelle occitane qui a roulé sa bosse jusqu’à il y a cinq ans, mais l’intérêt de l’artiste pour la langue d’oc ne s’est pas éteint pour autant. Il revient donc avec Chants des pays d’oc présenté sous le chapeau de La Nef ce jeudi à la Maison de la culture Maisonneuve : une nouvelle formule avec trois des musiciens qui composaient Cercamon.

« Le projet n’est pas une rétrospective, mais plutôt une espèce de relent de Cercamon, soutient Pierre-Alexandre Saint-Yves, en entrevue au Devoir. Je suis allé chercher dans le répertoire traditionnel. Mon intérêt pour la musique occitane vient de mon intérêt pour la musique médiévale. Je me suis d’abord intéressé aux troubadours, puis j’ai extrapolé. La langue d’oc est si belle ! »

Cette langue, Pierre-Alexandre a commencé à l’apprendre vers la fin du projet de Cercamon. Il la raconte : « C’est une langue qui varie beaucoup, et d’une région à l’autre la prononciation change complètement. Les “a” sont prononcés “o”, les “o” sont prononcés “ou”. Moi, je me concentre sur le languedocien, mais il y a plein de régionalismes comme le provençal ou le limousin. On fait une pièce en provençal que je prononce en provençal, mais ça, personne ne va s’en rendre compte. » Il pouffe de rire.

Revenir dans le temps

Son parcours l’avait auparavant mené dans la région du Languedoc, où il avait rencontré Gérard Zuchetto, un expert de la musique des troubadours. Le maître lui a servi de mentor pour l’exploration de la culture occitane et lui a permis d’enregistrer avec le Trobador Art Ensemble avant la formation de Cercamon, le groupe qu’il a monté avec ses collègues Andrew Wells-Oberegger et Matthieu Deschenaux. Les trois sont également membres du groupe De Longa, qui mise sur de grandes nappes sonores, beaucoup de respirations, de plus longues pièces comprenant de l’improvisation au-delà des frontières avec des instruments anciens passés dans des effets sonores.

Pour Chants des pays d’oc, plusieurs de ces instruments reviennent. En plus de la contrebasse de Matthieu Deschenaux et de la batterie du jazzman Isaiah Ceccarelli, on retrouve Andrew Wells-Oberegger au bouzouki, à l’oud et à la cornemuse suédoise, alors que Pierre-Alexandre joue les flûtes et la petite cornemuse écossaise, en plus du chalumeau, un instrument à vent au son très doux, et du rauschpfeife, un instrument bruyant dont le son rappelle le hautbois.

Le concepteur parle de la musique du concert : « On se sert des instruments anciens qui ont des sonorités qui nous ramènent dans le temps et dans des lieux différents. On sort la musique de son contexte traditionnel des bals. On retient les thèmes musicaux et on les adapte à notre sauce. Ça se rapproche d’un jazz du monde avec de l’improvisation. Les sonorités demeurent un peu méditerranéennes, mais on ajoute nos rythmes et nos compositions. On aime le mordant, les sons nasillards. On aime aller dans les contrastes. Au Moyen Âge, il y avait les hauts instruments et les bas instruments : ceux qui jouent fort d’un bord et ceux qui ne jouent pas fort de l’autre. On peut maintenant équilibrer ça et faire des pièces très marquées en contrastes avec a formule amplifiée. »

Tous chantent, certains passages a capella sont prévus, et plus de la moitié des pièces sont chantées. Aux dires de Pierre-Alexandre, certaines sonnent comme une berceuse ou une ballade jazz. Quant aux compositions, la moitié d’entre elles sont écrites par Pierre-Alexandre, un mélodiste de formation, mais Andrew Wells-Oberegger apporte toujours sa touche pour la couleur des accords. Un beau tableau se dessine.

À la Maison de la culture Maisonneuve, ce jeudi à 20 h.