Jacobus sur la Crazy Glue

Jacques Doucet en rêvait depuis 15 ans, de son album solo.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Jacques Doucet en rêvait depuis 15 ans, de son album solo.

Jacques Doucet en rêvait déjà depuis 15 ans, depuis l’époque de ses débuts au sein du duo Jacobus et Maleco : un album solo. Ses mots, sa dégaine, sa vision, son « autre vibe », pour citer le texte de la chanson À la longue, qui ouvre le disque. Ce membre original du groupe acadien Radio Radio lance ce vendredi Le retour de Jacobus, énergique alliage de pop, de musique électronique et de rap adroitement réalisé par son vieux complice Arthur Comeau.


Ça nous frappe en plein milieu de la conversation : Jacobus a bien choisi son métier. Quel moulin à paroles, cet Acadien ! Même lorsqu’il ne tient pas un micro dans sa main, le MC parle vite, passe d’une idée à l’autre sans crier gare, commence une réponse pour trouver celle de la question que nous allions lui poser ensuite, avec humour et candeur, surtout lorsqu’il parle du métier, de ses aspirations, et de ses goûts musicaux.

« L’album Christmas de Michael Bublé ! » explose-t-il au café qui nous accueillait pour l’entrevue. Pardon ? « Ce disque a gagné le Juno du meilleur album canadien, c’est un de mes disques préférés. » Sans blague. « Ça fait cinq ans que je connais mon batteur, Steve Perron, ça fait cinq ans qu’il pense que je le niaise avec ça, mais c’est vrai, je suis un grand fan de Michael Bublé. Je ne sais pas, j’imagine que c’est quelque chose comme un guilty pleasure, mais j’aime ça… »

Qu’est-ce qu’il aime encore, Jacques ? Le jiu-jitsu. En chemin pour le café, il s’est arrêté devant un studio d’art martial en se disant qu’il devrait reprendre des cours — il est déjà ceinture noire, c’est bien en judo ? —, « parce qu’il faut bien se garder en forme ». Il aime la magie aussi. « [Mon équipe] me demandait avec quel musicien j’aurais aimé collaboré, j’ai tout de suite dit : Luc Langevin. Non, non, un musicien, qu’on m’a répondu. J’ai dit : “Non, je m’en crisse.” Je respecte énormément ce que ces gens-là font, Langevin et les autres comme lui. »

Luc Langevin et lui se sont rencontrés « dans un gala quelconque », les deux se révélant être fan du travail de l’autre. « Je l’ai invité chez moi, il m’a montré des trucs, puis un jour je l’ai appelé : “Hey dude, je fais un album solo et il y a une chanson dessus qui s’appelle Magie contemporaine, voudrais-tu faire l’intro ?” » Bien sûr qu’il a accepté. Ça donne Magie contemporaine, featuring Luc Langevin.

Retour aux sources

 

Il y a une autre collaboration sur Le retour de Jacobus, la chanson B&B avec les amis acadiens Joseph Edgar et le réalisateur (qui rappe ici) Arthur Comeau. La présence de cet ancien Radio Radio est une manière de « boucler la boucle », estime Doucet : « Après dix ans à travailler aux côtés de Gab [Malenfant, l’autre moitié de Radio Radio], je sentais qu’il était temps de faire mes propres choses. »

Il avait gardé contact avec Comeau, qui de son côté a monté son studio, son étiquette (Tideschool) et s’est montré enthousiaste à l’idée de réaliser le disque de Jacobus. Celui-ci, disponible en format numérique — un nouveau lancement pour l’édition CD et vinyle sera annoncé sous peu —, est divertissant à souhait, farci de tournures de phrasecolorées, de références musicales pop et électroniques, de grooves racoleurs et d’anecdotes personnelles.

«La Radio est cassée»

Mine de rien, il s’agit du troisième disque que Jacques lance depuis un an : Light the Sky, l’album anglophone de Radio Radio paru en février 2016, l’album en duo avec Maleco (Prequel, paru l’automne dernier), puis celui-ci, tout en français. Je suis spécialiste en musique francophone acadienne, c’est ce que je fais. « Faire le switch de rapper en anglais comme on l’a fait sur Light the Sky, j’en suis capable, mais ce n’est pas ça, mon métier. Depuis l’âge de 16 ans que je rappe en français. Le challenge était intéressant, mais après l’album de Radio Radio, je sentais que je devais revenir au français. Et puis, ni les ventes ni l’exposure [pour Light the Sky] n’ont été à la hauteur — pour la majorité de notre public québécois, c’est comme si cet album n’existait pas. »

Quid de Radio Radio, alors ? Citons encore le texte de la chanson À la longue : « Sors ta Crazy Glue à cause la Radio est cassée ». Explications : « D’abord, le beat existait depuis quatre ans, dit Doucet. Personne ne voulait y toucher parce qu’elle ne fittait pas sur un disque de Radio Radio. Sors ta Crazy Glue à cause la Radio est cassée, elle l’est, même si elle existe encore — Gab et moi avons des concerts cet été, ça continue… Mais voilà, depuis le départ de Timo, puis d’Arthur, la Radio est cassée, en quelque sorte. On aurait pu changer le nom, on ne l’a pas fait. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas la “fixer”, peut-être même revenir à quatre membres », peut-être même pour souligner le 10e anniversaire de l’album Cliché Hot, en 2018. À suivre.

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