Arcade Fire au Kanaval KANPÉ: le retour des enfants prodiges

Les calorifères du vieux Métropolis chauffaient à plein régime depuis le début de la soirée, sans doute pour nous faire oublier la tempête qui venait de s’abattre sur nous.
Photo: Stéphanie Lachance Les calorifères du vieux Métropolis chauffaient à plein régime depuis le début de la soirée, sans doute pour nous faire oublier la tempête qui venait de s’abattre sur nous.

Nous avons dû en enjamber des bancs de neige pour nous rendre au Métropolis hier soir, mais ce fut pour une bonne cause, celle de la fondation KANPÉ (« Debout », en créole) venant en aide aux plus démunis d’Haïti, et pour passer une furieuse soirée avec, entre autres, Fwonte, Pierre Kwenders, Coeur de Pirate et Arcade Fire. Les héros de la scène indie rock montréalaise ont ainsi donné leur premier concert à Montréal depuis le triomphe au parc Jean-Drapeau du 30 août 2014, en clôture de la tournée pour l’album Reflektor, et démontré que, malgré les mois de repos, leur machine est toujours aussi bien huilée.

Ne faisons pas durer le suspense inutilement : les centaines de carnavaliers qui ont assisté au retour en forme d’Arcade Fire n’ont pas été choyés par une chanson inédite de son cinquième album attendu cette année – peut-être même dès ce printemps, en tous cas avant le début de sa tournée des festivals européens qui débutera le 3 juin prochain au Primavera Sound de Barcelone. Pas de nouveau à nous mettre sous le tympan, même pas cette récente collaboration avec la légende soul-gospel Mavis Staples intitulée I Give You Power, parue à temps pour l’inauguration du 45e président des États-Unis d’Amérique.

C’est d'ailleurs par un gros « Fuck you Donald Trump, forever ! » vociféré par Win Butler que le tour de chant d’Arcade Fire a débuté, alors que résonnaient les premiers accords joués à la guitare acoustique de Windowsill. Nous n’avons pas eu droit à une nouveauté, mais au moins à cette rareté aux couleurs presque country tirée de l’album Neon Bible (2007) que le groupe n’aurait pas interprétée en concert depuis neuf ans.

Puis, Arcade Fire a distribué ses bonbons. Régine Chassagne, cofondatrice de la fondation qui organisait ce Kanaval, a quitté son poste à la batterie pour prendre le devant de la scène et entonner un succès de circonstance, Haïti, de l’album Funeral (2004, déjà !) qui a fait connaître le groupe à l’international. Les percussionnistes ont rejoint l’orchestre, les rythmes vaudou festifs de la troupe locale Rara Soley qui avait défilé au parterre plus tôt dans la soirée remontaient à la surface, faisant le lit pour la groovy Sprawl II (Mountains Beyond Mountains).

Photo: Stéphanie Lachance

Les calorifères du vieux Métropolis chauffaient à plein régime depuis le début de la soirée, sans doute pour nous faire oublier la tempête qui venait de s’abattre sur nous, mais Arcade Fire a trouvé comment hausser encore la température ambiante en enfilant ensuite Afterlife de l’album Reflektor (2013), Neighborhood #3 (Power Out) et Rebellion (Lies), toutes deux tirées de Funeral. Formidables retrouvailles : le groupe jouait avec l’urgence qu’on lui connaît, avec ce mélange de précision rythmique et de cacophonie orchestrale qui a fait sa marque, c’était comme si nous ne nous étions jamais quittés.

L’introduction rara carnavalesque de Here Comes the Night Time (un des bijoux de Reflektor) a ensuite servi de canevas à Fwonte et au chanteur haïtien Paul Beaubrun, qui nous ont offert une relecture d’un succès du légendaire groupe de mizik rasin haïtienne Boukman Eksperyans. Le concert d’Arcade Fire, qui a duré une cinquantaine de minutes, s’est ensuite conclu avec Wake Up.

À sa cinquième édition, le Kanaval KANPÉ avait ainsi plus l’air d’un spectacle traditionnel que du carnaval joyeusement bordélique auquel l’organisation (impeccable, encore) nous avait habitués. Mettons cela d’abord sur le dos des lieux : au Centre PHI ou à la SAT, il y avait une scène quelque part pour les musiciens, mais le vrai spectacle était dans la salle, avec les danseurs déguisés, les carnavaliers maquillés, son Roi et sa Reine – on a couronné hier Patrice Bernier, capitaine de l’Impact FC, et l’Olympienne Naomy Grand’Pierre — alors que le Métropolis nous force à fixer la scène.

L’orchestre Tito Maréchal blues créole et ses huit musiciens avaient, comme Fwonté avant eux, joliment donné le ton enjoué à la soirée ; entre les concerts, la DJ Gayance disséminait les rythmes brésiliens pour garder l’esprit carnavalesque de la soirée. Pierre Kwenders s’est montré impérial avec ses trois accompagnateurs, beaucoup plus à l’aise sur scène aujourd’hui qu’à ses débuts. À son tour, Coeur de Pirate est apparue seule au piano et si sa brève performance (une vingtaine de minutes) était en soi appréciable, faite de ses succès et d’une reprise du rappeur Drake, elle n’a inévitablement pas su maintenir le même niveau d’énergie que les précédents musiciens avaient imposé.

Tous les profits récoltés lors de ce Kanaval servent à financer la mission de la Fondation KANPÉ, détaillée sur le site kanpe.org.