Sonya Yoncheva, parfaite et déchirante Traviata

Yoncheva ne chante pas, ne joue pas: elle est!
Photo: Metropolitan Opera Yoncheva ne chante pas, ne joue pas: elle est!

Le terme de perfection s’emploie très rarement en musique, mais je n’ai pas d’autre adjectif à proposer pour qualifier la prestation, samedi, en direct du Metropolitan Opera sur les écrans de 70 pays, de la soprano bulgare Sonya Yoncheva, 35 ans.

J’avais anticipé l’événement en juin dernier dans ces colonnes après avoir vu Yoncheva chanter ce rôle à l’Opéra Bastille, à Paris. « C’est là l’une des grandes Traviata des 50 dernières années et nous pourrons la voir au cinéma dans la production du Metropolitan Opera le 11 mars 2017 », avait écrit Le Devoir. Le miracle était annoncé. Il a eu lieu.

Yoncheva n’est pas une soprano lambda. Elle possède non seulement une beauté naturelle, une voix somptueuse, mais aussi et surtout pas mal de choses très rares, et notamment un dosage très fin de la matière de l’émission vocale en fonction des états d’âme et de l’état physique du personnage.

En d’autres termes, Yoncheva ne chante pas, ne joue pas : elle est ! Et la nature de la voix, le dosage du souffle suivent cette incarnation. Ce faisant, et surtout au cinéma, l’exercice d’exprimer ses émotions en chantant ne paraît jamais artificiel. Il y a là une intelligence vocale et dramatique rare et précieuse. Et comme cette intelligence s’insère dans l’une des plus formidables mises en scène d’opéra des 15 dernières années, ce spectacle de Willy Decker, une course contre la montre avec la mort qui rôde dans l’arène des plaisirs et des passions, vous imaginez le niveau !

Michael Fabiano est un ténor parfaitement assorti à Yoncheva. Avec lui, aussi, on y croit : il paraît un peu falot au premier acte, mais déploie sa voix par la suite. Dommage que Thomas Hampson, ou ce qu’il en reste (voix grise, ligne hachée, attaques impures), hante encore ce spectacle. Sa prestation minorera la portée du DVD, si cette représentation y est destinée.

Excellente direction de Luisotti et mise en image calme de Matthew Diamond, auquel on pardonnera trois ou quatre plans manqués.

La Traviata

Opéra de Verdi. Avec Sonia Yoncheva (Violetta), Michael Fabiano (Alfredo), Thomas Hampson (Germont père). Direction : Nicola Luisotti. Mise en scène : Willy Decker. Réalisateur : Matthew Diamond. Samedi 11 mars 2017. Reprises (Cineplex) : 15, 17 ou 19 avril selon les cinémas.

2 commentaires
  • Loraine King - Abonnée 13 mars 2017 08 h 51

    L'atout du visuel?

    Nous n'avons pas entendu le même premier acte, ou le visuel ajoutait beaucoup à l'ensemble. Entendu à la radio, le premier acte était un malheureux gâchis. Pour le reste, on ne peut demnder mieux (sauf pour Hampson). Yoncheva a une voix qui rappelle celle de Callas, mais elle a un long parcours à suivre avant de maîtriser ce premier acte, problèmes de souffle distrayants, et dans le haut du régistre, la voix devient mince et tremblante - un Sempre libera méconnaissable dont j'avais hâte qu'elle en finisse. L'artiste m'a émue du deuxième acte jusqu'à la fin.

  • Christophe Huss - Abonné 13 mars 2017 12 h 14

    Atout, vraiment

    Merci de vos commentaires

    Je me permets simplement de vous faire remarquer que l'interprétation de Sonya Yoncheva du 1er acte - et l'écran le montrait bien - est, justement, radicalement opposée à celle de Madame Callas.

    Elle n'est pas une flamboyante courtisane, mais une personne dont les jours sont déjà comptés (l'horloge), déjà fragilisée et, surtout, empreinte d'un doute foncier qui la mine ("ce qui m'arrive là, à ce moment, est trop beau pour être vrai et pourrais-je assumer un tel chamboulement). Tout cela on ne le voit pas à la radio...
    C'est évidemment pour cela qu'il n'y a pas de contre-mi bémol final. Personne dans cet état psychique ne balance des contre-mi bémol dans la vie courante...

    Par ailleurs j'entends tellement de "jeunes" musiciens qui passent leur temps à écouter les anciens et à imiter des fantômes que ce que vous repprochez à Madame Yoncheva est exactement ce qui m'intéresse.
    CH