Chostakovitch par Nézet-Séguin: le tsunami!

Le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin
Photo: François Goupil Le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin

Le concert de dimanche à la Maison symphonique de Montréal avait attiré tellement de monde que les places debout aux gradins du balcon n’avaient jamais été si remplies.

La télévision de Radio-Canada était là pour filmer la chose, qui sera diffusée en deux parties le dimanche 26 mars (la symphonie) et le vendredi 7 avril (le concerto). Le concert est accessible dès aujourd’hui sur le site Internet de la radio. On notera au passage que les équipes de filmage étaient beaucoup plus respectueuses du public au Métropolitain, hier, qu’à l’OSM. En effet, la caméra girafe était positionnée au fond de la salle au niveau de l’orgue et ne gênait personne. Seul le système de refroidissement des projecteurs à DEL fait un bruit notable.

Yannick Nézet-Séguin nous avait amené un jeune pianiste allemand de 29 ans, Joseph Moog, dont j’avais beaucoup apprécié, il y a quelques années, le disque du 3e Concerto de Rachmaninov. Il jouait dimanche le Second avec classe, précision, et une puissance notable d’emblée par la magnifique clarté des premières phrases.

Tout, dans Rachmaninov, dépend de la respiration (en musique, on appelle cela l’agogique) qui repose sur le rubato. Rubato, cela veut dire voler du temps pour s’attarder un peu. Mais ce temps volé, il faut le rendre ! Lorsqu’on en fait trop, on défigure Rachmaninov. Mais Joseph Moog dose cela très bien, mêlant sensibilité et raison. Yannick Nézet-Séguin a très bien fait sonner les cordes avec un vibrato généreux. Il y a eu juste un accord étrange au premier tiers du 3e mouvement, que je tenterai de décrypter à la télévision. Moog a joué l’Étude-tableau op. 33 N° 8 en bis.

La révélation principale était pour la seconde partie avec la rare et essentielle 4e Symphonie de Chostakovitch, longtemps cachée par le compositeur, tellement il y avait exposé ses tripes. Comme Haitink et Previn, Yannick Nézet-Séguin et des musiciens engagés à fond en ont extrait la puissance, par un savant étagement du forte au quintuple forte (c’est ainsi dans la partition !). Mais le moment le plus bouleversant a été la fin, en lente extinction. On rappellera que Yannick Nézet-Séguin a vraiment compris l’acoustique de cette salle (alignement des contrebasses au fond), car jamais la pulsation cardiaque donnée par l’ensemble contrebasses — harpe 2 — timbales n’aurait sonné comme cela avec l’autre orchestre de la métropole.

Pour ceux que cette symphonie a fascinés, la vision alternative, qui joue davantage sur des timbres vitriolés et grimaçants, est défendue en CD par Rojdestvenski et Kondrachine.

Yannick Nézet-Séguin : La force du destin

Rachmaninov : Concerto pour piano n° 2. Chostakovitch : Symphonie n° 4. Joseph Moog (piano), Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Maison symphonique de Montréal, dimanche 12 mars 2017.