Charlotte Cardin au Club Soda: déjà les acclamations

Charlotte Cardin
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Charlotte Cardin

Plus complet que le Soda ce jeudi soir, t’installes un écran géant dehors, au-dessus du Café Cléopâtre. Plein, c’est plus que plein pour Charlotte Cardin. De la même façon que c’était à ras bord rempli pour Matt Holubowski, en début de ce festival Montréal en lumière. Le lien va de soi : les deux ont d’abord été remarqués à La voix, les deux se sont vite démarqués par leurs chansons originales, les deux ont d’ores et déjà l’assentiment du public ET de la critique. Et les deux étaient à la une du cahier Culture dans Le Devoir il y a deux semaines (le collègue Philippe Papineau les a rencontrés) : le phénomène méritait examen.

Pareillement, le constat de visu s’imposait. Je l’ai écrit, Matt s’est fort bien débrouillé, et s’il ne s’obstinait pas tant à jouer dans la pénombre (après les millions de téléspectateurs, après avoir voulu et obtenu la visibilité maximale, c’est franchement vain), son passage au même Club Soda aurait été un sans-faute. Et Charlotte Cardin ? Un « Big Boy » en néon blanc la devance : elle ne jouera pas à cache-cache, elle, comprend-on. Big Boy, c’est le titre de son minialbum de 2016, seule parution à ce jour : six chansons et quelques clips ont suffi à créer un véritable engouement.

Tout gagner, tout de suite

Mais six chansons ne font pas un spectacle, si réussies et prometteuses soient-elles. Qu’à cela ne tienne, l’entrée en scène convainc : passée en ombres colorées derrière trois écrans, Charlotte Cardin s’amène avec une assurance rare. L’accueil est conséquent : acclamations dignes d’une vedette confirmée. « Vous êtes magnifiques, vous aussi ! » s’exclame la jeune fille de 22 ans. « Ouvrez votre coeur à mes ruptures, la prochaine chanson s’appelle Mes échardes… » Et le Soda chante Mes échardes avec elle. Et ovationne sa Charlotte ensuite : c’est rapide, presque une consécration, avant même le premier album complet.

Tiens, voilà une nouvelle chanson. Ballade soul, qui commande l’attention. Elle n’a pas besoin de bouger beaucoup, Charlotte Cardin. Derrière son clavier et l’enseigne au néon, elle attire la lumière et impose l’écoute. Avec ce timbre si particulier qu’elle a, on comprend : quelque chose entre Amy Winehouse, Eartha Kitt et Coeur de pirate. Dans Like It Doesn’t Hurt, c’est très évident : les références et influences lui collent encore à la peau. C’est encore plus patent dans la chanson-titre, Big Boy : elle est nombreuse, avec toutes ses préférées. Elle a beau s’être attaché un public, il y a encore du chemin à parcourir. C’est normal et c’est heureux. Ce ne sont pas moins des chansons vraiment bien construites.

Talk Talk, sur son lit de basses, plus lente que lente, pourrait faire taire un Centre Bell tant la mélodie est prenante et l’interprétation maîtrisée : ça va arriver, se dit-on, dans pas si longtemps. Charlotte Cardin est une promesse qui ne demande qu’à être tenue. Voilà une autre nouvelle chanson, d’allégeance country celle-là, qui ne dit que du bien de l’album à venir : Why, en duo avec Aliocha, l’artiste Audiogram du lever de rideau. La suivante est encore plus nouvelle : pas de titre encore. Du folk indie, gagnant d’emblée : on va où elle veut. Une relecture de la Wicked Game de Chris Isaak ? Une semaine après la version du groupe This Owls, en première partie de Matt Holubowski ? Pourquoi pas, c’est à ce point soulful… Décidément, on ne demande qu’à la suivre.

Et de toute évidence, elle ira loin. Charlotte Cardin a déjà dépassé l’étape de remplir une salle majeure, et d’y être très, très aimée, pour toutes les bonnes raisons. La suite sera passionnante. Deux soirs au Métropolis dans le cadre du prochain Festival de jazz, annonce-t-elle. Vous en témoignerez, comme moi.