Luc Cousineau, le chansonnier qui aimait la chanson populaire

Ces dernières années auront eu ceci de bon : Luc Cousineau, malgré la SLA, a remarquablement préparé sa sortie.
Photo: Jocelyn Riendeau La Tribune Ces dernières années auront eu ceci de bon : Luc Cousineau, malgré la SLA, a remarquablement préparé sa sortie.

« Mon avenir est court : la SLA ne laisse pas de chance », écrivait Luc Cousineau au verso de son minialbum Salut la vie !, bouquet de ses dernières chansons terminées, paru en janvier. L’auteur-compositeur-interprète savait depuis 2013 que la sclérose latérale amyotrophique, maladie neurodégénérative — la maladie de Lou Gehrig —, allait lui paralyser les muscles et le mener inexorablement à une fin prématurée. C’est arrivé quatre ans après le diagnostic, ce lundi, en Estrie. Il avait 72 ans.

Ces dernières années auront eu ceci de bon : Luc Cousineau a remarquablement préparé sa sortie. Il a lancé en 2015 le double album Tant qu’il y aura une chanson/Cousineau 1973 (au bénéfice de la Société de la SLA du Québec). Il a rassemblé ses quelque 200 chansons en un coffret, rééditant des albums depuis longtemps introuvables, avec le duo Les Alexandrins et en solo.

Cinq décennies de carrière

Et il a fait le tour de son jardin. « Comme chaque minute compte, écrivait-il, j’ai entrepris de faire le tri de ce que je voulais garder parmi les centaines de disques compacts de travail qui se sont accumulés au fil du temps. J’ai ainsi redécouvert cinq chansons enregistrées en 2010, sous forme de démo, seul avec ma guitare. L’idée a germé, et le désir de produire un minialbum s’est imposé. Grâce au musicien-réalisateur Michel Francoeur, qui a accepté de me suivre dans cette singulière entreprise, mes dernières chansons entreront dans les chaumières du Québec. » Cinq chansons de plus : Le temps d’aimer, L’oiseau blessé, Full fatale, Le manque d’amour, Le coeur battant.

Cinq chansons qui bouclent tout doucement la boucle, après cinq décennies d’une carrière de troubadour dont l’importance ne se limite pas à son artisanat délicat de paroles et musiques, et ne se résume certainement pas à son grand succès Vivre en amour (numéro un au palmarès Radiomutuel en 1976). C’est en effet beaucoup à lui — et à Stéphane Venne — que l’on doit la grande réconciliation entre les factions presque ennemies de la chanson dans les années 1960. Il y avait, rappelons-le, deux mondes parallèles dans le paysage : les chansonniers dans leurs boîtes à chansons, et les chanteurs/chanteuses populaires — et groupes yéyés — qui passaient à Jeunesse d’aujourd’hui. Avant la révolution de L’Ostid’cho en 1968, il y eut un Cousineau, un Venne, jeunes auteurs-compositeurs issus des boîtes à chansons, mais sensibles à la pop des Beatles ou d’un Burt Bacharach. Entendre Les copains, succès pour Les Alexandrins en 1967, c’est comprendre comment la manière chansonnière et les éléments accrocheurs de la chanson populaire se sont unis pour le meilleur.
 

Revoyez le vidéoclip de Vivre en amour

 

Chanson et publicité, même mission

Les Alexandrins, Lise Vachon (future Lise Cousineau) et Luc Cousineau suivront la mouvance de cette chanson pop de qualité, avec les effluves hippies qu’il fallait, jusque dans les années 1970, alors devenus tout simplement Luc et Lise, donnant des chansons épatantes et parfaitement dans l’air du temps : Angéla mon amour est sans doute la plus représentative de leur répertoire, à la fois groovy et expertement écrite. Le passage à la carrière solo était inévitable, et Luc Cousineau s’y consacra dès 1973. Les deux compilations parues en 2001 aux Disques Mérite foisonnent de refrains gagnants et de trouvailles mélodiques : on retiendra tout particulièrement Comme tout le monde, Valse d’la baie James, Si on prenait le temps, Quand tu fais soleil, J’aime sans bon sens, C’est beau quand tu ris.

S’il passe un peu sous le radar à partir des années 1990, c’est surtout parce son travail dans l’anonymat relatif des jingles publicitaires, des musiques de films et de séries télé, n’aura jamais cessé de prendre de la place : il était le champion du genre. Une chanson était une chanson, pour lui, peu importe la destination, et quelques secondes lui suffisaient, dans une pub, à inclure l’essentiel. « Jusqu’à la fin restera puissante, pour moi, l’envie de saluer la vie à la manière qui fut toujours la mienne : composer et chanter », écrivait-il encore au verso de son minialbum d’adieu. Ça donne envie, en retour, de redécouvrir ses chansons. Pour ça, il est encore temps.

1 commentaire
  • Claude Coulombe - Abonné 9 mars 2017 13 h 01

    Un phare de la contre-culture québécoise s'est éteint...

    Un phare de la contre-culture québécoise des années 70 s'est éteint, mais son oeuvre continuera à illuminer nos vies.

    Je garde un souvenir impérissable de ses refrains engageants, pleins de joie de vivre comme l'immortelle « Vivre en amour ». Merci Luc!