Bandidas: les braqueuses espiègles

Bïa (à droite), la séductrice aux identités mouvantes, fait la paire avec Mamselle, autre charmeuse, attendrissante autant que piquante.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Bïa (à droite), la séductrice aux identités mouvantes, fait la paire avec Mamselle, autre charmeuse, attendrissante autant que piquante.

Elles ne braquent pas les banques, mais elles sauront très certainement soutirer des moments de vrai bonheur. Ce vendredi au Club Soda, elles ne chanteront qu’une demi-heure, en première partie d’Alex Cuba, mais elles feront assurément leurs marques à compter de cet été lorsqu’elles prendront leur envol. Bïa et Mamselle Ruiz, deux âmes très vivantes venues du Sud et posées au Québec, forment Bandidas, un projet plus qu’un groupe, au service de la chanson latino-américaine.

Elles disent s’habiller dans un style « il était une fois dans le Sud », avec un clin d’oeil aux saloons des westerns spaghettis. À Belle et Bum, elles se sont qualifiées de « Butch Cassidy et the Sundance Kid au féminin ». Et leur nom, Bandidas, est en filiation avec le film du même nom. Scénario : un Américain décide de forcer la construction, non pas d’un mur, mais d’une ligne de chemin de fer sur les terres mexicaines. Deux jeunes femmes vont faire respecter la loi… et commettre des hold-up.

En entrevue au Devoir, Bïa et Mamselle se livrent à une conversation animée. Bïa se lance : « J’ai vu l’affiche du film. C’est parfait, ce type d’approche : la rencontre de deux femmes féminines, mais fortes, qui ne se laissent pas marcher sur les pieds. » Mamselle enchaîne rapidement : « On a le côté humour, un côté enfant, mais aussi un côté femme. On se retrouve comme des soeurs et on se taquine pour donner au public quelque chose de coquin. » Sa complice approuve : « Et notre sensualité n’est pas dans un sens provocant. C’est une sorte d’appétit de la vie dans tout ce qu’elle a de poésie et de beauté ».

Bïa, la séductrice aux identités mouvantes, aux accents multiples, aux routes intemporelles et aux nombreux allers-retours, a interprété nombre de poètes issus des mondes lusophones, hispanophones et francophones, en plus de composer elle-même. Elle fait la paire avec Mamselle, autre charmeuse, venue du Mexique, attendrissante autant que piquante, à la voix puissante autant dans les graves que dans les aigus, également circassienne, qui depuis toujours s’intéresse aux masques, aux costumes et à la chanson, d’auteur comme de folklore.

Voyage en Amérique latine

Ensemble, elles n’ont pas plus de cinq concerts à leur actif, mais le répertoire se peaufine : « Ça commence à devenir clair. On propose un voyage à travers l’Amérique latine au sein de pays comme le Venezuela, le Mexique, le Brésil, la Colombie ou l’Argentine », explique Mamselle. La grande soeur approuve : « L’Amérique latine dans tous ses rythmes, sa douceur, sa fébrilité. C’est une rencontre vraiment passionnelle sur des musiques qui nous font vibrer. On a la liberté d’aller en chercher qui sont vieilles, qui sont neuves, des succès récents ou des chansons traditionnelles. Avec aussi des titres de l’une et de l’autre. »

Certains classiques, comme Cucurrucucú Paloma, sont portés par les deux de façons très différentes, l’interprétation de Bïa s’inspirant de celle de Caetano Veloso. Sur scène, les deux versions sont possibles, et sur un démo que le duo nous a fait entendre, on reconnaît d’autres immortelles, comme Moliendo café, chanté passionnément à pleine voix, et Los Peces, en hommage à Lhasa, auxquelles s’ajoute une création plus afro, alors que Mamselle secoue le rythme et que Bïa bat la mesure sur une calebasse.

Duo vocal

En concert, les deux se livreront à un moment de boléro et offriront également quelques collages de chansons. Un de leur défi : le duo vocal. Bïa raconte : « C’est quelque chose que je n’ai pas fait souvent, mais notre pari est de chanter le plus possible à deux voix, comme Compay Segundo. Il y a des moments d’unisson, et on essaie aussi de faire pas mal d’harmonies. » Et de varier le répertoire avec des chansons d’amour, de deuil, d’exil, de désir et de révolte.

Parfois, le rendez-vous avec l’histoire se pointe, comme dans Canto das Três Raças de Mauro Duarte. « Cette chanson parle du métissage entre les trois races fondatrices du Brésil », explique Bïa. « Et du Mexique et de toute l’Amérique latine », relance Mamselle. Bïa poursuit : « Comment ça peut être sublime, tragique et en même temps fondateur. Derrière, il y a eu des massacres et des tragédies, mais aussi… », « des fleurs qui sont sorties de ces deuils », ajoute immédiatement Mamselle. Quelques-unes sont issues de leur répertoire : Corazón de Rubi de Mamselle et Foi a Flor de Bïa. Ici encore, le personnage est une femme qui résiste à la tristesse et à la résignation.

Ce vendredi, Bandidas offrira une première partie qui possède des allures annonciatrices de quelque chose de plus grand. Et Bïa a collaboré à la pièce Dans la folie de l’amour, le nouveau single du prochain disque d’Alex Cuba. Se rencontreront-ils sur scène à la fin de la soirée ?

Bandidas en première partie d’Alex Cuba

Au Club Soda, ce vendredi à 20 h