Émile Omar, un gros coeur caribéen

Depuis sept ans, Omar anime «Tropical Discoteq», qui lui permet d’explorer des répertoires latino-américains, caribéens et africains.
Photo: Nisrine Jouglet-Alaoui Depuis sept ans, Omar anime «Tropical Discoteq», qui lui permet d’explorer des répertoires latino-américains, caribéens et africains.

La planète entière est son terrain de jeu : le jour, Émile Omar est derrière Le Grand Mix musical de Radio Nova à Paris ; le reste du temps, il se consacre aux projets de son label Fanon ou à ses activités de DJ. Depuis sept ans, il anime d’ailleurs Tropical Discoteq qui lui permet d’explorer des répertoires latino-américains, caribéens et africains. Ce vendredi à la Sala Rossa, il est l’invité des deux compères des soirées Canicule tropicale, ses frères d’âme de Montréal, pour une autre soirée de la série Nuits d’Afrique Sound System.

Complètement tropicale cette soirée ? « Complètement, répond Émile Omar. Moi, ma spécificité, c’est un gros coeur caribéen. Je mets beaucoup de konpa haïtien et de cadence, qui est le dérivé du konpa en Martinique et en Guadeloupe. Mais je vais aussi un peu vers le soukous et la rumba congolaise qui est très liée avec le konpa. La coladeira cap-verdienne l’est également à travers la cadence. »

Mais Émile Omar remonte jusqu’aux années 1980 : « On tire aussi vers le zouk : il y a des boîtes à rythmes et des sonos un peu plus modernes. Le gros coeur, il est très 1975-1983. C’est les années où le son est vraiment extraordinaire parce qu’il y a une révolution au niveau technologique, mais on ne passe pas encore aux machines, on reste encore à l’analogique et il y a une chaleur. En termes de production, on est dans le son du disco et les batteries sonnent en béton armé. C’est ce que je préfère. »

Matière première : vinyles

La matière première du DJ est le vinyle qu’il ramasse partout depuis huit ans. S’il en a trouvé beaucoup à Paris dans les greniers ou chez les marchands underground, il a créé en quelque sorte sa propre compétition en donnant le goût de ses découvertes à plusieurs autres depuis qu’il anime sa Tropical Discoteq. Mais quelques-uns de ses nouveaux adeptes achètent des lots et lui proposent régulièrement des disques. Ailleurs, Émile Omar poursuit sa cueillette : en Martinique et en Guadeloupe, mais aussi dans la diaspora haïtienne jusqu’à Montréal. Il y a trois ans, il s’est arrêté dans un petit marché aux puces sur le bord du Métropolitain. Partout où il passe, des perles l’attendent.

Photo: Global Safari Groove La matière première du DJ est le vinyle, qu’il ramasse partout.

Mais ses vinyles, comment les traite-t-il ? « Par rapport à la musique tropicale qui va être jouée vendredi, c’est des disques qui n’existent pas, répond-il. Je fais beaucoup d’edit. Je pars des vinyles, je les numérise, je les restaure, j’enlève quelques petits passages que je trouve trop longs ou trop courts, je rajoute un peu de basse, je mets un peu plus d’aigus, j’enlève un petit craquement. Presque deux morceaux sur trois sont retouchés et j’arrive à la fin avec des fichiers sur clé USB. Ça permet de laisser les disques à la maison. J’ai fait le vinyle pendant une dizaine d’années, mais au final c’est pas valable. »

 


Au-delà de la Tropical Discoteq, Émile Omar crée le Grand Mix avec Maxime Guiguet depuis 15 ans sur Radio Nova. Ici, l’univers est encore plus vaste, il raconte : « Sans dire que c’est mieux ou moins bon, c’est un point de vue encore plus général sur ce qui peut se passer sur cette planète et encore, on est loin de balayer tout. On essaie de brasser beaucoup d’univers et de familles différentes. J’adore cet exercice-là parce que j’adore la pop, le folk, le reggae… Il n’y a pas un morceau sur quatre qui est tropical. »

On aurait pu s’étendre sur les compiles qu’il a réalisées pour Nova et sur les disques de son label Fanon, son travail autour de Brassens ou avec Calypso Rose, son projet Roseaux et son amour pour toute la Francophonie. On y reviendra. Émile Omar est un passionné.

Canicule tropicale

Avec Émile Omar dans la série Nuits d’Afrique Sound System. À la Sala Rossa, ce vendredi à 21 h 30.