Maurice Steger 2.0: brillant et heureux

Les Violons du Roy ont pris l’habitude d’engager des «workaholics» perfectionnistes. Dans cette catégorie se range sans hésiter le facétieux Suisse Maurice Steger.
Photo: Molina Visuals Les Violons du Roy ont pris l’habitude d’engager des «workaholics» perfectionnistes. Dans cette catégorie se range sans hésiter le facétieux Suisse Maurice Steger.

« Programme bien structuré et bien répété ! » me dit à la pause un mélomane, lecteur du Devoir, affichant un large sourire entendu et complice. Depuis plusieurs années, j’écris régulièrement que le niveau de préparation et de finition d’une très large majorité des concerts des Violons du Roy est exactement ce à quoi je m’attends de la part d’une institution musicale. Ce n’est pas un hasard que la première action de Bernard Labadie en arrivant à l’Opéra de Montréal avait été de rajouter une répétition d’orchestre.

Qui se ressemble s’assemble : Les Violons du Roy ont pris l’habitude d’engager des workaholics perfectionnistes. Dans cette catégorie se range sans hésiter le facétieux Suisse Maurice Steger. Il était connu comme le Paganini de la flûte à bec, arpentant le monde avec ses mallettes remplies d’instruments. Voici advenue une version « Steger 2.0 », l’instrumentiste surdoué se piquant désormais de direction d’orchestre.

Le style n’est sans doute pas orthodoxe, mais, face à un orchestre, Steger témoigne, avec une gestuelle abondante et expressive, de l’enthousiasme forcené, voire de l’exaltation qui le caractérise. L’Helvète bondissant insuffle à l’orchestre l’énergie qui transforme une symphonie de Rosetti en décalque de l’Empfindsamkeit (sensibilité) de Carl Philipp Emanuel Bach.

Oui le programme était parfait, avec, de Leonardo Leo, une ouverture à l'Italienne (un modèle vif-lent-vif, que l'on retrouve même chez Mozart, dans la 32e Symphonie), un concerto pour flûte à bec très divertissant, avec un vrai dialogue soliste orchestre, une fameuse sérénade de Mozart et une symphonie de Haydn, dans l'une de ces réalisations millimétrées, vivantes et heureuses, qui, lorsqu'on les compare à d'autres expériences, montre qu'il est parfois légitime de s'exclamer « On ne travaille pas assez ! » - constat lucide, car en matière musicale, c'est manifeste, le travail se remarque. Et tous l'ont remarqué hier soir.

Maurice Steger est venu dire quelque chose à ses auditeurs à Québec et à Montréal. Il est venu dire quel bonheur dispense la grande et belle musique aux auditeurs de tous les horizons. Et il a même rendu les musiciens heureux, à voir leurs irradiants sourires.

Le musicien suisse le plus rayonnant et sympathique de la planète classique réussit sa lente reconversion. La prochaine fois, on aimerait entendre deux concertos pour flûte à bec plutôt qu’un. En attendant, notez la date du 10 mars : Les Violons du Roy reviennent salle Bourgie, avec le non moins électrisant claveciniste hipster Jean Rondeau. Et, pour les 34 ans et moins, les places sont à 26,74 $. Si, si !

Leo : Andromaca (ouverture). Rosetti : Symphonie en sol mineur. Mozart : Une petite musique de nuit. Heberlé : Concerto pour flûte à bec, avec deux cors ad libitum. Haydn : Symphonie n° 8, « Le matin ». Maurice Steger (flûte à bec et direction). Salle Bourgie, vendredi 27 janvier 2017.