Portes ouvertes à «L’appartement» de Ludovic Alarie

Ludovic Alarie a appris la guitare classique pendant huit ans, et pourtant «L’appartement» n’en porte pas vraiment de traces.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Ludovic Alarie a appris la guitare classique pendant huit ans, et pourtant «L’appartement» n’en porte pas vraiment de traces.

Ludovic Alarie a bien composé toutes les paroles et les musiques de son deuxième album, intitulé L’appartement. Mais en même temps, il a ouvert toutes grandes les portes de ces dix chansons à ses accolytes musiciens, qui ont impregné le travail d’Alarie de leur touche personnelle. En résulte un disque atmosphérique, tissé d’un folk nocturne et feutré, et qui n’a du jam qu’une énergie un peu cyclique.

À peine 23 printemps au compteur, Ludovic Alarie est un homme discret, timide, mais qui a tout de même eu de l’audace dans l’enregistrement de ce disque. Il est arrivé en studio avec ses morceaux en main, et a ouvert les micros pendant que ses musiciens improvisaient, sans avoir jamais entendu les titres.


« C'est un procédé que j'avais essayé sur mon premier album, avec une pièce qui n’était même pas supposé exister. Il restait du temps en studio, et ç'a donné Rester muet, la meilleure pièce du disque. J’ai voulu continuer avec ce processus là, qui avait été payant. »

Périlleux, l’exercice? Pas avec les colocs de studio d’Alarie. Il s’est entouré de Warren Spicer et de Matthew Woodley, du groupe Plants and Animals, de Miska Stein, qui joue avec Patrick Watson, et d’Adèle Trottier-Rivard, qui a entre autres chanté avec Louis-Jean Cormier.

« Je suis arrivé en studio avec les enchaînements d'accords, dit Alarie, tout bonnement. Ce qui allait se passer avec les musiciens, c'est ce que je voulais qui ressorte, et c'est ça l'album. Et on a principalement gardé les premières prises, ça donne des trucs un peu uniques qui se ne se seraient pas produits si on avait pratiqué. »

Accords

Dans sa jeunesse, Ludovic Alarie a appris la guitare classique pendant huit ans, et pourtant L’appartement n’en porte pas vraiment de traces. Ses pièces lentes, avec des rythmes en circonvolution, bercent et laissent une certaine mélancolie.

« Ça fait cinq ans que je ne joue plus de guitare classique, je me suis éloigné de ça, raconte Alarie, un ancien du groupe The Loodies. Je ne sais pas les accords que je joue, en fait, je change toutes les cordes en open tuning [où les cordes ouvertes sont déjà en harmonies]. Si tu penses aux accords, ça te limite. »

 

Paradoxe, Alarie a mis beaucoup de temps et d’énergie dans l’écriture des textes, arrimant des mots sur ses musiques existantes, en respectant le plus possible la musicalité des textes. Avec comme résultat que L’appartement a presque l’allure d’un album instrumental.

« Je le vois comme un puzzle, un sudoku, où la sonorité de chaque mot doit accrocher le moins l'oreille. »

En est ressorti des mots autour du rêve, du voyage, de la nuit, de la solitude et du corps.

Que s’est-il donc passé dans ce-dit appartement? Alarie reste un peu évasif. « J'aime beaucoup le fait que ce soit un endroit. Je le vois plus comme le sentiment d'un appartement dans lequel tu as vécu, les souvenirs qui se rattache à ça. Comme quand tu repenses à comment t'étais comme personne, à comment tu as évolué. Il y a un peu de la nostalgie dans cette image-là. »

Premières parties

Pour son premier disque solo, Alarie était surtout monté sur scène en premières parties de d’autres musiciens. Une tâche parfois ingrate, surtout avec l’approche musicale « chargée » qui est la sienne.

L’exercice lui a tout de même permis de rencontrer plusieurs artistes — dont les gars de Plants and Animals. « Et ça m’a permis de développer mes capacités d'arrangeur, parce que j'ai dû retravailler plusioeurs fois mes propres pièces. J'ai eu 10 formations différentes, en solo, en duo, en trio, en quatuor, en quintette, avec des musiciens différents, toute l'affaire! », rigole-t-il.

Avec L’appartement, Alarie espère pouvoir monter sur scène en groupe et en tête d’affiche, mais il se prépare aussi un plan B. « Je travaille sur une version en duo, avec des guitares arpégées et des éléments mélodiques intégrés dans le jeu de la guitare. »

La guitare arpégée? Celle de son époque classique honnie? « C'est quelque chose que je veux pousser. » C’est peut-être la nostalgie d’un vieil appart qui le happe.

L’appartement

Ludovic Alarie, Coyote Records