Le pays pluriel réimaginé par l’Ensemble Kamaan

L’Ensemble Kamaan, venu d’Iran pour s’installer à Montréal, fait un lien entre la musique savante et celle des régions.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’Ensemble Kamaan, venu d’Iran pour s’installer à Montréal, fait un lien entre la musique savante et celle des régions.

Révélé à la dernière édition du Festival du monde arabe, l’Ensemble Kamaan fait partie de cette mouvance d’artistes d’Iran qui sont venus s’installer à Montréal dans les cinq dernières années. La particularité de ce quatuor ? Faire un lien entre la musique savante et celle des régions. Et ce mercredi, il offre, à la Sala Rossa, le concert Chemins qui mènent partout. Ces routes sont celles du pays pluriel réimaginé ici.

« En Iran, le perse est la première langue, mais il y en a beaucoup d’autres, comme l’azéri, le kurde, le baloutche et le turkmène. La diversité de la musique iranienne est donc à l’image des systèmes des langues présentes dans le pays et chaque musique possède son système modal basé sur l’oralité. D’un autre côté, nous établissons les liens avec la musique dastgâh, qui est la musique classique persane, dans une perspective contemporaine », résume Showan Tavakol, compositeur et joueur de kamanche, l’instrument de la famille des vièles qui occupe un rôle important dans les musiques savantes arabes et persanes.

S’il a étudié à l’Université de Téhéran, Showan Tavakol possède aussi une bonne connaissance de la culture du Baloutchistan, une région proche du Pakistan où il a établi des connexions avec les gens. Leur répertoire, qui est souvent utilisé dans les cérémonies de guérison, inspire également les membres de l’Ensemble Kamaan.

Amir Amiri est le plus connu des quatre membres : tête curieuse et compositeur éclectique, il multiplie les projets et cherche constamment à repousser les limites de sa formation classique. Avec le violoniste Richard Moody, il intègre des éléments de jazz et de musiques classiques, occidentales ou indiennes. Avec Sohbat, il cherche l’harmonie entre les musiques savantes de l’Est et de l’Ouest, alors que, dans le projet Arghavan, il marie le violoncelle de Jake Charkey à son santour, l’instrument au son si cristallin qui appartient à la grande famille des cithares sur table.

Amir complète admirablement le travail d’Olivier Marin, un altiste de formation classique, et de Behnaz Sohrabi, chanteuse et interprète du rabab, un autre très bel instrument à cordes que l’on retrouve sous différentes formes de l’Asie du Sud-Est à l’Afrique. Dans ses pièces vocales, ses mots sont, à ses dires, « ceux de l’espoir et de l’ouverture pour un monde meilleur ; ceux qui permettent aussi de respecter d’où nous venons et ce que nous vivons dans le moment présent ».

Mais l’Ensemble Kamaan pénètre aussi d’autres voies, celles des musiques baroques, médiévales et au-delà. Olivier Marin explique : « Une de nos pièces est issue des folklores irlandais et écossais. Les modes anciens de ces folklores et ceux de la musique iranienne se recoupent. » Comme quoi les chemins mènent partout pour qui veut en découvrir les trésors.


L’Ensemble Kamaan - Extrait

À la Sala Rossa, ce mercredi à 20 h. 514 844-4227.