«Gisèle», la grande montée de Caféïne

«Gisèle» est le disque de Xavier Caféïne qui s’est le mieux vendu.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Gisèle» est le disque de Xavier Caféïne qui s’est le mieux vendu.

« Gisèle, tu m’as crevé le coeur. » Il y a déjà dix ans que Xavier Caféïne a chanté ces mots d’écorché vif sur des riffs de guitare électrique tranchants et accrocheurs. Cette Gisèle, personnage, muse et bourreau, a donné son nom au troisième disque du rockeur, qui lui aura permis d’élargir son public. Caféïne fêtera cet anniversaire en montant sur scène à Montréal, Québec et au Lac-Saint-Jean.

L’album, illustré d’un portrait de Caféïne par Louis « Bobo » Boutin — aussi du défunt groupe Les Georges Leningrad —, compte son lot de chansons fortes. 1-2-3-4 lance le bal, suivi du ver d’oreilles Montréal (cette ville), puis de la pièce éponyme Gisèle et du titre La fin du monde, aux accroches un peu asiatiques.

Gisèle est le disque de Xavier Caféïne qui s’est le mieux vendu, dépassant les 20 000 copies, un plateau rare à l’époque pour un artiste alternatif. « De toute façon, c’est pas mal l’année où les gens ont commencé d’arrêter d’acheter des disques », rigole le chanteur désormais quarantenaire.

Sorte de tremplin, cet album ? « Ç’a fait une différence dans mon statut dans la musique, raconte Caféïne, rencontré dans son appartement de l’ouest de l’île. Je suis monté d’un cran, au niveau de gens plus ordinaires, et je ne dis pas ça de façon péjorative. J’ai rejoint des gens qui ne vont pas chercher dans l’underground, qui vont écouter de la musique de façon plus légère. Je suis sorti de ma chapelle. »

Au moment de la sortie du disque, à la fin de l’été 2006, Caféïne avait raconté en entrevue à l’auteur de ces lignes qu’il avait voulu livrer « un son que tu peux réécouter 10 ou 15 ans plus tard ».

« J’avais dit ça ? rigole le natif de l’Outaouais. Ben je ne trouve que ce n’est pas un album qui a mal vieilli, qui a pris des mauvaises rides. Mes influences réelles ce sont tous des artistes dont le son est un peu figé dans le temps, comme Iggy, Bowie, The Clash, Neu !, The Strokes, Franz Ferdinand… Ce sont des sons qui ne vieillissent pas vraiment. »

Montrer ses faiblesses

Si on exclut son projet anglophone Poxy, Gisèle est le troisième album de Caféïne, après Mal éduqué mon amour et Pornstar. C’est un disque aux apparences heureuses mais au fond tourmenté, où le chanteur a le coeur en miette. « C’était le temps de m’assumer comme humain, comme individu, avec mes forces et mes faiblesses. J’en parle de mes faiblesses dans cet album-là, sans gêne. »

Dans la deuxième moitié du disque, Caféïne multiplie les références géopolitiques, évoquant la Chine, le pétrole, les États-Unis de Bush…

« Là avec Trump on entre dans une ère Bush numéro 2. Ça me fait halluciner de voir le monde badtriper sur Trump à ce point-là, en oubliant tout ce qu’a fait George Bush, raconte-il, préférant ne pas trop plonger dans le sujet. Je ne pense pas réécrire des trucs aussi précis par rapport à la politique. Dix ans plus tard, c’est rendu plus compliqué que ça pour moi. Je lis beaucoup. Plus t’en sait, moins t’es sûr de ton affaire, les questions prennent le dessus sur les réponses. »

En spectacle

Pour fêter Gisèle, Xavier Caféïne remontera sur scène dans le cadre de la série de spectacle La ligue rock. Il sera au Divan orange à Montréal le 16 février et au Cercle à Québec le 18. Trois autres dates ont également été confirmées au Saguenay-Lac-Saint-Jean, du 20 au 22 avril au Sous-Bois, au Café du Clocher et au Vox.

« J’ai remonté un groupe pour l’occasion », dit le guitariste. Il a fait appel à son compagnon de longue date Alex Crow, mais aussi à Vincent Peake, à Michel « Away » Langevin et à son frère Sam. « C’est revenu naturellement, c’est comme de la bicyclette. »

Son plus récent projet est étonnant : il a composé 17 pièces pour une comédie musicale écrite par l’acteur américain James Franco, « C’est un spinoff sur Don Juan, assez intéressant ».

La suite reste floue, sa maison de disque s’étant brouillée avec lui. « J’ai récupéré toutes mes affaires, je suis propriétaire de tout. Je n’ai plus de gérance, plus de compagnie de disque, je suis off grid complètement. J’adore ça. Je peux refaire mon terrain. »