Photo: Rick Diamond / Getty Images / Agence France-Presse Rhiannon Giddens fera paraître «Freedom Highway» en février. On la voit ici avec Eric Church en concert à Nashville, Tennessee, en novembre dernier.

Des albums pour monter aux barricades

Sylvain Cormier Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’unique Rhiannon Giddens est de retour et je me sens déja mieux. Deuxième album en février : Freedom Highway, que ça s’intitule. Ce n’est pas un hasard. En février, Trump sera officiellement président des États-Unis d’Amérique et il nous faudra plus que du courage pour affronter l’impensable. Il nous faudra un supplément d’âme. Et c’est précisément ce que la formidable chanteuse et musicienne de la Caroline du Nord nous apportera : la force intérieure et l’envie d’agir, à travers une sorte de leçon d’histoire de chansons en liberté. En 2015, Tomorrow in My Turn, son premier album solo, portait haut et fort les voix de grandes interprètes et auteures-compositrices-interprètes : Odetta, Patsy Cline, Sister Rosetta Tharpe, Dolly Parton… Cette fois-ci, ce sont les événements qui ont dicté les choix : Rhiannon ravive des chants d’esclaves, des hymnes du mouvement pour les droits civiques, et propose de nouvelles chansons à propos des chocs raciaux de Baltimore et de Ferguson.

Des chansons de racines. On a besoin de se sentir enracinés, comme au moment du dévastateur Dust Bowl des années 1930, comme dans tous les moments de l’histoire où menace une politique de la terre brûlée. Besoin de chansons folk, besoin des gens qui chantent la vie des gens. Cette saison d’albums sera évidemment faite de toutes sortes de productions, la pulsation pop ne connaît pas de répit, mais on trouvera réconfort — et indignation — chez ceux qui, à l’instar d’un Woody Guthrie, brandissent des guitares, ces « machines qui tuent les fascistes ».

On les recevra l’un après l’autre comme des combattants, en relève sur les barricades : Rodney Crowell et son Close Ties, Alison Krauss et son Windy City (avec des reprises de Gentle on My Mind, d’All Alone Am I, de You Don’t Know Me), Laura Marling et son Semper Femina, les Old 97’s et leur Graveyard Whistling, Ryan Adams et son Prisoner, Sheryl Crow et son Be Myself, Kasey Chambers et son Dragonfly, les Mavericks et leur Brand New Day, ainsi qu’un plein album de reprises d’Eleni Mandell (chantées par les Jackson Browne, Inara George et compagnie).

Photo: Kevin Winter / Getty Images / Agence France-Presse L’increvable Jeff Beck lancera «Live Love Flesh Blood» en mars.

Il nous faudra du rock’n’roll aussi, pour l’énergie : on en aura, Imelda May s’en porte garante, avec l’aide de l’increvable Jeff Beck (Live Love Flesh Blood, en mars). Le groupe The Sadies fournira Northern Passages, les inextinguibles Flaming Lips frotteront des allumettes à même le psych-rock de leur Oczy Mlody. Deep Purple, Jethro Tull, Steve Hackett et leurs énièmes albums nous rappelleront cette lapalissade bonne à répéter : on n’est pas morts tant qu’on est vivants. Pensez qu’à l’horizon se profile non seulement un nouveau Springsteen, mais le premier nouvel album de Chuck Berry… en 38 ans ! Moi, ça me donne espoir.

Citons Rhiannon Gidddens à propos des chansons de son album. Et ça s’applique aux chansons de tout le monde, car tout le monde est désormais en mission. « Connaissez votre histoire. Qu’elle vous horrifie, qu’elle vous inspire. Qu’elle vous montre ce à quoi l’avenir pourrait ressembler, car rien en ce monde n’a pas déjà eu lieu. »

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les Dear Criminals

La mémoire qui réchauffe

Et chez nous ? On aura de la mémoire ici aussi : les Dear Criminals lancent dès le 20 janvier sur toutes les plateformes numériques un minialbum de chansons inspirées par Nelly Arcan. Ça aussi, c’est pour se faire du bien. Le carnet d’hiver de Maison Brume ne fera pas de mal non plus. Des disques pour se réchauffer à même les mots, les mélodies et les arrangements calorifères, voilà la commande : la saison est celle du feu de foyer bien plus que du feu d’artifice, et on se tiendra près des nouvelles chansons de Patrice Michaud, de Damien Robitaille, de Vincent Vallières et d’Isabelle Boulay. Peut-être que les nouveautés des Peter PeterLudovic Alarie, Leif Vollebekk, Sally Folk, Kid Koala, The Great Novel et autres Sam Patch (alias Tim Kingsbury, bassiste d’Arcade Fire) nous envelopperont tout autant. Je le souhaite… ardemment.

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L'éclatement identitaire 1:37

L'éclatement identitaire

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