Richard Egarr, bon et didactique

Richard Egarr se présentait mercredi à la salle Bourgie dans le cadre de la série « Complètement clavecin » organisée par la Fondation Arte Musica.
Photo: Marco Borggreve Richard Egarr se présentait mercredi à la salle Bourgie dans le cadre de la série « Complètement clavecin » organisée par la Fondation Arte Musica.

Ce n’était pas la première visite de Richard Egarr à la salle Bourgie. Il y avait déjà présenté une version minimaliste des Suites orchestrales de Bach avec l’Academy of Ancient Music dont il est le chef. Il se présentait mercredi dans le cadre de la série « Complètement clavecin » organisée par la Fondation Arte Musica dans la salle dont elle a la charge.

La difficulté de vendre au public des récitals de clavecin est notoire. En général, glisser le nom de Bach dans le programme permet de limiter les dégâts. Mais, de ce point de vue, la Fondation Arte Musica a su faire preuve de courage déjà par le passé en faisant venir Jean Rondeau pour sa première apparition au Canada et en acceptant qu’Andreas Staier présente le pointu mais suprême programme Pour faire passer la mélancolie. Il n’y a pas eu de miracle mercredi soir, le concert se déroulant devant une centaine de mordus.

Le titre du menu concocté par Richard Egarr n’avait pas été publicisé, mais il n’aurait pas attiré davantage les foules, malgré la cohérence et la haute tenue de cette série destinée à cet instrument à cordes pincées. Il faut reconnaître la très grande cohérence de ce voyage au coeur du répertoire anglais, la première moitié (avec le flamand Sweelinck, Morley et Byrd) explorant la fin du XVIe siècle et le tournant du XVIIe et la seconde, avec Blow et Purcell, illustrant les plus beaux fleurons de la seconde moitié du XVIIe.

Pour défendre ce parcours, Egarr avait choisi la copie réalisée par Keith Hill d’un clavecin flamand typique (Ruckers), instrument touché, si je ne me trompe, par Rondeau et Staier auparavant. Curieusement, ce programme d’une noble tenue intellectuelle n’était pas expliqué dans les notes de programmes qui, en français, se contentaient d’une traduction, du genre bricolée, de la biographie de l’artiste invité.

Cela dit, Egarr a clairement introduit (dans sa langue maternelle) les compositeurs et les pièces. Il a souvent parlé d’humour anglais, une dimension perceptible probablement par une poignée d’initiés dans une soirée avant tout sobre, studieuse, didactique, dépourvue des étincelles ou de la magie qui rendent Staier ou Rondeau si attachants et nous donnent l’envie de retourner les voir.

L’une des caractéristiques majeures de la soirée fut l’accord de l’instrument au tempérament « Egarr Stinky » qualifié de « mésotonique fort » par l’interprète. La chose lui paraissait importante pour pimenter les chromatismes, quitte à susciter quelques frottements. Ce qui m’a le plus frappé, c’est l’évolution stylistique entre le premier bloc et les pièces de Purcell ou de Blow. Ces dernières apparaissent comme « ordonnées », alors que les manières souvent étranges d’achever une oeuvre auparavant faisaient affleurer à ma mémoire le titre d’un CD signé Andreas Staier et Pedro Memelsdorff en 1995 : Delight in Disorder.

Ces étranges conclusions ont été la leçon la plus intrigante de la soirée. Quant aux oeuvres, la Fantaisie chromatique de Sweelinck, The Bells de Byrd et la tendue 6e Suite de Purcell m’ont semblé particulièrement se démarquer.

Clogg’d in the English Vein

Récital de Richard Egarr (clavecin), organisé par La Fondation Arte Musica. Sweelinck (1562-1621) : Toccata en la majeur, SwWV 296. Fantasia chromatica en ré mineur, SwWV 258. Morley (v. 1557-1602) : Variations sur la chanson Goe from my window. Byrd (v. 1540-1623) : Fantaisie en la mineur. Pavane et gaillarde en la mineur. The Bells. Purcell (1659-1695) : Suites no 1 en sol majeur, no 2, en sol mineur et no 6, en ré majeur. Ground en do mineur. A New Ground en mi mineur. Ground en ré mineur. Blow (1649-1708) : Suites no 1 et no 2, en ré mineur. Chaconne en fa-ut. Salle Bourgie, mercredi 11 janvier 2017.