Passion vinyles (1)

«Alors, imaginez ma face quand j’ai vu le nouvel objet de collection du film
Photo: Lucas Harrison Rupnik «Alors, imaginez ma face quand j’ai vu le nouvel objet de collection du film "Gremlins" débarquer chez nous…», a relaté la chroniqueuse et animatrice Melissa Maya Falkenberg.

La nouvelle, début décembre, a fait gondoler de joie nos coeurs, telle une pile de disques laissée dans un coffre arrière à la mi-juillet (ça m’est arrivé) : au Royaume-Uni, les ventes de vinyles neufs avaient pour la toute première fois dépassé les revenus de téléchargements. Qui plus est, grâce aux 15-25 ans. Et pas seulement pour des rééditions de Pink Floyd et d’Amy Winehouse : haro sur les nouveautés.

Neuf ans que les chiffres sont en hausse, apprenait-on itou. Bientôt la décennie, c’est plus long que les barbes désormais désuètes des hipsters. Ça dépasse l’engouement, ça vire au complément. On se dresse des playlists avec Spotify, et une fois les poils des oreilles bien titillés, on se procure le bel objet (de désir). Et l’on s’offre ce qu’on s’offrait dans les années 1970 : le rituel d’écoute. Face A. Face B.

Témoin d’époque : le collègue critique musical Sylvain Ménard. « Ma table tournante vient de reprendre sa place au salon. C’est un peu comme si j’avais remonté le foyer du sous-sol. Il fait maintenant plus chaud en haut et parfois, ça crépite sur la musique. On est bien. Juste bien. » Et l’on rebranche le système de son, et l’on ressort la collection. « Premier geste : réécouter Born to Run de Bruce Springsteen. Parce que ce fut le premier disque que j’ai écouté sur ma Pioneer PL-300 achetée en 1978, celle-là même qui vient de reprendre du service. Après tout ce temps, je le confirme, l’effet est toujours le même. »

Découverte, redécouverte, ravissement égal. « Contrairement à mon chum, je m’intéresse bien peu aux disques de collection multicolores qui coûtent trois fois plus cher », précise la chroniqueuse et animatrice Melissa Maya Falkenberg, qui a scénarisé un documentaire sur les vinyles (diffusion en 2017). « Alors, imaginez ma face quand j’ai vu le nouvel objet de collection du film Gremlins débarquer chez nous… Une édition limitée comprenant un disque brun bibitte et l’autre vert monstre, et, attention : la pochette est même sensible aux rayons UV et à l’eau comme les créatures du film d’horreur ! » Qui plus est, musique épatante de Jerry Goldsmith, « un chef-d’oeuvre orchestral ».

Marie-Christine Champagne, de chez Larivée Cabot Champagne et La Tribu, didgette (c’est son néologisme) des soirées C’est extra !, s’est également entichée d’une b.o.f. (bande originale de film), entre autres trouvailles de 2016: L’homme-orchestre, film de 1968 orchestré par François de Roubaix. « Comédie potache où les rythmes musicaux vous accrochent un sourire et vous laissent en tête des petits morceaux de bravoure tels que Piti piti pas. Nostalgie en technicolor. »

Chacun a ses sources, ses fournisseurs privilégiés. C’est aussi ça, le plaisir des vinyles. On va à la rencontre de disques… et de gens. Le chanteur Dumas se souviendra toujours de ce disque « trouvé à Chicoutimi chez le disquaire situé dans le sous-sol de la Tabagie CM. » Il raconte : « Après quelques heures à discuter avec Daniel, le sympathique propriétaire (et personnage !) accepte de me sortir quelques perles doo-wop de sa cachette secrète. J’y trouve une rare copie originale de l’album The Chantels On Tour. Avec le succès Look In My Eyes. » Incroyable qu’il ait consenti à s’en départir. Dumas mesure sa chance : « Mon disque des Fêtes ! »

Quand on cherche partout, et tout le temps, on trouve. Dans le genre, le libraire-blogueur-historien Sébastien Desrosiers n’en revient pas encore de sa bonne fortune de l’été dernier : The Fringe. « Le EP canadien le plus rare de l’histoire, rien de moins ! Cinq titres de 1967 pressés en infime quantité à des fins promotionnelles pour le gérant du groupe psychédélique torontois. S’il n’était pas destiné à la vente à l’époque, le minialbum s’échange de nos jours pour quelques milliers de dollars entre mélomanes avertis. Sa découverte au détour de la route des vacances fut l’un des moments les plus ahurissants et intemporels de ma vie de collectionneur, le genre où tu te dis : “Savoure chaque instant, ti-gars, parce que là, c’est du sérieux.” »

J’ai souvent eu cette sensation : il n’y a pas de hasard pour qui aime les vinyles. Ces disques nous attendent. DJ Screw (Sébastien Bossé) relate son « anecdote vinyle à vie » : « Incapable de dormir, je me lève à 5 h du matin le 13 novembre dernier pour écouter mon achat de la veille à un dollar dans un bazar. Absolument charmé durant l’écoute de cet album d’un artiste que je ne connaissais pas, j’apprends dans l’après-midi qu’il est décédé dans la nuit !!! » Si vous pensez comme moi que feu Leon Russell lui-même a mis son Carney de 1972 dans les mains qu’il fallait, concluez : la fièvre du vinyle est plus contagieuse que jamais.

Les vinyles de…

Sylvain Ménard


Ma table tournante vient de reprendre sa place au salon. C’est un peu comme si j’avais remonté le foyer du sous-sol. Il fait maintenant plus chaud en haut et, parfois, ça crépite sur la musique. On est bien. Juste bien.

Premier geste : réécouter Born to Run de Bruce Springsteen. Parce que ce fut le premier disque que j’ai écouté sur ma Pionneer PL-300 achetée en 1978, celle-là même qui vient de reprendre du service. Après tout ce temps, je le confirme, l’effet est toujours le même. Avec Springsteen, c’est ainsi.

J’ai redécouvert Rubber Soul des Beatles. Et je pense que je ne l’ai jamais autant apprécié. Ça doit être l’âge. Le sien comme le mien. Et ce sentiment réconfortant d’avoir eu raison il y a de cela très longtemps déjà.

Même chose avec Ascenseur pour l’échafaud de Miles Davis. La vraie affaire. Il n’y a pas un disque compact au monde qui peut instantanément faire virer la couleur d’une pièce en noir et blanc. Le vinyle le fait, sans même nous demander la permission. Et le jazz est un effronté.

Sur ce, je pars vers le magasin de records, y a plein de belles pochettes qui m’appellent…

 

 

Melissa Maya Falkenberg

 

Jerry Goldsmith, Gremlins (b.o.f.).


Contexte

Je ne suis pas une collectionneuse de vinyles très dépensière. Un vieux Jean Ferrat en bon état pour quatre piasses, du rock and roll à la pochette usée, le nouveau disque d’un artiste d’ici (qui a pris le soin de presser des copies vinyles pour ses fans amoureux du vinyle)… Je suis heureuse ! Contrairement à mon chum, je m’intéresse bien peu aux disques de collection multicolores qui coûtent trois fois plus cher ; je trouve que, quand t’embarques là-dedans, ça ne finit plus !

L’objet

Alors, imaginez ma face quand j’ai vu le nouvel objet de collection du film Gremlins débarquer chez nous… Une édition limitée comprenant un disque brun bibitte et l’autre vert monstre, et, attention : la pochette est même sensible aux rayons UV et à l’eau, comme les créatures du film d’horreur ! Testé et confirmé : quand on expose à la lumière, des messages secrets apparaissent et, quand on la mouille, des bébés Gremlins se propagent… Creepy !

La musique

Avait-on besoin de ça ? Non. Mais je dois avouer que la compagnie de divertissement Mondo a pressé une oeuvre d’art qui, au final, a ramené la musique instrumentale de film d’horreur chez nous. Je n’en avais pas pris conscience en regardant le film enfant (et traumatisée), mais la bande sonore de Jerry Goldsmith est un chef-d’oeuvre orchestral vraiment pas comme les autres : dans le stress des violons se cachent des rires de petites bêtes, des sons 8-bit et, par moments, des mélodies belles et douces comme le ciel. Faut juste pas écouter après minuit…

 

Marie-Christine Champagne


Monika, Secret In the Dark. Et si la nouvelle Dancing Queen était grecque ? Mónika Christodoúlou alias Monika. Secret In the Dark, un disque disco-funky aux grooves démentiels où planent les fantômes d’Abba, de Stevie Wonder, de Blondie et tous les sons iconiques de cette époque faste. Bienvenue sur le dancefloor !

Doris, Did You Give the World Some Love Today Baby. Pop-rétro-funky venu de Suède et complètement irrésistible. Doris (née Svenson) a une voix rauque et du caractère. Sorti en 1970 et passé sous les radars, c’est en 1996, lors d’une réédition (Mr Bongo Records), que le disque trouve écho chez les fanas de musique vintage. À écouter, Do Not et Beatmaker, grassement funky et à la limite du kitsch. Complètement et follement dansant.

L’homme orchestre, b.o.f. de François de Roubaix. Bande son d’une comédie musicale avec l’époustouflant Louis de Funès, qui en plus de nous faire rire nous charme avec ses talents de danseur et de chanteur. Comédie potache où les rythmes musicaux vous accrochent un sourire et vous laissent en tête des petits morceaux de bravoure tels que Piti Piti Pas. Nostalgie en technicolor.

 

Dumas


The Chantels On Tour (1962). Trouvé à Chicoutimi chez le disquaire situé dans le sous-sol de la Tabagie CM. Après quelques heures à discuter avec Daniel, le sympathique propriétaire (et personnage !), accepte de me sortir quelques perles doo-wop de sa cachette secrète. J’y trouve une rare copie originale de l’album The Chantels On Tour. Avec le succès Look In My Eyes. Copie de collection et disquaire qui est un passage obligé pour tout collectionneur de vinyles en visite au Saguenay ! Mon disque des Fêtes !

Space Echo — The Mystery Behind the Cosmic Sound of Cabo Verde Finally Revealed ! (2016) L’histoire d’un bateau rempli de claviers Moog, Rhodes, Farfisa en route vers le Brésil, mais qui échoue au Cap-Vert en 1968. Les instruments abandonnés sont redistribués à la population, ce qui a un impact immédiat sur la musique traditionnelle de l’île. L’essentiel des enregistrements est compilé ici par l’excellent label Analog Africa sur deux vinyles, avec un beau livret qui explique en détail cette drôle d’histoire, plus les pochettes et références discographiques.

Boombox — Early Independent Hip Hop Electro and Disco Rap 1979-1982. Mon étiquette anglaise préférée, Soul Jazz Records, continue son bon travail avec cette compilation thématique sur les débuts du rap. Livret très intéressant sur la naissance du mouvement à New York, belle pochette contenant trois vinyles au pressage impeccable. Mon disque de party en 2016 !

 

Sébastien Desrosiers


Michel Choquette, Sur la côte/Songs of Murray Bay. À force d’arpenter le Québec à la recherche d’enregistrements méconnus, j’ai développé un intérêt particulièrement prononcé pour les pressages privés sur vinyle, ces autoproductions d’artistes le plus souvent réalisées en marge du temps et des étiquettes. Sur la côte/Songs of Murray Bay de 1959, tout droit issu de Pointe-Au-Pic dans Charlevoix, pourrait bien être l’un des précurseurs du genre en province. Le chansonnier satiriste Michel Choquette y propose un charmant amalgame de compositions folk bilingues feutrées dans une jolie pochette dessinée par Normand Hudon (futur caricaturiste du Devoir). Quelques mois plus tard, Choquette publierait ses plus grands succès sous le nom de plume Gabélus Côté : La jeunesse d’aujourd’hui et Cauchemar, popularisé par Robert Charlebois.

The Fringe, Canada’s Next Number One Recording Group. Le EP canadien le plus rare de l’histoire, rien de moins ! Cinq titres de 1967 pressés en infimes quantités à des fins promotionnelles pour le gérant du groupe psychédélique torontois. S’il n’était pas destiné à la vente à l’époque, le minialbum s’échange de nos jours pour quelques milliers de dollars entre mélomanes avertis. Sa découverte au détour de la route des vacances fut l’un des moments les plus ahurissants et intemporels de ma vie de collectionneur, le genre où tu te dis : « Savoure chaque instant, ti-gars, parce que là, c’est du sérieux. »

The Leotards, Suicide Lover/The Bridge (1981). Ce duo new wave formé du bassiste Yvan Lejeune (fils d’André) et du guitariste Bob Side n’a publié que cet unique simple en anglais et en français dans une certaine indifférence, avant de se rebaptiser The Hubcaps. L’énergie de Suicide Lover, avec ses influences dignes de Sparks ou The B-52’s, et sa singulière histoire de prostitution gaie auraient dû en faire un hit ! Qu’à cela ne tienne : le 45 tours sera « relancé » en 2017 !

 

DJ Screw (Sébastien Bossé)

 

Melt-BananaFetch (2013). J’adore les groupes précurseurs, plus reconnus pour leur audace. Découvert cette année en première partie d’un show de Napalm Death, ce duo de noise-rock japonais me renverse totalement.

7 Year Bitch, Live at Moe (2015). La nostalgie grunge est maintenant bien implantée chez la génération X, maintenant dans la quarantaine ! Sorti fin 2015, c’est l’album que j’ai le plus écouté en 2016. Un live bien senti des quatre filles de 7 Year Bitch.

Leon Russell,Carney (1972). Finalement, mon anecdote vinyle à vie ! Incapable de dormir, je me lève à 5 h du matin le 13 novembre dernier pour écouter mon achat de la veille à un dollar dans un bazar. Absolument charmé durant l’écoute de cet album d’un artiste que je ne connaissais pas, j’apprends dans l’après-midi qu’il est décédé dans la nuit !!!
3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 6 janvier 2017 08 h 02

    François Dugal

    Vendue mon integrale des Cantates avec Harnoncourt sur Telefunken.
    Dehors mon intégrale de Miles Davis sur Columbia "360 Sound"
    Y en a marre des scratchs, de la poussière et de la distorsion.
    Débarassé de la Technics Direct Drive et de sa cellule Shure V-15 Type IV.
    Parti, l'ampli Marantz.

    Je vais maintenant mettre ma collection de CD sur disque dur connecté par Air Play aux haut-parleurs auto amplifiés. Mon oreille n'est pas masochiste pour deux cennes et nostalgique d'un passé heureusement révolu.

    • Serge Morin - Inscrit 6 janvier 2017 10 h 00

      J'ai aussi dématérialisé toute ma musique et jeté au max le superflu.
      Sans nostalgie

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 6 janvier 2017 13 h 29

    Article passionnant

    Bravo !