Les Frères Berthiaume, un pied en dehors de la boîte

Les frères Berthiaume, David et Jean-François, un imberbe et un barbu, chantent haut et fort les racines de la musique d’ici.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les frères Berthiaume, David et Jean-François, un imberbe et un barbu, chantent haut et fort les racines de la musique d’ici.

Leur seul disque a pour titre Le temps des Fêtes est terminé. Et par un juste revirement des choses, c’est peut-être une raison pour laquelle Les Chauffeurs à pieds les ont invités à leur onzième veillée du temps des Fêtes, qui se déroulera jeudi jusqu’au petit matin au Cercle de Québec. Les Frères Berthiaume assureront la première partie et les Chauffeurs allumeront la deuxième, avant que la danse ne commence avec tous les artistes de la soirée. Jean-François Berthiaume offrira ses câles, qui sont parfois poétiques, l’atmosphère deviendra déglinguée et le temps va s’étirer. Le party annuel des Chauffeurs ne se termine jamais de bonne heure.

Sur leur site Web, les frères Jean-François et David Berthiaume se présentent ainsi : « Deux gars d’exception dans leur domaine. Ensemble, ils chantent haut et fort les racines de la musique d’ici. Un pied dans la pure tradition et l’autre dans la marge. Un barbu et un imberbe. Une pulsation et une mélodie. » Leur musique est sale et leur approche, sauvage. Tous deux sont membres du groupe Réveillons ! et viennent d’une famille de chanteurs.

Leur disque, paru au début de 2016, est coréalisé par Josianne Hébert la traditionnelle et Guido Del Fabbro, qui plonge le répertoire dans l’électro. On casse le rythme de la bombarde, on décompose les tempos et la turlutte, on met en scène une danse câlée complètement distordue, on monte même un dialogue imaginaire entre Jean Carignan et Louis « Pitou » Boudreault. On plonge souvent dans une atmosphère surréaliste pour de la musique traditionnelle ? Mais est-ce bien de cela qu’il s’agit ? Les frères ont une idée très précise de leur démarche.

Un pied dans la tradition

« Moi, j’ai toujours été un peu choqué quand certains du milieu disaient que la musique traditionnelle, c’est un genre musical. Pour moi, ce n’en est pas un, c’est juste de la musique qui est issue de la tradition. On dirait qu’on essaie de mettre la musique traditionnelle dans une boîte », pense David. Ce sur quoi Jean-François renchérit : « Est-ce que ça prend toujours un violon et un accordéon pour faire de la musique traditionnelle ? Si on prend une chanson à répondre et qu’on ne répond pas, est-ce encore de la musique traditionnelle ? Nous, on a même un répondeux qui répond en anglais. À la base, on voulait juste replier un rebord de la boîte. »

David abonde. Pour lui, c’est la source qui est traditionnelle, alors que le reste est habillage et enrobage. Avec Jean-François, il puise abondamment dans les chansons sombres. « Dans notre prochain album, ça va être encore pire parce que c’est un répertoire qui n’a pas été touché beaucoup », commente Jean-François. « Dans les textes sombres, tu retrouves souvent une portée plus actuelle », poursuit David. En cela, les deux frères rejoignent la démarche d’un Michel Faubert, mais sans le côté fantastique ou religieux.

Reste la scène. Comment faire avec ce genre de répertoire à cette période de l’année ? « Ce sera une veillée du temps des Fêtes. L’idée, c’est d’amener des pièces aussi sombres en les faisant brasser », répond Jean-François. « C’est un peu un défi de donner du beat à des complaintes », ajoute David.

En matière de danse, ils en ont vu bien d’autres et, en spectacle, ils sont devenus un quatuor avec Marie Savoie-Levac des Poules à Colin à la basse et Josianne Hébert qui a réarrangé l’album au clavier. David joue le concertina English et chante comme son grand-père avec une voix qui n’a rien de formaté, alors que Jean-François ponctue les cadences avec son tambour à mailloche et sa podorythmie. Un pied dans la tradition, l’autre en dehors de la boîte.

La veillée du temps des Fêtes des Chauffeurs à pieds

Avec les frères Jean-François et David Berthiaume au câle. Au Cercle à Québec, le jeudi 29 décembre à 21 h. Renseignements : http://le-cercle.ca