La télé fait son «show» et Boucar aligne les calembours

Boucar Diouf et l'OSM
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Boucar Diouf et l'OSM

Radio-Canada enregistre un show d’humour télévisé à la Maison symphonique mettant en vedette le volubile animateur Boucar Diouf, spectacle dans lequel l’Orchestre symphonique de Montréal — que Kent Nagano a eu le flair de déserter pour l’occasion, malgré les caméras qui l’attirent tant — se voit accorder le droit de plugger quelques tounes classiques en intermèdes musicaux sans rapport.

Pour sa première (non) rencontre avec un orchestre symphonique, Boucar Diouf se retrouve sur scène avec lui, à la Maison symphonique de Montréal ! Ce Noël métissé serré, mis en scène par Denis Bouchard, associe également le groupe de musiques traditionnelles Le Vent du Nord au Sénégalais d’origine et Gaspésien d’adoption.

Avec Noël métissé serré, Boucar Diouf prenait, en conteur de « petites histoires », la suite de Fred Pellerin et Bryan Perro. La comparaison s’arrête là, car il n’y a aucune interaction entre l’univers narratif de Boucar Diouf et l’évocation musicale.

Boucar Diouf mène tambour battant, si j’ose dire (puisque Élage Diouf et des élèves de l’école 100 % jumeaux percussions font une apparition frappante), un spectacle qui mitraille le public de calembours (jusqu’à l’indigestion dans la première intervention) et de maximes bien senties avec force amplification.

Est-ce que l’ouverture Haensel und Gretel illustre ou prolonge des blagues salaces ? Je ne le pense pas. Est-ce que Boucar Diouf interagit une seule fois avec une musique qui n’est pas traditionnelle ? Non, sauf en déclenchant, par des facéties, l’hilarité générale pendant le Pas de deux de Casse-noisette. Pourquoi l’OSM est-il sur scène ? On se le demande.

Alors tout commentaire critique pose la question de la perspective. Le public a eu bien du plaisir et l’émission de Radio-Canada sera sans doute excellente. Boucar Diouf, drôle, enchaîne les maximes bien troussées : « La visite, ça fait toujours plaisir ; si ce n’est pas en arrivant, c’est en partant » ; « Avec la femme québécoise, la vie est un accommodement raisonnable : elle a raison et toi, tu t’accommodes » ; « Noël est un moment de communion avec quelque chose qui nous dépasse tous… la limite de crédit » ; « Si tu veux aller loin dans la vie, il faut aller à Chibougamau », etc. Parfois, il se fait plus philosophe (« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts »), mais l’ensemble, qui mise sur l’humour lié au choc des cultures, est un feu roulant qui frise le trop-plein.

La thématique des couleurs et de leur métissage imprime largement l’ambiance générale, un festival d’ambiances lumineuses. Les spectateurs qui acquittent 105 à 150 $ pour être dans la zone prestige se voient bombardés en pleine face de lumens venant de projecteurs surpuissants. On en revient à une réflexion déjà exposée en pareille circonstance : puisque les spectateurs sont les figurants du tournage d’un show télévisé, pourquoi Radio-Canada n’organise-t-elle pas ledit show en louant les services de l’OSM ? Le diffuseur public pourrait alors distribuer les places pour garnir la salle.

Mercredi, sans surprise, l’interaction OSM-Le Vent du Nord ne fonctionnait pas mieux que l’association OSM-Bottine souriante jadis : la musique amplifiée tue toute contribution acoustique, et un simple violon domine un pupitre orchestral entier. En ce qui concerne la chanson de Patrice Michaud, l’arrangement symphonique a augmenté le singulier cousinage de Mécaniques générales avec Elle me dit de Mika.

Faut-il recommencer, même à ce prix ? Cyniquement, la portion du classique dans les grands médias est si congrue que même le cache-misère de ce millésime 2016 (la farandole de L’Arlésienne, le Jardin féerique de Ma mère l’Oye de Ravel, le 1er mouvement de la 5e Symphonie de Schubert, l’ouverture de Hänsel und Gretel de Humperdink et le Pas de deux de Casse-noisette de Tchaïkovski) est bon à prendre. Mais dans un concert organisé par l’OSM, l’orchestre n’a pas à être un faire-valoir passif qui regarde l’objet du show se dérouler devant et en dehors de lui.

Noël métissé serré raconté par Boucar Diouf

Enregistrement télévisé d’un spectacle de Boucar Diouf avec la participation de l’OSM. Musiques de Bizet, Ravel, Schubert, Humperdink, Tchaïkovski, Leroy Anderson, Patrice Michaud, Le Vent du Nord.
Auteur et conteur : Boucar Diouf.
Direction musicale : Jean-François Rivest.
Mise en scène : Denis Bouchard.
Maison symphonique de Montréal, mercredi 21 décembre.
Reprise jeudi et vendredi. Diffusion ce jeudi en direct, à 20 h, à la radio sur ICI Musique et icimusique.ca. Rediffusion sur ICI Radio-Canada Première le 24 décembre à 21 h et sur ICI Musique le 25 à 12 h.
À la télévision : sur ICI Radio-Canada Télé le 30 décembre à 19 h 30 et sur ICI Artv, le 7 janvier à 21 h.

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