Alexandra Templier: un chant de l’urgence

Alexandra Templier
Photo: M.D.L. Photography Alexandra Templier

Alexandra Templier est de flamenco et de chant lyrique, de poésie et d’empathie, d’intemporel et d’électronique. D’origine française, elle s’est imprégnée de l’esprit de Madrid avant de venir s’installer à Montréal en juillet dernier.

Découverte par le Festival Flamenco de Montréal, elle mène une double carrière : en Espagne en trio acoustique avec guitare flamenca et violoncelle ; à Montréal en version plus expérimentale avec le projet Los Niños son Inocentes #1, un work in progress qu’elle offre en quatuor ce mercredi à la Casa del Popolo et dont l’intention est d’intégrer les contraintes du flamenco à une esthétique métissée et contemporaine. Elle est d’abord une voix hors du commun, un canal de l’urgence, celui des fortes émotions de la condition humaine.

« Mon gros fil conducteur est de rompre avec l’anecdotique et de créer du silence chez les gens dans un monde saturé d’informations et de bruit, affirme-t-elle. Cela, pour revenir à l’essentiel, à la mort, à la vérité, à la peur, à la douleur, elle ne tue pas, à la joie et à la solidarité. À l’empathie aussi, je dirais que l’empathie, c’est la chose la plus importante qu’on récupère avec ça. » Et tout cela se retrouve dans les textes qu’elle écrit, mais qui ne sont pas encore parties intégrantes de Los Niños son Inocentes #1, un projet dont les paroles sont pour l’instant issues du flamenco. « Dans le flamenco, les textes sont concis et ont une charge poétique très profonde », fait valoir Alexandra.

Le flamenco l’intéresse en tant que langage à mélanger à ses autres influences. Elle a déjà interprété Hallelujah, de Leonard Cohen, et La vie en rose. Dans les répertoires qu’elle aborde, elle retient aussi bien les mélismes et l’improvisation du flamenco que la maîtrise, les vibratos et les aigus du chant lyrique. Elle décrit ses deux univers : « Le cante jondo[le chant profond du flamenco], c’est l’opposé du lyrique. Le jazz et la musique moderne, c’est l’intermédiaire, c’est plus abordable. Dans le cante jondo, il y a une façon de chanter qui est extrêmement viscérale, alors que, dans le lyrique, tu ne peux pas chanter sans technique. Dans le flamenco, la voix est mise à mal. Les chanteurs font appel aux muscles. Il y a une fatigue vocale qui se fait sentir. Ça fait partie du style avec les voix rauques et les voix soufflées, des choses qui sont presque considérées comme des interdits dans le milieu lyrique. »

Pour cette soprano dramatique, la porte d’entrée dans le monde du flamenco fut le cante de ida y vuelta, un flamenco mélodique d’allers-retours entre l’Espagne et l’Amérique latine. Elle a par la suite appris tous les palos, les formes du flamenco. Elle les intègre maintenant dans Los Niños son Inocentes #1 avec d’excellents musiciens qui ne sont pas issus du flamenco : le guitariste multiple Hugo Larenas, le contrebassiste de jazz Sébastien Pellerin et la claviériste DJ David Ryshpan. Un projet à découvrir, vraiment !

À la Casa del Popolo, ce mercredi à 20 h ; casadelpopolo.com. Programme double : Con Fuoco et Alexandra Templier. La totalité des recettes sera remise à Médecins sans frontières.

Au Cabaret flamenco du Wiggle Room, jeudi 5 janvier à 20 h ; wiggleroom.ca. Jheinsen Montalvo et Patrice Saint-Yves.