Amour d’ami, amie d’amour

Renée Martel et Patrick Norman
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Renée Martel et Patrick Norman

C’était samedi au Centre des arts Juliette-Lassonde, à Saint-Hyacinthe, un samedi spécial pour Patrick Norman et Renée Martel : dernier spectacle de leur tournée commune, avec ce que cela suppose de surcroît d’émotion, et de « lâcher lousse ». J’aurais été les voir jeudi dernier à leur « première de région montréalaise », à Laval, mais c’était le soir de l’hommage à Cohen au Rialto. Heureux délai, constatai-je : ce n’est pas pareil quand on s’éloigne de Montréal. Et c’est unique, l’ambiance d’une fin de tournée. Double bénéfice. Ce qui est plus qu’approprié dans un spectacle à deux.

« On a roulé des milles… après milles/Usé les étoiles/Quelques amours de cartes postales/Au bout du fil/Des bonheurs fragiles/Tout s’est adouci/Ta voix/La mienne en harmonie/Mon bel ami d’amour/Ma belle amour d’amie », ont-ils chanté. Paroles d’Ève Déziel, musique de Michel Rivard. Chanson emblématique. C’est l’une des beautés de Nous, le premier album en tandem de Patrick et Renée, dont cette tournée d’une trentaine de dates aura été le prolongement naturel.

De la même façon que cet album est collé serré — ils y chantent ensemble, à l’unisson, en alternance ou en harmonie, dans toutes les chansons —, ce spectacle était une vraie mise en commun. Il y avait des moments dans cette soirée où chacun se réservait la scène, mais pas longtemps : la plupart du temps, c’était connivence et complicité. Taquineries et joies. Quarante-deux ans de proximité, a précisé Renée. Patrick a ajouté qu’il la connaît depuis qu’il est « haut comme ça ». Et la chanteuse d’y aller franco : « T’avais des cheveux dans ce temps-là… même si c’était pas les tiens ! » Et Patrick de répliquer, du tac au tac : « C’était les miens, ils m’avaient coûté assez cher ! » Ce ton-là. Ce sans-gêne d’amis qui ont passé à travers tout.

Franche rigolade et larmes versées

Dans la première partie que j’ai attrapée, cela se traduisait en franche rigolade autant qu’en larmes versées : pas peur du ridicule, les tourtereaux de toujours, pas peur de la vérité non plus. Trop tard pour faire semblant. Patrick Norman a parlé d’Yvon Éthier, lui-même au civil, dans sa présentation d’Après la tombée du rideau. Après la perruque, après le foulard, il n’y avait plus que ça à enlever pour se révéler : le pseudo de scène. Et Renée a longuement parlé de sa mère, Noëlla Therrien, décédée l’an dernier, sa « meilleure amie ». Il y avait une chanson pour elle (Hello Centrale), et une pour son Marcel Martel de père, disparu il y a dix-sept ans déjà : La fille de son père. Et Patrick et Renée ont partagé la plus imparable chanson de Paul Daraîche : (À ma mère) Perce les nuages. Il n’y avait plus un oeil sec dans la salle.

C’est ça qui était bien, à Saint-Hyacinthe, comme ça devait être bien partout en province : les gens étaient émus, heureux, chantaient, répondaient. Ils étaient chez eux, et les artistes leurs invités. Il y avait là une sorte de bonne franquette que l’on vit peu à la PdA, disons. Et Renée autant que Patrick étaient infiniment reconnaissants, et réciproquement, et cela se sentait. Les musiciens aussi étaient contents jusque dans leurs doigts : Mike Pucci avait du James Burton dans son jeu de Telecaster, et Jean-Guy Grenier du Pete Drake dans son glissando de pedal steel. Du génie, autrement dit.

Et l’ami d’amour et l’amie d’amour étaient en voix. Atteignaient toutes les notes souhaitées, les mariaient idéalement. Ai-je entendu un Liverpool plus magnifiquement mélancolique ? Un J’ai oublié de vivre plus senti ? Je ne crois pas. Le plaisir aura été jusqu’à chanter le répertoire de l’autre : Renée a choisi L’hirondelle, Patrick a servi Si on voulait recommencer. Je n’avais pas besoin de plus pour affirmer que ce samedi soir à Saint-Hyacinthe était un grand soir. Et que cette tournée mériterait prolongation.