Solo: la bête à deux têtes

Les sept musiciens de Solo aimeraient peut-être créer une nouvelle tradition.
Photo: Guillaume Morin Les sept musiciens de Solo aimeraient peut-être créer une nouvelle tradition.

Ils sont parmi les deux plus importants ambassadeurs du trad québécois. D’une part, le quatuor Le Vent du Nord avec son swing fluide, sa finesse, ses chansons tragiques et politiques, de même que ses douces rêveries instrumentales. De l’autre, le power trio De Temps Antan, un véritable train musical avec ses cadences à l’emporte-pièce, mais aussi ses respirations et ses clins d’oeil au blues. Jusqu’au 30 décembre, date de la Veillée de l’avant-veille où ils seront présents, les deux groupes se fondent véritablement l’un dans l’autre pour sillonner le Québec avec Solo, qui est aussi bien le nom de leur projet commun que celui du spectacle qu’ils ont conçu ensemble. En scène apparaîtra une véritable bête à deux têtes qui n’en feront qu’une, d’autant que le nouveau collectif renferme deux paires de frères : les Brunet et les Beaudry.

« On essaie de leur faire de la place, explique Nicolas Boulerice du Vent du Nord. Éric et Simon Beaudry chantent une chanson à deux et je te jure que, si tu te vires de bord, tu peux avoir un doute sur qui est en train de chanter. On joue aussi avec le fait qu’il y a deux violons et deux accordéons. On laisse Réjean au piano pour accompagner son frère André et commémorer les fameux frères Brunet. On fait de nouveaux timbres : l’harmonica qui joue avec la vielle à roue, ça ne s’est pas vu cent fois. Et j’ai l’impression que l’on est qu’au début des possibilités. »

Ce que confirme le violoneux Olivier Demers : « Je pense qu’au sortir de cette tournée, on risque d’aller beaucoup plus loin si on décide de s’asseoir pour jaser d’un projet de disque. Grosso modo, dans le répertoire de Solo, il y a un côté plus lumineux qui permet de se laisser aller, ce qu’on fait un peu moins avec Le Vent du Nord. Ça fait du bien. Pendant une bonne partie du show, moi je joue debout, ce que je n’ai pas fait depuis 20 ans. »

Une nouvelle tradition

C’est dire l’énergie qui se dégage et le plaisir de la partager. Les sept musiciens se connaissant bien et depuis qu’ils se sont rencontrés au festival Mémoire et Racines en 2009, ils savaient qu’ils étaient dus pour un projet commun. À cause de leurs agendas chargés, ils ont dû attendre tout ce temps avant de se réunir pour une tournée. Ils apprécient leurs différences : « Le train de De Temps Antan est quelque chose d’hallucinant, soutient Nicolas. Nous, on a d’autres façons. Lorsque Olivier compose un reel, il y a beaucoup d’influences scandinaves. J’écris des textes, ils n’en écrivent pas, mais au bout du compte, c’est un beau projet pour nous tous. »

Les sept musiciens de Solo misent sur le projet total et non sur la rencontre de deux groupes qui jouent à tour de rôle. Ils aimeraient aussi peut-être créer une nouvelle tradition. Sous quelle forme ? Un spectacle annuel ? Une tournée chaque année ? Un jumelage des deux groupes au point de n’en créer qu’un seul ? Cela reste à établir, mais on sait au moins qu’ils se produiront en 2017 devant 2000 personnes au réputé festival Celtic Connections de Glasgow. Avec quel répertoire ? « Il y a 12 pièces nouvelles et tout le programme est arrangé en fonction du projet Solo. La moitié des instrumentaux sont des compositions, mais les chansons sont presque toutes traditionnelles », répond Olivier.

Ce qui nous amène à la sempiternelle réflexion sur la musique trad et le temps des Fêtes : « On a toujours soutenu que cette musique s’écoute à l’année, mais à force de dire ça, on s’est rendu compte avec De Temps Antan que le créneau du temps des Fêtes qui était rattaché à la musique traditionnelle a été perdu. Il ne faut pas le perdre », pense Olivier. Une idée originale en 2016.

Solo

Au Grand Théâtre de Québec le vendredi 9 décembre; au Pavillon de l’île à Châteauguay le samedi 10 décembre; en plus de sept autres concerts au Québec d’ici au 30 décembre. leventdunord.com/solo