La fête groovy et mélancolique d’Andy Shauf

«Je me suis beaucoup concentré sur la rythmique pour que tout se tienne, raconte Andy Shauf au sujet de son disque
Photo: Colin Medley «Je me suis beaucoup concentré sur la rythmique pour que tout se tienne, raconte Andy Shauf au sujet de son disque "The Party". Je voulais juste que ce soit assez "laid back", mais syncopé.»

Andy Shauf est un homme placide, calme. Du moins au bout du fil où, malgré le café qu’il nous raconte avoir bu, il se fait économe de mots en se montrant posé, modéré, voire modeste. Rien de tout ça n’est très étonnant — ni très grave — à l’écoute du disque The Party, le plus récent opus du musicien de Regina, déménagé depuis avril à Toronto. Sur ces chansons qui l’ont mené au top 10 du prestigieux prix Polaris, il offre un folk-pop à la fois mélancolique, lancinant et groovy, sans artifice ni gras trans.

« Je ne sais pas si je chante comme je parle, mais j’ai une voix discrète. Je ne peux ni parler ni chanter fort », admet Andy Shauf en rigolant timidement. Est-ce là un handicap ? « Bah, j’écris des chansons et je chante depuis longtemps, alors je me suis trouvé une zone où je sais ce que ma voix peut faire et ne peut pas faire. Il faut écrire dans ses limites. »

Voilà de bien belles limites, en tout cas. C’est ce qui explique peut-être cet esprit de flottement de The Party, cette lente ondulation qui traverse le disque même si celui-ci n’est pas un album minimaliste, mais un disque joliment et chaleureusement orchestré.

Je me suis trouvé une zone où je sais ce que ma voix peut faire et ne peut pas faire. Il faut écrire dans ses limites.

 

On plonge ici dans un album concept, qu’on aurait bien vu comme une série de courts métrages pivotant autour de la même soirée. « Quand je l’écrivais, je désirais que tout parte du même party, avec différentes personnes, avec différents narrateurs qui racontent différents points de vue de la soirée », raconte Shauf. Il y a Jeremy, Alexander, Martha, des verres et des cigarettes, des coeurs qui battent à différents rythmes.

Le rythme, justement, revêtait une importance capitale pour Andy Shauf, autant sinon plus que sa trame narrative cohérente. « L’objectif était de faire des chansons qui étaient groovy, qui faisaient taper du pied, ou quelque chose du genre, explique le musicien de 29 ans. Je me suis beaucoup concentré sur la rythmique pour que tout se tienne. Je voulais juste que ce soit assez laid back, mais syncopé. »

Ici, tous les instruments servent à nourrir la rythmique, le piano par moments plaqué, la guitare, les cordes et les cuivres. The Party contient bien quelques instruments électriques ou synthétiques, mais son coeur reste acoustique, ce qui a pour effet de donner l’impression d’un album hors du temps, ancien et moderne à la fois. « Il y a le fait que j’essaie beaucoup de choisir des méthodes d’enregistrement qu’on utilisait dans les années 1970, dit Shauf. Et puis, il n’y a pas de date d’expiration sur du piano acoustique comme il peut y en avoir sur un synthétiseur. Le piano sera toujours pertinent, je crois. »

L’impact Polaris

Ce Party, troisième effort du musicien, a fait son chemin cette année jusqu’à la courte liste du prix Polaris, récompensant le meilleur album canadien sans regard au style ou aux ventes. Si le Montréalais Kaytranada a finalement remporté la palme, plusieurscritiques musicales du pays croyaient beaucoup aux chances de Shauf.

« C’était un peu une distraction, avoue Shauf. Je ne sais pas. J’essayais de ne pas trop penser à ça, mais le Polaris… J’y ai pensé beaucoup, finalement. J’ai rêvé de le gagner, pour tout dire ! Mais c’était cool d’être nommé. »

L’homme aux cheveux longs confirme que sa nomination a attiré beaucoup de regards sur lui et que plus de gens se rendent maintenant dans ses concerts, par exemple. Shauf est en ce moment en tournée américaine, mais sera à Ottawa jeudi, au Centre national des arts, à Montréal vendredi, au National, et à Québec samedi, à L’Anti. Quelques sauts de puce au pays avant qu’il ne reparte vers la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bays, l’Italie, etc.

Est-ce que sur scène les chansons prennent de nouveaux visages ? Est-ce que tout à coup le chanteur se transforme en bête volubile ? Oui et non. « Il y a pas mal d’orchestrations sur le disque qu’on ne peut pas reproduire, on doit un peu remplir l’espace des cordes, par exemple, avec les claviers et des lignes de guitares. Mais on ne se met pas à jammer, disons. Sinon, bien, je ne suis pas un grand bavard, dans la vie ou sur scène, alors, je ne sais pas… Les gens vont entendre les chansons, on les joue le mieux qu’on peut, et on souhaite que ce soit ce que les gens aiment ! » Tu nous étonnes, Andy.

Voir le clip de «The Magician», tiré de l'album «The Party».