Les chemins de l’inaccessible

Antoine Ferron-Geoffroy, François-Pierre Poirier, Andréanne Muzzo et Nicolas Ferron-Geoffroy
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Antoine Ferron-Geoffroy, François-Pierre Poirier, Andréanne Muzzo et Nicolas Ferron-Geoffroy

Il y a environ un mois, le groupe Les Passagers a fait paraître un album, son premier « vrai ». Intitulé Eldorado, celui-ci est constitué d’une pop-rock jazzée perfectionniste, qui explore les inclinaisons avides des humains. Le groupe joue ce vendredi soir dans le cadre de Révèle la relève. Rencontre.

« C’est une pression plus forte quand on travaille sur un album », commente Andréanne Muzzo, chanteuse et cofondatrice du projet, en comparaison de la démarche entourant un EP (le groupe en avait déjà fait paraître deux avant Eldorado). Nicolas Ferron-Geoffroy, guitariste et autre cerveau à l’origine du groupe, précise : « La dernière fois, nous pensions faire un album complet, mais on est assez pointilleux, et on n’était pas satisfaits du matériel qu’on avait. On a préféré se restreindre et avoir les meilleures chansons pour en faire un EP. Cette fois-ci, on avait ce qu’il fallait. »

Perfectionnistes, Nicolas, Andréanne, Antoine Ferron-Geoffroy (basse), François-Pierre Poirier (claviers) et Liam Killen (batterie, absent à l’entrevue) ont donc trimé dur et longtemps pour obtenir un résultat qui leur plaisait. Le groupe, qui a été de la 20e course des Francouvertes (« ouin ben, on n’a pas gagné ! » rigole Nicolas), se souvient de moments où ils ont tenté de se laisser influencer par les commentaires reçus pendant le concours. « On a essayé d’adapter notre musique pour en faire quelque chose de plus accessible, plus pop, raconte Nicolas. C’était pas nous. » Les visages font la grimace autour de la table. « On a tenté d’être plus simple, avec des mélodies plus catchy… Non, ça n’avait pas rapport ! » tranche Andréanne.

Sur Eldorado, la basse puise dans le funk, les claviers font planer (« on a grandi avec Radiohead », dit Nicolas). La voix haute et claire de Muzzo rappelle le groupe montréalais TOPS. Les couches sont nombreuses et l’attention portée aux détails est audible. D’ailleurs, même la pochette de l’album (disponibles en plusieurs couleurs) a été imaginée et assemblée par le groupe, imprimée avec l’aide de l’imprimerie artisanale Possibles Éditions. Contents du résultat, les membres jurent toutefois qu’on ne les y reprendra pas !

La quête

Musicalement dense, mélodiquement abouti et poétiquement recherché, Eldorado est un commentaire sur l’avide quête du bonheur qui forge l’époque. Un regard critique ? « Un peu, répond Andréanne Muzzo, qui écrit les paroles. Mais c’est un regard vers moi, je m’inclus là-dedans. Toutes les chansons sur l’album parlent de ce besoin constant d’acheter des choses, de courir après un bonheur qu’on ne connaît pas. » Eldorado, c’est l’inaccessible. À force de courir, on s’épuise.

Chasse, fuite en avant, espoirs perdus, cachettes, les thèmes des chansons sont doux-amers.

Le groupe dit vouloir s’exporter, jouer en dehors du Québec. « Même dans le milieu underground, on ne se fait pas tellement remarquer, ajoute Andréanne. L’offre est tellement grande. On n’est pas très cool. On n’a jamais été la saveur du jour, mais on arrive quand même à tirer notre épingle du jeu. »

Quoi qu’il en soit, le groupe exécutera sur scène les différents chapitres de son conte audio ce vendredi soir, dans le cadre de la programmation automnale de Révèle la relève, une initiative des Francouvertes. « On le découvre encore en show, l’album. Il respire, mais il vient nous surprendre encore beaucoup », ajoute Andréanne Muzzo.

Eldorado

Les Passagers, Sunset Hill. À la Maison de la culture Maisonneuve, ce vendredi à 20 h 30, avec La Bronze.