Créer sans étiquette fixe à La Nef

Moment de complicité entre Sylvain Bergeron et Claire Gignac, les directeurs artistiques qui donnent toutes ses couleurs à La Nef.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Moment de complicité entre Sylvain Bergeron et Claire Gignac, les directeurs artistiques qui donnent toutes ses couleurs à La Nef.

Jeudi, à la salle Bourgie, La Nef offre Come and I Will Sing You !, une oeuvre à la fois celtique et baroque. Pendant longtemps, la musique ancienne fut la marque de commerce de la compagnie montréalaise, mais cela ne reflète qu’une partie de la réalité, puisqu’elle s’inspire également des musiques de traditions orales pour créer ou recréer, confronter les disciplines et concevoir des oeuvres pluri ou multidisciplinaires, en rejoignant aussi les enfants, une cible très vivante que l’on fait vibrer depuis les débuts. Vingt-cinq ans plus tard, l’organisme est devenu cet espace de liberté sans étiquette figée dans lequel puisent plusieurs compositeurs-musiciens. Retour sur cette passionnante aventure avec les deux directeurs artistiques, Claire Gignac et Sylvain Bergeron.

« Je pense que ce qui fait notre singularité, c’est que, quand on a fondé la compagnie, on n’a pas créé un groupe de musiciens fixe. On voulait des créateurs, des concepteurs, des musiciens de backgrounds différents avec lesquels on allait travailler et créer des équipes mixtes qui changent d’une production à l’autre. Ç’a toujours été un brassage d’idées très dynamique », affirme Claire Gignac.

Au début, on opte pour la forme musique-théâtre, des activités pour enfants et la musique ancienne, un secteur associé à Sylvain Bergeron. « Contrairement à plusieurs groupes en Europe qui misaient sur la recherche des sources et l’authenticité, on voyait davantage dans la musique ancienne un élément malléable qui offre plus de liberté. On sautait d’un siècle à l’autre et c’était assez éclaté au niveau de l’approche, parce que la main de la musique traditionnelle se tendait. Il n’y avait pas de cloisons clairement établies. »

Vers 2000, La Nef s’ouvre davantage aux créations originales et aux musiques du monde. « C’était le reflet de l’évolution de La Nef et il n’y a pas eu de coupures, soutient Claire Gignac. Je voulais travailler avec des compositeurs contemporains, mettre sur pied des équipes avec des gens qui composent. Avec André Hamel, par exemple, nous avons créé en 2004 Urnos, un gros projet avec une approche très ancienne et très contemporaine. C’est une oeuvre qui a du souffle, puisque nous sortons le disque en décembre. »

Depuis les années 2010, La Nef fonctionne avec un comité artistique composé de Seán Dagher, de Patrick Graham, de Pierre-Alexandre Saint-Yves, de Dorothéa Venture et d’Andrew Wells-Oberegger, tous des créateurs-compositeurs qui sont partie intégrante des programmes de la compagnie. Le secteur jeune public y conserve aussi son importance avec Suzanne De Serres, qui a développé depuis une dizaine d’années l’art du conte musical.

Quels sont maintenant les rêves des deux directeurs artistiques concernant La Nef ? Les réponses sont très différentes : « Je ne ferai pas nécessairement de gros projets et je veux garder une série intime autour du luth », affirme Sylvain Bergeron. « J’ai envie de faire de plus gros projets qui impliquent beaucoup de gens et beaucoup de disciplines », dit pour sa part Claire Gignac. Et elle conclut : « Le projet artistique de la compagnie est de plus en plus large et ne s’essouffle pas du tout. Après 25 ans, la compagnie est en expansion. »

«Come and I Will Sing You !» vu par Sylvain Bergeron

« Le programme est conçu comme une espèce de tapisserie des plus beaux moments qu’on a vécus avec la soprano Meredith Hall. Une bonne partie est consacrée à la poésie de Robbie Burns, tout en douceur. Puis, on s’éclate un peu en allant vers Terre-Neuve, l’île de Man, le pays de Galles, l’Angleterre, l’Irlande, l’Écosse et la Bretagne. »

Come and I will sing you !

À la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal, le jeudi 1er décembre à 20 h. Rencontre avec les musiciens à la Maison de la culture Maisonneuve le mardi 29 novembre à 19 h.